‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 249 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE VII

positiviste. Il est partisan à outrance de ce qu'il appelle la théorie c( empiristique », c'est-à-dire de Texplication de tous les faits par l'induction inconsciente et l'association d'idées , et ne paraît vouloir admettre aucun principe inné, tandis que nous croyons qu'il faut en admettre, et que nous espérons le démontrer.

Voici néanmoins quelle est sa doctrine sur la perception visuelle.

En premier lieu, il distingue pleinement et complètement ce qu'il appelle les sensations visuelles, c'est-à-dire la perception des couleurs, et de la lumière , des perceptions visuelles, c'est-àdire de la perception des corps par la vue. Il distingue tellement ces deux espèces de phénomènes psychologiques, qu'il établit la division de son ouvrage précisément sur cette distinction. Il divise X Optique physiologique en trois parties; 1* Dioptrique de l'œil; 2'' Des sensations visuelles; W Des perceptions visuelles.

Il énonce et expose formellement le fait que nous avons signalé, que les sensations subjectives sont des signes qui font aisément connaître les corps, mais qui sont difficiles à connaître en eux-mêmes.

Voici ses paroles qui sont le résumé du paragraphe intitulé : Difficulté d'observer les sensations subjectives :

« Nous ne prêtons facilement et exactement rattention à nos (' sensations qu'autant que nous pouvons les utiliser pour recon- « naître les objets extérieurs. » *

Il définit la perception des corps, représentation prodtdte par une activité psychique, ce qui s'accorde avec notre doctrine, mais ce qui pourrait aussi s'accorder avec la doctrine de M. Taine sur l'hallucination vraie. *

Mais il rectifie ce que cette pensée pourrait avoir d'ambigu en disant dans l'exposé de la théorie empiristique : *

« Les sensations sont pour notre conscience des signes dont i< l'interprétation est livrée à notre intelligence ».

* HelmhoUz. Optique physiologique, Ill« partie, § Î6.

* HelmhoUz. Loc. citât.

* Helmholtz. III« partie, § 33.

454 LE POSmYISME ET LA SGIENGE EXPÉRIMENTALE.

Il est facile de voir que tous les points de cette théorie rentrent exactement dans la définition que nous avons donnée de la perception.

Nous pouvons donc considérer notre théorie comme ayant une valeur, non seulement philosophique, mais scientifique. Une fois admise la distinction fondamentale des éléments subjectifs et des notions objectives, toute notre théorie s'ensuit, notre formule étant assez large pour embrasser toutes les variétés d'explications sur le mode exact de passage du subjectif à l'objectif.

Au point de vue de l'histoire de la philosophie, si nous ne faisons remonter cette histoire que jusqu'à Descartes, cette théorii* si simple serait nouvelle. Elle a été inconnue à Descartes, à Malebranche, à Leibnitz, à Condillac, à Kant, à Reid.

Mais si nous remontons plus haut, nous reconnaîtrons que cette théorie est précisément celle de la philosophie scolastique, que c'est exactement et littéralement la doctrine de saint Thomas d'Aquin.

Voici en effet le résumé de cette antique théorie de la perception tant calomniée.

Les corps et les agents extérieurs produisent sur l'organe sensible une double impression, l'une matérielle et physique, qui subsisterait lors même que l'organe serait privé de vie, l'autre que saint Thomas appelle spirituelle et qui est propre à l'organe vivant*.

Cette seconde impression organique a pour fonction de faire connaître l'objet dont elle provient.

Elle est une sorte de représentation de Tobjet dans la faculté sensitive, mais une représentation qui n'est pas connue en ellemême. Elle porte le nom d'image imprimée : Species impressa.

La faculté sensitive, appartenant à l'être vivant, réagit par son activité propre sur cette impression qu'elle a reçue, et produit ainsi une représentation exacte de l'objet l|ii-mème, une véritable notion concrète de Tobjet. C'est l'imagé exprimée : Species expressa. Cette notion est la représentation exacte de l'objet perçu, tel qu'il existe au dehors de nous.

* Summa theol, !• q. 78.

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