‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 250 sur 320 · LIVRE rV. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE rV. — CHAPITRE VII

La première image, la species impressa, est un simple signe qui n'est pas connu en lui-même, mais par lequel nous connaissons. La seconde image est la connaissance elle-même de Fobjet, la connaissance concrète et sensible qui plus tard, décomposée par Tabstraction, produira les notions intellectuelles des qualités et des propriétés de Tobjet, les espèces intelligibles.

Mettez dans cette théorie, à la place des images imprimées, des species impressm, les éléments sensibles, dont nous avons parlé, fantômes visuels, sensations musculaires et cutanées, et vous aurez exactement la formule d'Helmholtz :

« Les perceptions d'objets extérieurs sont des représentations, résultats de notre activité psychique, obtenus au moyen de sensations produites dans notre appareil nerveux. »

Les éléments sensibles correspondent aux Species impressée, les notions objectives aux Species expressœ, et le passage des unes aux autres se fait par l'activité de Fêtre qui perçoit, la perception étant encore suivant la doctrine scolastique un acte vital, et non la simple réception passive d'une image.

Sans doute, les docteurs du moyen âge n'ont pas résolu la question aussi complètement que la science moderne. Ils n'ont pas vu que les species impressée, bien que n'étant naturellement que des moyens de connaissance et non des objets, pouvaient être connus par une observation réflexe et scientifique. Us n'ont pas démêlé individuellement ces éléments sensibles. Ils n'ont pas reconnu que la couleur apparente projetée au dehors est la véritable species impressa de la vue, que la sensation musculaire obscure et mobile est la species impressa du tact. Ils ont cru également à une similitude plus grande qu'elle n'existe entre l'objectif et le subjectif. Ils semblent ne voir dans l'activité psychique qu'un moyen de reporter au dehors et de perfectionner la species impressa, et non une véritable faculté interprétative des signes.

Mais, nonobstant ces différences, qui proviennent de l'imperfection des sciences physiques au moyen âge, cet accord est cependant étonnant. Les signes sensibles de la perception que Descartes et Reid ont ignorés, la scolastique les avait devinés ; le passage du dedans au dehors par l'activité de l'intelligence travaillant sur les signes et les interprétant, qui est la formule

d'IIelmholtz, les anciens docteurs en avaient découvert l'équivalent. Tandis que le cartésianisme avec sa doctrine de la perception purement passive, de l'absolue séparation de Tâme et du corps, alternait entre la croyance aveugle et la vision en Dieu, et se séparait ainsi de toute expérience, tandis que le sensualisme se condamnait à nier les faits les plus palpables et à anéantir le monde extérieur, faute d'une porte de sortie pour Texplorer, la vieille doctrine de Técole contenait dans son langage technique le secret de la connaissance des corps; et la science moderne, en étudiant le même problème d'une manière impartiale et indépendante, est arrivée à des formules qui ne sont que l'explication et le développement de celles que le génie métaphysique de ces grands docteurs avait devinées.

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