ET DE CELLE DES CORPS
Nous avons terminé les études spéciales que nous avons entreprises, relatives aux trois types que nous avons choisis, perception du son, perception de la lumière et des couleurs isolées, perception des corps solides accessibles à la vue et au tact.
Ces études nous ont amené à démontrer scientifiquement la vérité que nous avons énoncée au commencement de ce livre, à savoir l'existence de deux espèces de perception, Tune des apparences et l'autre des corps réels.
Nous avons indiqué comme il suit la différence de ces deux sortes d'observations externes :
« Dans la première espèce de perception, nous observons une « sensation subjective et la science en découvre plus tard la (( cause externe et objective. »
<c Dans la seconde espèce de perception, nous observons un « corps objectif et réel, et la science découvre plus tard les sen- « sations et les signes subjectifs, au travers desquels Fobserva- « tion s'est faite. »
Ces deux théorèmes sont maintenant pleinement et scientifiquement démontrés.
Le son, la lumière, et les couleurs apparentes sont des phénomènes subjectifs, bien que projetés au dehors. Leurs causes objectives, les vibrations de Tair et les ondulations de Téther, n'ont été découvertes que scientifiquement.
458 LE POSmVISBfE ET LA SOENCX EXPÉRIMENTALE.
Les corps sont des substances réelles, étendues, impénétrables, mobiles, visibles ; ce sont des faits objectifs évidents. Les signes subjectifs de la vision des corps, fantômes visuels des deux rétines, sensations oculaires, sensations musculaires, ne sont évidemment que des résultats postérieurs de Tinvestigation scientifique.
Dans le premier cas, il y a eu deux opérations successives. La première est la connaissance directe d'un phénomène évident que nos organes atteignent sans intermédiaire. La seconde est la recherche consciente et scientifique de la cause inconnue de ce phénomène.
Dans le second il y a aussi deux opérations, mais elles sont inséparables et étroitement unies par la nature ; ce sont la perception inconsciente de certains signes, et l'interprétation également inconsciente de ces mêmes signes.
Mous sommes donc arrivés à la pleine démonstration de notre doctrine, et notre conclusion dernière, à savoir que les corps sont des substances qui tombent immédiatement sous l'observation, se trouve également démontrée. L'observation externe, celle qui sert à construire la science, consiste en effet précisément dans cette interprétation des signes, et Fobjet qui se dégage de cette interprétation, c'est le corps réel à trois dimensions, impénétrable et mobile, c'est la substance matérielle individuelle.
Mais comme notre étude a ouvert devant nous des points de vue nouveaux, nous pensons qu'il est utile de la compléter par une étude plus générale de la perception. Les adversaires que nous combattons ont pour principe que nous ne connaissons rien en dehors de nous ; plus nous montrerons que cette connaisance du dehors est variée, profonde, certaine, progressive, plus nous les réfuterons pleinement ; plus nous ferons briller la lumière de la vérité ; plus les nuages du scepticisme se dissiperont. Nous arriverons ainsi à démontrer de plus en plus clairement que l'ignorance des substances matérielles qui est le [fond du système sensualiste, est une ignorance propre aux philosophes de cette opinion, qu'elle est le résultat d'un aveuglement personnel et artificiel, et que s'ils ne connaissent pas ce que