‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 252 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE Vni · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE Vni

connatt le vulgaire et ce que la science étudie, c'est que, par leur fausse méthode et leur parti pris, ils se sont, pour ainsi dire, crevé les yeux à eux-mêmes et sont arrivés à ne plus percevoir l'évidence même la plus éclatante.

Reprenons donc avec plus de soin et plus d'attention notre étude comparative des deux espèces de perception.

Dans la perception des apparences, c'est évidemment l'élément subjectif qui prévaut ; dans la perception des corps, c'est l'élément objectif qui tient la plus grande place.

Néanmoins, si nous considérons ces deux perceptions, telles qu'elles existent à l'état ordinaire, lorsque l'observation se fait d'une manière naturelle et sans avoir recours à l'abstraction scientifique, nous reconnaîtrons que, bien que très diverses, elles ne sont pas aussi opposées qu'on le croirait au premier abord, qu'il y a dans la perception des apparences un élément objectif, et dans celle des corps réels un élément subjectif, qui ne pourraient être ni l'un ni l'autre complètement éliminés sans changer la nature de ces opérations psychologiques.

La perception du son, celle de la couleur apparente et de la lumière, ont certainement pour objets des phénomènes subjectifs. La cause principale de ces phénomènes, vibration de l'air ou ondulation de Téther, ne peut certainement pas Atre connue par la perception même; elle est un résultat scientifique. Mais il y a cependant une partie de la cause objective qui est connue, il y a quelque chose d'objectif qui est dans la pratique intimement lié à la perception elle-même.

C'est le lieu où se trouve la cause, le lieu où se passe l'événement objectif qui est cause de notre perception de son, de lumière et de couleur.

Quand c'est la couleur apparente d'un corps, nous savons, nous voyons même que la cause de notre impression lumineuse se trouve sur la surface du corps.

h60 LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.

Nous jugeons, en outre, que la lumière vient dans une certaine direction, qu*elle émane du soleil ou d'un corps lumineux.

De même, quand nous percevons un son, nous jugeons, d'une manière plus ou moins vagues il est vrai, que ce son émane d'un phénomène qui se passe à une certaine distance, dans une certaine direction.

Ces jugements sur la cause des phénomènes sont tellement intimement unis à la perception que l'impression sensible nous semble localisée au lieu même où se trouve sa cause. Nous voyons la lumière et nous entendons le son là même où nous croyons qu'est l'objet sonore ou lumineux.

C'est cette connaissance imparfaite de la cause de ces phénomènes qui permet à la science d'arriver plus tard à la connaissance plus complète de ces causes. Avant de savoir ce qu'est l'agent lumineux, il faut d'abord savoir où il se trouve, par où il passe, il faut pouvoir l'isoler en quelque sorte'pour l'observer.

Mais comment arrivons nous à cette localisation de nos phénomènes subjectifs?

Ce n'est point, nous l'avons vu, par une hallucination, ni par une révélation directe et mystique de cette nature, qui selon M. Taine, nous tromperait pour nous instruire.

C'est par une série d'inductions inconscientes ; c'est en cherchant instinctivement où cette cause peut être ; nous faisons cette recherche constamment, à tout instant. Seulement, pour pouvoir trouver ainsi le lieu d'où proviennent nos sensations, il faut que nous sachions ce qui existe dans l'espace objectif ; il faut que nous soyons orientés dans cet espace.

Or, c'est par l'autre perception, la perception des corps que nous arrivons à ce résultat.

Percevant un corps par le tact, connaissant par nos sensations musculaires la forme et la distance de ce corps, nous voyons en outre, par une très simple induction, qu'un certain fantôme lumineux provient de ce corps, qu'il se déplace ou reste fixe avec lui. Nous reconnaissons alors que le fantôme provient d'une cause qui existe sur la surface tangible de ce corps, et, par l'habitude et l'association de nos sensations entre e^^s, notre fantôme se transporte au dehors, s'applique sur la surface du corps, se gaufip» pour

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