‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 253 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE VIII

ainsi dire comme une plaque de métal mince sur un moule saillant; nous avons ainsi un premier renseignement sur la cause de la lumière et de la couleur.

Puis, observant que le fantôme disparaît quand un objet opaque est interposé entre le corps et notre rétine, nous en concluons que la cause du phénomène que nous éprouvons doit traverser en ligne droite Tintervalle situé entre nous et le corps. Nous acquérons ainsi Tidée du rayon lumineux.

Observant ensuite certains changements de la couleur apparente quand le corps est fixe, voyant que le déplacement d'autres objets visibles produit sur ce corps des ombres, nous en concluons que la cause ne provient pas originairement du corps, mais d'ailleurs, nous remontons par Texpériencele long du rayon lumineux jusqu'à ce que nous arrivions à un corps dont la lumière n'est pas influencée par les ombres, et que nous reconnaissons comme lumineux par lui-même. Ce corps est souvent lui-même lié à un corps tangible, comme la flamme d'une bougie à son chandelier. Nous jugeons par le tact de sa vraie situation.

C'est ainsi que nous parvenons, par l'induction, à localiser la cause de la lumière; et, alors, en vertu d'une loi naturelle, le fantôme lumineux, la sensation de lumière ou de couleur so transporte en apparence au lieu où l'induction inconsciente nous en a montré la cause.

Le même travail se fait évidemment pour la perception du son. C'est après avoir reconnu, par la perception des corps réels, le phénomène visible ou tangible qui est la cause du son, que nous nous habituons à localiser le son en dehors de nous.

Il y a donc dans la perception des couleurs, des sons et de la lumière, un élément objectif. C'est la connaissance d'une cause localisée en un certain lieu, celui même où l'induction nous a habitués à placer notre sensation. On peut dire en outre que la connaissance de cette cause vague localisée est une interprétation de la sensation, et que cette interprétation devient, par Thabitude, inconsciente et insensible.

Sous ce rapport, la perception des couleurs et des sons se rapproche de celle des corps visibles et tangibles. 11 y a toujours passage du subjectif à l'objectif par interprétation inconsciente.

%6i LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXFÉEOfENTALE.

Seulement, il y a deux grandes différences.

D'une part, robjectif, auquel nous arrivons ainsi, est vague, incomplet, n*a pas le caractère d'une substance déterminée. C'est une cause inconnue, localisée en un certain lieu de l'espace ^

D'autre part, le passage du subjectif à l'objectif, quoique inconscient et naturel, est indirect. C'est par la perception des corps qu'il nous faut passer pour décou>Tir le peu que nous savons, par l'observation vulgaire, de la cause du son et de la lumière, à savoir leur lieu d'origine et le chemin qu'elles parcourent.

Pour nous en assurer, supposons que la perception des corps par la vue et le tact n'existe pas. Supposons un être qui n'aurait de sensations tactiles d'aucun genre , qui n'aurait que des yeux et des oreilles, et dont les yeux et les oreilles seraient immobiles ; car le moindre déplacement de Toeil ou de la tète, signalé par une sensation musculaire, peut nous servir de renseignement relatif au lieu de la cause d'une sensation.

Notre être entendant et voyant, mais immobile, dépourvu de tact, éprouverait une série de sensations sonores. Ces sensations ne se rapporteraient pour lui à aucun lieu particulier. Il verrait des couleurs diverses ; on peut croire qu'il les verrait disposées sous forme d'image sur une surface plane ou sphérique ', mais il n'aurait aucune idée de la distance où leur cause se trouve, ni de la grandeur réelle des images. On peut se demander s'il verrait ces images hors de lui, ou si elles ne seraient pas pour lui subjectives au même titre que les sensations tactiles. Il semble en effet, quand nous éprouvons des sensations \îsuelles subjectives, quand nous voyons certains fantômes les yeux fermés, que ces sensations, ces couleurs, sont devant notre rétine, la touchent el nous appartiennent. Ce sont les images venues du dehors et colloquées par induction sur des objets extérieurs qui nous paraissent pleinement hors de nous.

• Voir la note à la fin du chapitre.

• Si nous en croyons Helmholtz, la distribution même des œuleurs apparentes sur une demi-sphère se ferait par expérience, au moyen des mouvements de l'œil, et serait impossible pour un œil immobile, mais nous avons peine à suivre le pnv fesseur d'Heidelberjj jusqu'à ce point et nous sommes disposés à croire que la distinction des directions d'où viennent les rayons est innée, et non acquise.

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