‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 256 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE VIII

Nous avons annoncé d'avance que nous ne traiterions pas cette question. Nous considérons la matière au point de vue expérimental. Nous disons qu'un corps en exclut actuellement un autre de son lieu, ce qui est évident. Nous ne demandons pas pourquoi il l'exclut, ni si les éléments premiers possèdent les propriétés que possède l'ensemble.

Vient ensuite le mouvement, propriéti^^ réelle et objective, manifestée au moyen de signes subjectifs divers.

Le mouvement ou changement de situation par rapport à d'autres corps se conçoit encore clairement, sans aucun rapport nécessaire avec nos sens.

Le mouvement, qui est un phénomène, entraîne la conception de deux attributs des corps, la mobilité, c'est-à-dire la capacité d*ètre mus, et l'inertie, ou incapacité de se mouvoir ou de modifier son état de mouvement spontanément. L'inertie apparaît très évidemment dans notre perception des corps ; elle se manifeste par les sensations musculaires qu'elle cause, lorsque nous voulons mouvoir un corps ou arrêter un corps en mouvement. Mais il ne faut pas confondre Tinertie avec la pure passivité. L'inertie ne regarde que le mouvement local ; elle se concilie avec une puissance active et causale, en vertu de laquelle un corps peut en modifier un autre : l'existence d'une telle puissance est d'ailleurs évidente puisque le corps perçu modifie le sujet percevant et contribue à la formation des signes sensibles.

Reste la visibilité sous l'effet de la lumière. Cette propriété, objective comme les précédentes, est également primitive, quant à notre expérience ; mais eye en diffère en ce que, dans la connaissance vulgaire de la matière, elle ne peut être définie que par son rapport avec le fantôme lumineux et coloré qui nous désigne le corps. Cette propriété est précisément la puissance de produire, sous Tinfluence de la lumière, ce fantôme visuel.

Depuis que la science a déterminé la nature de la lumière, il est possible de donner de cette propriété une autre définition purement objective et dans laquelle nos organes n'entrent plus.

La visibilité sous l'effet de la lumière, c'est, scientifiquement parlant, la puissance de modifier de diverses manières le mouve-

468 LE POSmVISIfE ET Lk 8GIENGB EIPÉRDf ENTAIS

ment d^ondoUtioii qui 8e propage à travers Téther impondérable.

Telles sont les propriétés primaires que contient la notion objective d'un corps. Ces propriétés ne constitnent évidemment pas Tessence intime, ni la natore du corps tout entière. Un grand nombre d'autres propriétés pourront être découvertes par Texpérience.

L'abstraction et le raisonnement métaphysique agissant sur les propriétés expérimentales pourront scruter la nature des éléments premiers de la matière.

Mais les propriétés que nous avons citées sont celles qui résultent directement des premières expériences de la vision et du tact.

Que faut-il penser maintenant de la fameuse distinction de Reid, entre les propriétés absolues et les propriétés relatives de la matière?

Au point de vue où s'est placé Reid, elle est inexacte. Reid, en vertu de sa théorie des jugements spontanés, voulait que les corps fussent connus directement sans Fintermédiaire d'aucun signe sensible. Il nommait propriétés absolues les propriétés connues de celte manière ; et propriétés relatives, celles qui évidemment avaient un rapport avec nos organes, comme la couleur.

Ainsi posée, la distinction était fausse ; et cette erreur grave a contribué au triomphe du sensualisme sur la théorie primitive des philosophes écossais. Brown a pu démontrer victorieusement que nous arrivons à la connaissance de Tétendue au travers de nos sensations musculaires et cutanées. C'était le renversement complet de la doctrine de Reid. Seulement, ce n'était pas une excuse pour tomber dans un extrême opposé, pour confondre le signe et la chose signifiée , le moyen et le terme de la connaissance, et dire que l'étendue et la sensation musculaire sont une même chose. La vraie doctrine est celle que nous avons exposée, qui consiste à partir de la sensation, mais à aller au delà par l'interprétation résultant de notre activité psychique, suivant Texpression d'Helmholtz.

Si donc on entend par propriétés absolues, comme la fait Reid,

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