LIVRE IV. - CHAPITRE IX
tion de Tobjet. Or, c'est là précisément ce que Texpérience véritie.
Les sensations musculaires sous ce rapport présentent d'une manière très frappante le caractère de V espèce impresse, du signe qui fait connaître sans être connu. Il suffit, pour s'en assurer, de palper un corps de forme complexe, et de répéter ensuite les mêmes mouvements des doigts à vide sans toucher l'objet. Aussitôt on sent très distinctement des sensations musculaires particulières dans rintérieur [des doigts et du poignet. Si l'on recommence l'opération en palpant l'objet lui-même, la sensation cutanée et la notion de l'objet touché se manifestent, et les sensations musculaires disparaissent comme absorbées par le fait de la perception. Elles disparaissent, mais en remplissant leur propre fonction, en manifestant la forme du corps.
On voit que les trois conséquences, que nous venons de déduire de notre troisième principe général, sont la complète explication des anomalies des notions primitives du bon sens. L'illusion qui transporte les couleurs apparentes au dehors, l'illusion qui nous fait croire à une perception directe sans signes interposés, et qui a été la base du système de Reid, sont le résultat naturel de cette localisation des signes au même lieu que les objets, et de cet évanouissement apparent des signes tactiles, double application du principe général que les signes doivent être disposés et localisés en apparence, le mieux possible, pourremplir leurs fonctions.
Telles sont les lois générales de la localisation des signes perceptifs.
Il faut maintenant que nous voyions comment s'accomplit cette localisation et cette interprétation des signes sensibles, et quels sont les moyens que la nature emploie pour former en nous et pour nous apprendre à traduire ce merveilleux langage des sens qui nous révèle la réalité objective.