ÉDUCATION PROGRESSIVE DES SENS
Le premîer principe que nous devons poser pour arriver à Texplication de la manière selon laquelle la nature apprend à rhomme à percevoir, c'est que cette éducation des sens est une véritable éducation, et qu'à ce titre elle est progressive.
C'est une loi générale de la nature humaine que l'homme ne sait rien avant de l'avoir appris. Les animaux peuvent faire instinctivement, dès leur enfance, certains actes qui semblent exiger un développement assez grand d'intelligence ; l'homme, jeté nu sur la terre, est obligé de tout apprendre, et de tout apprendre lentement et péniblement. En naissant, il ne sait qu'une chose, souffrir et pleurer ; de là, cette belle définition d'un grand naturaliste de l'antiquité : Flens animal cœteris imperaiurum ; animal pleurant qui doit commander aux autres.
Nous ne devons donc pas nous étonner que l'homme, qui apprend à marcher, qui apprend à parler, doive aussi apprendre à voir, à toucher et à entendre, et qu'il ne puisse accomplir ces opérations si simples en apparence qu'après les avoir apprises par l'éducation.
L'expérience, du reste, a pleinement confirmé cette hypothèse si plausible. Lorsqu'on a opéré des aveugles-nés, on a reconnu que ces hommes, ayant les yeux sains et ouverts, recevant sur leur rétine les rayons lumineux et éprouvant les sensations visuelles, ne pouvaient pas voir les objets parce qu'ils ne savaient pas voir.
Citons, à ce sujet, une curieuse et mémorable expérience :
Cheselden avait opéré un garçon de treize ans, porteur de cataractes congénitales très opaques. Voici ce qu'il rapporte sur la manière dont ce garçon distinguait les formes : « Dans les <c premiers temps, loin d'être en état d'apprécier les distances, il