‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 266 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE IX

« s'imaginait que tous les objets qu'il voyait touchaient ses yeux, « de même que les objets sentis sont au contact de la peau. Ce « qu'il aimait le mieux, c'était les objets lisses et réguliers (soit « à cause de leur brillant, soit parce que l'analyse de leur impres- « sion visuelle est plus simple et plus facile?) bien qu'il ne sût (c pas se faire une idée de leur forme, n^ se rendre compte de ce « qui lui plaisait dans un objet. Il ne se faisait pas d'idée de la « forme des objets et ne les reconnaissait pas, quelles que fussent « leurs différences de forme et de grandeur ; mais quand on lui « désignait les objets qu'il avait reconnus d'abord à l'aide du « toucher, il les considérait très attentivement, afin de les recon- « naître plus tard. A cause du nombre considérable des choses « qu'il avait à apprendre à la fois, il en oubliait beaucoup, et, « comme il disait, il apprenait à connaître, et oubliait mille

« choses en un jour Ainsi, par exemple, après avoir

« souvent confondu le chien et le chat, il n'osa pas s'informer de « nouveau à ce sujet; mais on le vit attraper le chat, qu'il re- « connaissait par le toucher, puis, après l'avoir examiné attenti- « vement, le relâcher en disant : « Va, minet, je te reconnaîtrai « à l'avenir. » On crut d'abord qu'il n'avait pas tardé à compren- « dre ce que représentaient des images qu'on lui montrait, mais « on s'aperçut, par la suite, qu'on s'était trompé : il remarqua « subitement que les tableaux représentent des corps solides ; « jusque-là il ne les avait considérés que comme des plans coûte verts de différentes couleurs. Ce qui ajouta à sa surprise, c'est « qu'il s'attendit alors à ce que les tableaux lui présentassent, au « toucher, la même sensation que les objets représentés, et son (( étonnement fut extrême en remarquant que les parties, que les « effets d'ombre et de lumière faisaient paraître rondes et inéga- « les, semblaient unies à la main comme le reste. Il demandait (( quel était le sens qui le trompait, si c'était le toucher ou (( la vue.

« Lorsqu'on lui montra le portrait de son père dans un mé- « daillon de la montre de sa mère, en lui disant ce que « c'était, il en reconnut la ressemblance, mai» il témoigna une « grande surprise ; il demanda comment on avait pu représenter (( une figure si grande dans un espace si restreint, ajoutant que

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•' cela lui aurait paru tout aussi impossible que de mettre le con- « tenu d*un boisseau dans une pinte *. »

Il y a donc une éducation progressive des sens, et nous devons mettre sur le compte de cette éducation tout ce qui peut être expliqué de cette manière. Il est en effet très présumable que, principalement en ce qui regarde l'homme, le nombre des élé- ÀeiÊt innés et spontanés, qui entrent dans sa connaissance, est aussi restreint que possible. La nature semble n'avoir fait par elle-même que l'indispensable et laisser à l'expérience instinctive qu'elle doit cependant toujours diriger, le soin de développer les germes quelle a déposés en nous.

Un second principe que nous pouvons admettre, parc-e qu'il est conforme au développement général de l'être humain , c'est que ce développement progressif doit se faire d'une manière simultanée relativement aux différents sens. L'homme n'apprend pas d'abord à toucher, puis avoir, puis à entendre. Tout grandit et se développe à laf3is en lui.

Il est clair aussi, bien qu'au premier abord cela paraisse étrange, que la faculté d'interpréter les signes se développe en même temps que celle de les percevoir distinctement. Les aveugles-nés opérés voyaient un champ visuel parsemé de diverses couleurs, et n'apprenaient à discerner avec précision les contours des images qu'au fur et à mesure qu'ils apprenaient à discerner les objets figurés par les images. Nous avons \u également que la localisation des impressions de son et de lumière, qui finit par se confondre avec leur perception même, puisque nous voyons et que nous entendons les objets en dehors de nous, est un résultat d'une induction fondée sur la connaissance des corps réels et de leurs distances.

L'homme no commence donc pas par apprendre par cœur l'alphabet des signe» sensibles pour chercher plus tard à les traduire, pas plus que les enfants n'apprennent le son des mots avant d'en saisie le sens. Les deux opérations se font à la fois ; l'homme apprend & connaître les signes en les traduisant.

Cela est surtout vrai pour les signes du tact, pour ces signes

• Hcmholtz, m* partie, § 28.

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