‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 267 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE IX

obscurs et insensibles, qui font connaître sans être connus. Evidemment nous ne connaissons pas tout d'abord la signification de toutes ces sensations si variées ; c'est par Texcrcice du tact que nous arrivons à les distinguer, ou plutôt à apprendre à nous en ser\dr; car nous nous en servons sans les connaître. C'est donc en touchant les corps que nous apprenons à toucher intelligemment, à percevoir les formes par le tact. Or pour toucher réellement, il faut toucher un corps.

Le monde extérieur nous est donc absolument nécessaire pour Texercice de nos propres sens. Nous ne pouvons faire notre propre éducation qu'en entrant en rapport avec des corps étrangers à nous. S'il n'existait pas de corps que nous pussions atteindre et palper, peut-être nos sensations musculaires nous donneraientelles une idée vague de Tétendue et du mouvement; mais jamais dans ces sensations confuses nous ne trouverions l'idée de la précision des formes géométriques à trois dimensions, que nous fournissent les corps solides ; jamais nous Itl'apprendrions avec sûreté à discerner ces formes par les sensations obscures qui se produisent dans nos organes.

Les corps extérieurs sont donc le point d'aj^pui nécessaire de Téducation de nos sens, comme le sol est nécessaire pour marcher, comme la résistance de Teau est nécessaire au rameur pour mouvoir un corps flottant.

Ainsi éducation progressive simultanée de tous nos sens, perception de plus en plus distincte, interprétation de plus en plus complète, localisation de plus en plus exacte de nos sensations représentatives du monde extérieur, développement de la connaissance des corps étrangers à nous coexistant et croissant avec le développement de nos facultés de connaître, telle parait être, considérée d'une manière générale, la marche de la nature, telle est la grande loi du progrès qui nous amène de notre état d'ignorance rudimentaire à la pleine possession du langage de nos sens.

484 LE POSITIVISME ET LA SGIENGE EIPËRIMENTALE.

ROLE DE l'induction INCONSCIENTE, DE l'hâBITUDE

ET DE l'exercice

Dans cette éducation progressive de nos sens, Finduction inconsciente ou l'association d'idées, ce procédé si général de notre nature, qui a été l'objet d'études toutes spéciales de nos jours, doit certainement jouer un très grand rôle.

Cette induction inconsciente consiste à lier un signe à un objet qui, dans les expériences précédentes, lui a été uni, de telle sorte, que le signe paraissant, nous croyions à la présence de l'objet.

Nous avons déjà reconnu des applications de cette méthode dans l'adaptation de nos fantômes visuels aux formes perçues par le tact, et dans l'adaptation k ces mêmes formes des sensations spéciales d'accommodation et de convergence.

L'habitude ayant joint un fantôme visnel à la forme en relief d'un objet connu, perçu parle tact, toutes les fois que ce fantôme se montre, c'est avec l'apparence du même relief et à la même distance ; il signifie le même objet.

L'habitude ayant montré les particularités de la sensation d'accommodation et du désaccord des fantômes visuels des deux yeux liés à la perception d'un certain relief et d'une certaine distance, toutes les fois que nous voyons paraître un fantôme visuel accompagné de ces particularités distinctes, nous le voyons avec ce relief et k cette distance.

Cette induction inconsciente est tout à fait différente de l'induction consciente et scientifique.

Les différences entre ces deux procédés sont frappantes.

L'induction scientifique tend à former des lois abstraites dans lesquelles les phénomènes se rangent.

L'induction inconsciente tend à donner un sens déterminé à des signes concrets et individuels.

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