LIVRE IV. - CHAPITRE X
notion, tel signe ; cette seule règle rendait compte de Finierprétation. Les notions du tact formaient comme un dictionnaire complet dans lequel nous pouvions chercher le sens des images.
Maintenant il en est autrement. Le tact s'interprétant par luimême, il faut que nous apprenions à la fois à distinguer les î signes et à découvrir leurs sens. La vue ne peut donner qu'un secours imparfait ; ses signes non encore interprétés par le tact sont incomplets et équivoques.
Gomment donc Thomme, qui est supposé ignorer son propre corps, la situation respective de ses organes, et n'être en possession que de la traduction de quelques signes primitifs et généraux, pourra4-il apprendre à se servir de ses organes de tact, de manière à déterminer exactement la forme d'un corps quelconque ?
Gomment, au fur et à mesure qu'il avancera, pourra-t-il créer des notions nouvelles de forme et les unir à des sensations obscures de tact, qu'il commencera à discerner .4*£Atres sensations analogues? »
Nous comprendrons la possibilité d'une telle interprétation, si nous la comparons à la solution d'un problème du même genre qui a été opérée de nos jours par Tintelligence humaine.
L'interprétation des hiéroglyphes égyptiens et celle des caractères cunéiformes n'ont exigé comme point de départ quel» connaissance comparative d'un petit nombre de ces signes jusqu'alors inconnus et du sens de ces signes. II a suffi à Ghampollion d'une inscription en trois langues pour découvrir la clef des caractères Egyptiens. Au moyen de ces premiers renseignements il a découvert d'une part le sens des inscriptions, et d'autre part la valeur des signes.
G'est précisément le problème que la nature noos présente. Avec quelques signes sensibles primitifs naturellement traduits, nous devons découvrir d'une part la forme des corps extérieurs, et d'autre part en même temps, la signification des diverses sensations musculaires qui correspondent aux attitudes et aux mouvements de nos organes.
Nous avons d'ailleurs à notre disposition un même moyen de recherche et de contrôle. Bien que le sens des inscri||ftions hiéro-
4ns LE POSITIVISME ET LA SQENCE EXPÉRIMENTALE,
gtyphitpies fùl inconnu, cehii qui les étudiait savait que ce sens devait être suivi el raisonnable. Il pouvait donr deviner d'itprès le 8SBB d'une partie des mots d'une phrase, le sens de la phrase entifere, et acquérir ainsi un moyen au moins hypothétique d'interfiréter de nouveaux signes. Il trouvait un contrôle de son interprétation dans le fait que l'ensemble de sa traduction avait un, sens cohérent et raisonnable, que le sens supposé des inscriptions diverses attribuée-s à la même époque s'accordait.
Or l'homme, dans son travail instinctif et iacunsciettl pour apprendre à se servir des organes du tact, a im secours semblable. Les formes réelles'et tangibles des corps SOal soumises aux loia de la géométrie ; il découvre ces lois par sa raison an fur et à mesure qu'il entre en possession de la notion des formes. Ces lois géométriques no permettent l'existence que de ccr- ? taines formes, et par conséquent de certains systèmes dA sensa- | tious musculaires. Elles rendent possible de suppléer el de dovi- - f ner certaines portions noa encore observées, d'après les formes connues du reste du corps. Ainsi, apr&s avoir palpé le dessus il d'uD corps, nous savons qu'il doJty avoir uadsssoun, et tout na- i lurollemenl nous plaçons nos organes de manière à le trouver. J Un corps sphérique, tourné de toutes manières, permet, une fois ' qu'il est connu, d'interpréter un vaste nombre do sensation;musculaires très variées. j
La nature a sans doute posé à l'homme un difficile problème, celui d'arriver à la connaissance du monde par l'interprétation d'un petit nombre de signes, en marchant du simple au compliqué. Mais elle l'a elle-même dirigé dans sa recherche.
Elle lui a mis en effet sous les yeux des signes clairs en euïmêmcs, mais équivoques et insuffisants, les fantômes visuels. La curiosité naturelle de l'homme le perte à chercher ce que signifient ces apparences.
Four le faire, il a à sa disposition les organes du tact, dont tes signes obscurs en eux-mêmes sont infailliMu dans leur interpr^ tation. Il est donc porté à user de ses organes, à palper ce qui! voit, à faire un nombre immense d'expériences instinctives. Au milieu de ces expériences répétées, les notions claires des formes se dégagent dos signes obscurs du tact, el en connaissanl les