‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 285 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE XI

éprouver, pourquoi chercher Texplication du son et de la lumière ? Si les sensations sont tout ce que nous pouvons connaître, pourquoi chercher autre chose ? Pourquoi surtout chercher cette explication dans des phénomènes que nous ne pouvons pas percevoir, dans des vibrations sonores que nous ne pouvons pas compter, dans les ondulations d'unéther qui échappe à tous nos moyens de vision. S'il n'y a que des sensations, c'est-à-dire des apparences, pourquoi expliquer les sensations que nous sentons et les apparences qui nous apparaissent, par des sensations que nous ne sentons pas et des apparences qui ne nous apparaissent pas?

Qui ne voit que ce qui fait que la science cherche l'explication du son et de la lumière, c'est qu'elle sait d'avance que ce son et cette lumière ne sont que des ^apparences, derrière lesquelles se trouve une réalité qu'elle peut découvrir; et que ce qui fait qu'elle admet des vibrations invisibles comme explication des apparences, c'est qu'elle reconnaît en ces vibrations une réalité.

Ainsi se trouve scientifiquement résolue cette iameuse question des noumèneSy de leur existence et de leur nature.

Le noumëne, la chose en soi, c'est le corps tangible, c'est l'atome vibrant. Le phénomène ce sera le son, la couleur, la sensation musculaire. C'est dans cette distinction vulgaire, simple, expérimentale, entre les réalités véritables et les apparences que l'humanité a puisé les idées mêmes de noumëne et de phénomène, c'est-à-dire de réalité et d'apparence, de fantôme et de corps, d'existence absolue et relative.

Lorsque le philosophe de Kœnisgberg s'est emparé de cette distinction, pour la transporter ailleurs, lorsqu'il a voulu faire croire aux hoinmes que ce qu'ils ont considéré comme réel n'est qu'apparent, il s'est écarté de la véritable expérience, il a substitué ses conceptions arbitraires aux données que lui fournissait le spectacle du monde.

Au nom de principes à priori il a défendu à la science de rien savoir sur la nature d^s êtres. La science, imitant le philosophe antique qui répondait en marchant à celui qui niait le mouvement, a répondu au scepticisme par la découverte des réalités cachées sous l'apparence visible du monde, c'est-à-dire par l'ap-

plication exacte de celte distinction dont Kant^ avait abusé pour établir son système \

En troisième lieu nous pouvons nous demander comment la science est parvenue à ce résultat? Est-ce par un acte de foi, par une notion métaphysique ou mystique? Nullement, c'est par Texpérience même.

Il faut donc que Texpérience atteigne d'une part des corps réels, et d'autre part des apparences, de manière à pouvoir ensuite expliquer les apparences elles-mêmes, en découvrant la réalité dont elles sont le signe.

Or, c'est précisément ce que nous avons montré. Nous avons prouvé qu'il y a deux sortes de perceptions, perception des apparences et perception des corps réels. Les résultats de la science vérifient notre proposition.

Cette vérification devient plus complète encore, si nous examinons en quoi consiste cette réalité découverte par Tinduction scientifique. Elle consiste dans les atomes vibrants, c'est-à-dire dans de petits corps semblables à ceux que le tact et la vue distinguent, et dont la réalité et l'existence actuelle et objective sont manifestes. Elle consiste dans une réduction à des dimensions inappréciables des corps mobiles que nous voyons et que nous touchons, et du mouvement de ces corps.

Si donc réellement il faut considérer la théorie de la réduction de la force au mouvement comme définitive dans la science, le dernier de ses résultats se trouvera identique à la plus simple des notions vulgaires. Etendue, mouvement réel et dynamique, communication du mouvement, tel est le résultat de la première des expériences, de celle de l'enfant qui pousse une boule devant lui ou qui reçoit un choc. Etendue, mouvement réel, communication du mouvement, ce serait encore le dernier mot de la science des corps : singulière coïncidence qui semble confirmer à la fois en les unissant la théorie dynamique de la chaleur et la théorie de la perception par le tact *.

L'intelligence humaine est donc sortie de la prison des sensa-

* Voir la note II à la fin du chapitre. ■ Voir la note I à la fin du chapitre.

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