‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 286 sur 320 · LIVRE IV. - CHAPITRE XI. r.iT · texte numérisé non relu

LIVRE IV. - CHAPITRE XI. r.iT

lions, dans laquelle Gondillac et M. Mill voulaient renfermer. Elle en est sortie par la porte ouverte devant elle, celle de la perception du tact et de la vision distincte, c'est-à-dire vérifiable par le tact. Elle n'a eu besoin pour connaître les corps réels que de les toucher, c'est par cette expérience, si simple, si vulgaire, si enfantine , que Thomme a pénétré au-delà de Tonceinte des apparences, et a atteint la réalité.

Ainsi, bien loin de contredire notre théorie^ la distinction profonde que la science établit entre le monde réel et intelligible, où il n'existe que des vibrations, et le monde apparent des couleurs et des sons, ne fait au contraire que la confirmer. Par •ette découverte de la réalité intelligible, par cette détermination des causes des apparences, la science rend plus évidente encore la distinction du subjectif et de l'objectif. Elle affirme avec une fermeté croissante les droits et la puissance de la raison humaine. Elle convainc de plus en plus d'erreur la triste et sophistique doctrine qui réduit les corps à n'être que les causes inconnues de nos sensations, et les appurences qui nous frappent à n'être que les phénomènes de l'inconnu.

Cependant il est nécessaire de compléter cette théorie par quelques considérations d'un autre ordre. Il est nécessaire de faire intervenir l'idée suprême de la finalité, qui seule peut établir l'accord et la cohérence entre les divers résultats de Tinvestigation humaine.

Or, considérées ainsi au point de vue de leur finalité, ces deux faces du monde , l'apparence et la réalité , prennent un aspect tout nouveau et s'accordent en formant une admirable et suprême harmonie.

Rien d'abord n'est plus évident que l'étonnante adaptation des signes sensibles aux besoins de l'homme, et principalement à l'acquisition de la connaissance du monde réel. Ces signes sont

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merveilleusement disposés en raison de la^ complication du monde et des limites de notre intelligence.

Le monde, en effet, est infiniment multiple et complexe; il est composé d'innombrables corps qui se composent chacun d'innombrables atomes.

Si donc il nous était connu directement et tout d'un coup tel qu'il est, nous nous perdrions dans la connaissance des détails infiniment multiples qu'il contient. Si, au lieu de percevoir directement par une sensation spéciale de l'oreille le rapport de deux sons, il nous fallait percevoir isolément et compter le nombre de vibrations qu'ils contiennent, ce serait un calcul écrasant. Si le même calcul devait être appliqué aux variétés de longueurs d'ondulations de l'élher il dépasserait la capacité mathématique de l'homme.

La nature ou plutôt son auteur (car la marque de l'ouvrier intelligent se reconnaît ici d'une manière frappante, ) a donc agi d'ime manière très sage. Il a simplifié, en raison des bornes d^ l'esprit humain, l'apparence du monde. Il a mis sous nos yeitt comme une sorte de résumé, d'abréviation de ce que le inonde contient. Il a joint à différents groupes d'atomes vibrants qui, par eux-mêmes sont infiniment compliqués, une sensation représentative simple, qui est comme l'étiquette qui sert à les retrouver et à les reconnaître.

Par là, non seulement il nous a donné une rè^le pratique pour nous conduire, non seulement il a placé les couleurs, les sons, les odeurs comme des jalons pour nous tracer notre route et nous faire éviter les dangers qui nous entourent, mais il nous a aussi facilité la connaissance complète et spéculative du monde. 11 nous a permis de passer graduellement par une série d'interprétations et d'inductions successives, de ce premier aspect brillant et varié du monde, à une connaissance plus profonde, de celle-ci à une science plus complète encore, jusqu'à ce que les éléments premiers, les atomes vibrants, se manifestent à notre intelligence.

Ainsi il y a adaptation merveilleuse entre le sujet intelligent et observateur et les signes sous lesquels le monde lui apparaît. Cette adaptation est si parfaite que la connaissance objective de

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