LIVRE IV. - CHAPITRE XI
éclatants 3 n'est-il pas vrai que cet ensemble de couleurs et de sons mis à son tour en contact avec Tàme du poète, de l'artiste et du musicien, va prendre ime signification toute nouvelle, qu'il va nous révéler de nouveaux horizons et nous introduire dans un monde suprasensible, qui, par sa dignité, sa beauté et sa grandeur, domine autant le monde des atomes vibrants que celui des apparences sonores ou colorées que nos sens perçoivent?
Par rapport à ces beautés d'im ordre supérieur, le monde réel, le monde des atomes n'est plus un simple objet de connaissance, il passe à l'état d'instrument et de moyen de développer et d'agrandir la pensée de l'homme et d'enrichir son imagination de splendeurs inconnues.
Il cesse d'être le sens unique des signes sensibles. Ces signes ont maintenant une signification plus belle et plus relevée ; ils figurent la pensée et les émotions de l'homme. Le monde des atomes n'est plus que l'alphabet matériel de la langue brillante des images qui rendent l'idéal sensible et accessible à notre âme.
11 n'est plus que le cadre et la toile du tableau tracé devant nos yeux par la main du Créateur.
Ne nous étonnons donc plus que ce soit l'homme qui prête au monde le vêtement brillant des couleurs et des sons. Le monde matériel n'est pas complet sans l'humanité, ou du moins sans des êtres organisés et intelligents ; il est fait pour de tels êtres. Nous ne pouvons savoir quels sont les êtres qui habitent les planètes innombrables qui se trouvent dans le firmament; mais il y a du moins une chose certaine, c'est que le monde matériel, tel que nous le connaissons, le monde composé de corps baignés dans Téther vibrant est à la fois sensible et intelligible. C'est qu'il estfait pour être regardé, pour être entendu, pour être scientifiquement connu, pour être interprété de mille manières. Il a été créé, suivant la grande parole d'Ampère, pour être aux êtres intelligents et sensibles une occasion de penser et de sentir. Sans le monde matériel, sans la réalité objective, l'homme ne sortirait pas des langes des sensations, son intelligence resterait à l^tat rudimentaire de l'enfance. Mais sans les sens et les organes, sans l'intelligence et l'imagination, le monde ne serait qu'une tmvre incom-
9it LE POSinVISIfS ET LA 8CIENCB EXPÉRIMENTALE.
plète, un tableau inachevé, une iyre^dont les cordes détendues ne rendraient aucun son.
Les êtres senmbles et intelligents et le monde matériel forment une admirable société établie par le Créateur ; Thomme reçoit deFunivers la notion d* une réalité extérieure et le développement de ses propres facultés ; Tunivers reçoit de Thomme son vêtement d'apparence et son interprétation idéale. Sans Tunivers, l'homme resterait toujours à Tétat d*enfant endormi dans sou berceau ; sans TAme intelligente et pourvue d'organes, Tunivers ne serait qu une sourde et aveugle mécanique. C'est de leur union que naissent les brillantes couleurs et Tharmonieux concert des sons ; c'est de leur union que natt la beauté merveilleuse de la science, la beauté plus merveilleuse encore de l'art et de la poésie ; c'est leur union qui produit l'hymne sacré d'adoration, qui s'élève de la création entière jusqu'au pied du trône de son auteur suprême.
NOTE I