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DU PROGRÉS MÉTHODIQUE DE LA PHILOSOPHIE SOUS LE CONTROLE DU BON SENS

Arrivés au point où nous sommes, nous pouvons exposer dans son ensemble la méthode qui nous parait nécessaire pour sortir de la confusion philosophique actuelle.

Nous commençons cependant par faire une réserve. Nous ne prétendons pas que cette méthode soit la seule et unique méthode philosophique. Nous n'avons pas la prétention de découvrir des principes qui auraient échappé à tous ceux qui nous ont précédés, ni d'élever notre système au-dessus de ceux qu'ont construits tant de génies éminents.

Nous nous plaçons à un point do vue volontairement restreint, celui d'une époque ou d'une société où un tel. désordre d'idées existe que les principes les plus élémentaires sont niés et que les mots mêmes n'ont plus un sens fixe et intelligible pour tout le public ; c'est pour reconstruire quelques notions métaphysiques et pour combattre des systèmes erronés dans une telle société que nous considérons notre méthode comme essentielle. Nous admettons parfaitement que dans d'autres temps et d'autres circonstances, il ait pu être utile et opportun de procéder autrement.

Nous croyons en particulier que lorsqu'il existe une doctrine philosophique traditionnelle, qui est dans son ensemble conforme au bon sens et qui est universellement répandue, mieux vaut

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adopter d'abord, sauf à les corriger, les définitions et les principes de cette doctrine.

Quoi qu'il en soit, notre méthode peut être résumée dans cinq règles que nous allons énoncer d^abord, et expliquer ensuite avec quelques développements.

1. Prendre comme point de départ Tensemble des notions du bon sens.

2. Etudier, scruter, préciser, et corriger ces notions par l'analyse logique et les procédés scientifiques, sans jamais les contredire.

3. Contrôler le bon sens par l'analyse et l'analyse par le bon sens.

4. Marcher, toujours du connu vers l'inconnu, sans sacrifier les vérités connues à la solution des problèmes ultérieurs.

5. Constater a posteriori les limites de la connaissance humaine ; ne point chercher à tout savoir, mais ne s'interdire d'avance la recherche d'aucun problème.

La première règle est de la plus haute importance. Elle obUge le philosophe à se placer, avant de commencer son œuvre, en présence de l'ensemble de la réalité, à prévoir par conséquent la direction qu'il devra suivre, les obstacles qu'il pourra rencontrer et les faits dont il devra tenir compte. En suivant cette règle, il ne s'exposera pas à construire, avec une partie des faits, une théorie générale que d'autres faits viendront contredire. Il ne fera pas par exemple une étude psychologique de l'homme en laissant de côté les grandes idées de l'infini et de l'idéal, de la vertu, de la justice, sauf à les faire rentrer de force dans des cadres tracés d'avance.

Nous pouvons citer à l'appui de cotte règle une parole très profonde et très philosophique d'un écrivain dont le bon sens était une des qualités dominantes.

« Quand un homme me dit : Partons d'un principe, je deviens a d'abord tout triste, et je me dis à raison de la complication <« des choses humaines : Pourquoi pas de deux ou trois a principes * ! »

* X. Doudan, Lettres, édition 1879. Tome nr, lettre 92.

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