LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE VI
naissent de la solution même des premières, que Ton ne fait disparaître une difficulté qu'en la repoussant plus loin et en en faisant naître une autre.
On arrive donc, à la fin, à des oppositions d'idées qui semblent de véritables contradictions, et que l'analyse et la logique échouent à résoudre. Kant a signalé ces contradictions et leur donne le nom d'antinomies de la raison. Nous adopterons ce terme, que nous préférons à celui de contradictions apparentes, parce que nous voulons éviter jusqu'à l'idée qu'il puisse exister dans les données de la raison une contradiction véritable. Nous disons donc que la limite de la connaissance humaine dans Tordre du raisonnement est indiquée par l'apparition d'antinomies apparentes, insolubles par la logique, c'est-à-dire de propositions opposées et en apparence inconciliables. Telles sont la prescience divine et la liberté de l'homme, l'unité des corps et leur divisibilité indéfinie, l'immutabilité et l'activité de l'Être suprême, quand on adopte la solution spiritualiste , l'unité substantielle et la multiplicité réelle des êtres, quand on adopte la solution panthéiste.
Que doit-on penser de ces antinomies, comment doit-on se comporter envers elles? C'est ce que nous allons exposer rapidement ; ce sera le complément de notre méthode. Nous en avons indiqué le point de départ et la marche progressive.
Les antinomies étant l'obstacle dernier, la limite extrême et le terme de ce progrès, nous aurons expliqué toute la méthode quand nous aurons dit en quoi elles consistent, et comment on peut, soit les résoudre, soit les faire entrer à titre d'éléments dans la connaissance humaine.