‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 36 sur 320 · LIVRE PRÉLIMINAIRE. - CHAPITRE VIL 5S · texte numérisé non relu

LIVRE PRÉLIMINAIRE. - CHAPITRE VIL 5S

grales irréductibles des problèmes philosophiques. Elles peuvent entrer dans la science philosophique, comme ces intégrales entrent dans l'analyse mathématique.

Ainsi, encore une fois, cette doctrine de Hegel si absurde, qui est un véritable défi jeté au sens commun, contient, pourvu qu'on l'atténue et qu'on la ramène aux limites du bon sens, une très profonde vérité. En substituant à la thèse et à Tanti thèse absolues une thèse et une antithèse approchées, la route tracée par Hegel serait la vraie route de la raison dans les hautes questions métaphysiques, et le terme de la connaissance humaine se trouverait au point précis, où la synthèse, bien que réelle, ne peut plus être dégagée par notre intelligence ni exprimée par fe langage.

Néanmoins, pour que cette doctrine soit exacte et ne conduise pas à des conséquences dangereuses, il faut y joindre un complément indispensable.

n fout admettre qu'il existe un signe au moyen duquel les antinomies apparentes insolubles puissent être distinguées des contradictions véritables. Il faut que nous possédions un critérium des antinomies apparentes.

Sans cela, nous risquerions d'introduire parmi les données, admises comme vraies dans notre système de philosophie, de véritables et d'absolues contradictions. Ce serait un hégélianisme pratique infiniment plus dangereux que l'hégélianisme théorique et absolu. Cet inconvénient, du reste, n'est pas imaginaire ; l'exemple de bien des systèmes en prouve la réalité.

Du moment, en effet, que l'existence de certaines antinomies de la raison a été constatée, et qu'il s'est trouvé des philosophes osant affirmer qu'une thèse et une antithèse absolument contradictoires peuvent subsister en face l'une de l'autre, cette association d'éléments inconciliables est devenue un moyen très simple de résoudre les difficultés métaphysiques. Les esprits superficiels s'en sont emparés et ont poussé à l'extrême cette liberté qu'Hegel leur a concédée.

C'est ainsi que nous voyons dans certains systèmes le fini identifié avec l'infini. C'est ainsi que la simplicité de la pensée et la complexité des phénomènes matériels sont attribuées à un

sujet unique. C'est ainsi qu'aux yeux de certains philosophes, Tabstrait et le concret, le réel et Tidéal se confondent, et qu'une loi abstraite est considérée comme la cause productive d'un phénomène réel.

Tous ces systèmes disparates, qui associent des notions contradictoiref I constituent un véritable hégélianisme pratique plus dangereux que la théorie correspondante ; c'est toujours une thèse et une antithèse absolues, entre lesquelles on essaie ou même quelquefois on ne se donne pas la peine d'essayer une synthèse chimérique.

, Un critérium des antinomies de la raison est donc nécessaire. ,|Jhious faut un principe au nom duquel nous puissions dire alternativement, selon les circonstances :

Ici, nous devons maintenir avec une égale fermeté deux vérités eni^iareuce opposées, tenir les deux bouts de la chaîna, selon l'expression de Bossuet; car la contradiction n'est qu*apparente.

Là, au contraire, dans tel autre cas, il faut choisir entre deux propositions. Elles ne peuvent subsister ensemble. La vérité de Tune entraîne l'erreur de l'autre. Essayer de les concilier, serait BSe entreprise chimérique.

La recherche d'un tel critérium permettant, sans résoudre explicitement une opposition apparente entre des idées, de prononcer qu'elle n'est qu'apparente, est la dernière partie de notre méthode progressive. Il est facile de comprendre que c'est de la possession et de l'application d'un tel critérium que dépend la solution des grands problèmes et le véritable progrès de la haute métaphysique. En effet, il est très probable que la plupart des systèmes généraux de philosophie, surtout relativement aux grandes questions de lathéodicée et de la cosmogonie, ont déjà été inventés. Les nouveaux ou prétendus tels ne sont que les anciens exprimés avec plus de précision dans un langage nouveau.

Spiritualisme, matérialisme, panthéisme, idéalisme, toutes les formes de la pensée humaine, plus ou moins modifiées, mais semblables au fond, se reproduisent périodiquement. De Platon à Malebranche, d'Heraclite à Uegel, de Parménide à Spinosa,

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