‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 39 sur 320 · LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE VIU · texte numérisé non relu

LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE VIU

en choisit un qui permet une conciliation entre la thèse et l'antithèse.

Mais, à regard des antinomies insolubles, ce procédé devient illusoire. La distinction ne peut pas être faite, ou du moins ne peut pas être justifiée. On comprend, en effet, qu'il ne suffit pas de distinguer au hasard ; ce serait le moyen de résoudre les contradictions les plus absolues et de déclarer conciliables des propositions directement opposées.

Lorsque M. Taine, par exemple, dit que la sensation et le mouvement des centres nerveux sont un seul et même événement, il ajoute, pour résoudre Tantinomie, que l'un est vu par le dehors, l'autre par le dedans. Logiquement et au point.de vue de la forme, la distinction est bonne. Mais reste à savoir ce que c'est que le dedans et le dehors d'un fait, si ces mots ont un sens.

Lorsqu'un philosophe, partisan des atomes, dit qu'ils sont divisibles, quant à l'étendue, par la pensée, et indivisibles, quant à la substance, il reste à savoir si la distinction est admissible, et si la divisibilité sous un rapport n'exclut pas la simplicité sous un autre. Or, cette question est précisément la question primitive, celle de la possibilité des atomes.

Les distinctions logiques ne sont donc pas de véritables solutions par elles-mêmes. Elles ne sont valables que quand elles sont justifiées ; et, quand une antinomie apparente est insoluble, la tentative de justifier la distinction ramène à la question même du caractère apparent ou réel de la contradiction.

Que ferons-nous donc, puisque la logique est à bout de voie, que l'analyse a épuisé ses ressources ?

Nous aurons recours à la raison tout entière. C'est à l'intelligence, usant à la fois de toutes ses facultés, que nous nous adresserons, pour lui demander de juger en dernière instance sur ces problèmes, que les procédés analytiques n'ont pu éclairer.

C'est donc de nouveau au bon sens que nous aurons recours. C'est à un jugement analogue à ceux du bon sens que nous nous adresserons pour faire ce choix définitif et suprême entre les affirmations qu'il faut rejeter, à cause de la contradiction réelle.

et celles qu'il faut maintenir, malgré la contradiction apparente.

Notre critérium sera un nouvel appel au bon sens, après répreuve complète des procédés logiques restés sans résultat.

Cependant, nous voudrions établir une distinction entre le bon sens supérieur, cet instinct métaphysique qui est le juge suprême des questions qui semblent insolubles, et le bon sens vulgaire, le sens commun, qui prononce tout d'abord et de prime saut sur les questions pratiques.

La grande différence, entre ces deux procédés, consiste en ce que le bon sens vulgaire devance la logique, tandis que le bon sens supérieur ne vient qu'après elle.

Aussi avons-nous déjà remarqué que le bon sens vulgaire saisit la vérité avec énergie et promptitude, mais avec une certaine grossièreté, englobant quelquefois le faux avec le vrai, dépassant la mesure juste par le caractère absolu de ses conclusions.

Ses défauts sont en même temps des qualités. Ses décisions promptes, la manière dure amc laquelle il qualifie les erreurs, et même l'absence de réserves qui limitent ses affirmations, sont utiles dans les questions pratiques.

Ces procédés donnent à la conduite de la vie un caractère plus ferme et plus assuré. Ils mettent la vérité nécessaire à la portée des esprits qui ne seraient pas capables d'une connaissance subtile et raffinée.

Mais pour que l'intelligence, procédant toujours par voie de jugement immédiat et synthétique, puisse traiter utilement les hautes questions philosophiques, il faut qu'elle modifie son procédé.

Aussi ce bon sens supérieur dont je parle est-il aussi lent dans ses jugements que le premier est rapide.

Se plaçant en présence de vérités, en apparence opposées, sur lesquelles il doit décider, il les contemple pendant un certain temps. Il cherche à les exprimer en termes synonymes ; il examine les tenants et les aboutissants de chaque idée. Il cherche à voir si, à mesnre que la réQexîbn |o porte sur le nœud mystérieux dont il s'agit d'apprécier la nature, le caractère de contradiction devient plus frappant, ou s'il se perd dans une obscurité plus profonde. Ce n'est qu'ajgffkl une contemplation prolongée

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