‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 40 sur 320 · LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE VIII

qu'il rend enfin son verdict. Le verdict est alors véritablement sans appel, puisque Fintelligence a usé de tous les moyens qui étaient à sa dt^sition, pour arriver à la certitude.

Tel serait donc^ suivant nous, Tordre des opérations de notre intelligence.

D'abord le bon sens vulgaire, c'est-à-dire la première vue du jBionde, frappant Fintelligence et provoquant des affirmations généralement vraies, mais trop absolues, et conduisant par là à des contradictions apparentes ou réelles.

Puis le travail méthodique de la science ; l'analyse décomposant les idées, le raisonnement les reliant entre elles, la méthode admirable d^Aristote donnant aux mots un sens précis, séparant les idées distinctes, et mettant en évidence, par la force même de l'argumentation, les contradictions réelles ou apparentes qui existent entre elles.

Enfin, en troisième lieu, retour du bon sens, c'est-à-dire de l'intelligence elle-même sur ses propres procédés et sur leurs résultats ; examen lent, contemplation réfléchie des diverses propositions, de leur opposition ou de leur accord, et enfin verdict de la raison, prononçant d'une manière définitive sur tous les points que la procédure logique a laissés en litige.

Principes présomptifs qui servent de guide au, bon sens

métaphysique.

Ce jugement de la raison ne pourra pas être appuyé sur des preuves logiquement déduites ; nous avons reconnu en eff'et que dans de telles questions l'argumentation est impuissante.

Mais il nous semble que nous pourrions faire un nouvel emprunt à la comparaison tirée de l'ordre judiciaire que nous avons déjà employée, et dire qu'à défaut d'arguments logiques démonstratifs, ce jugement de la raison s'appuie sur une série de

présomptions dont Fanion produit pratiquement et dans chaque cas la certitude.

Nous allons indiquer quelques-unes de ces présomptions qui serviront à diriger ce travail d'examen patient du problème soumis à Tintelligence.

I. L'intelligence examinera d'abord l'origine de l'antinomie apparente. Elle scrutera les preuves qui établissent séparément la thèse et l'antithèse.

Si ces propositions sont des premiers principes de la raison, ou des faits évidents, ou des conclusions de raisonnements simples et concluants, il y aura une très forte présomption que l'opposition entre elles n'est qu'apparente. En effets il est certain qu'il ne peut pas exister de contradiction réelle entre deux vérités. La présomption pourrait même en ce cas aller jusqu'à la certitude, si les deux propositions étaient démontrées d'une manière rigoureusement mathématique.

En revanche, si les deux propositions sont faiblement prouvées, si l'antinomie est créée arbitrairement et d'une manière factice, il sera permis de supposer que la contradiction est réelle.

Ainsi, le premier signe distinctif des antinomies apparentes sera la certitude des propositions antagonistes.

IL Le second signe résultera de l'examen direct du rapport entre les deux propositions antagonistes, de ce que nous pouvons appeler le nœud de l'antinomie.

Quelquefois la clarté des idées est telle que l'examen attentif rend leur opposition manifeste, et que l'impossibilité d'une conciliation quelconque devient évidente.

C'est ce qui arrive dans le cas où une contradiction se rencontre à la suite d'un calcul arithmétique ou d'un raisonnement géométrique. Tout raisonnement qui conclurait en disant que trois et quatre ne font pas sept, ou qu'un arc de cercle est moindre que sa corde, doit être rejeté à priori.

Sans aller jusqu'à une clarté aussi grande, il peut se faire qu'une opposition d'idées devienne de plus en plus évidente à mesure qu'on l'examine avec plus d'altention. Il peut se faire au

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