LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE VIII
que d'accepter une doctrine contradictoire à des notions simples, claires et évidentes pour éviter une antinomie qui se manifesterait dans la tentative do résoudre des problèmes reculés et profonds.
Ce principe peut être utilement appliqué pour trancher la question entre le spiritualisme et le panthéisme. — Où se trouvent en effet les difficultés du spiritualisme ? Dans la nature de rÉtxe Infini, ou dans le rapport de cet Être avec le monde. — Où se trouvent au contraire celles du panthéisme? Dans la conception même du monde visible et expérimental, auquel le panthéisme attribue une unité qui répugne à la distinction des êtres réels.
Le spiritualisme explique le monde en s'élevant jusqu'à Dieu, il rencontre des difficultés insolubles dans Texplication de la nature et des desseins de Dieu.
Le panthéisme, pour éviter ces difficultés sur la nature divine, se résout à admettre une explication du monde visible qui répugne à la raison.
Notre troisième caractère est donc favorable au spiritualisme qui explique les faits simples et accessibles, et rejette les difficultés dans la région de Tinfini. Il est contraire au panthéisme qui, pour éviter ces difficultés profondes, se résigne à contredire le bon sens dans ses notions les plus claires et les plus élémentaires.
IV. Un quatrième élément pour ce jugement de bon sens se tirera d'un fait que nous avons déjà indiqué.
Les contradictions réelles, ne contenant aucune notion véritable, sont stériles.
Les antinomies apparentes, contenant en elles-mêmes, sous une apparence contradictoire, des vérités profondes, sont par là même très fécondes.
Voici comment ce dernier signe pourra être appliqué.
La contradiction réelle n'explique rien. Il en résulte que celui qui a admis une telle notion n'est pas plus avancé qu'auparavant. Il retrouvera, dès qu'il cherchera à étudier des questions voisines, la même difficulté qu'il n'a résolue que verbalement. Il rencontrera constamment de nouvelles contradictions, et, s'il persévère dans son système, il sera obligé de les accepter encore.
Il roulera de contradictions en contradictions. De plas, il ne découvrira aucune idée nouvelle, il ne fera que combiner et associer entre elles celles que Fexpérience primitive lui a fournies.
Y a-tril quelque chose de plus stérile et de plus arbitraire que le système du monde de Hegel? Ne voit-on pas qu'il ne fait sortir de son idée première du devenir que les notions qu'il y a fait entrer primitivement ?
Au contraire, celui qui a reconnu une vérité profonde, exprimée sous la forme d'une antinomie apparente, est en possession d'un principe de solution plein de fécondité. Ce seul mystère, obscur en lui-même, sert à éclairer et à résoudre une foule de problèmes sans cela insolubles. A la lumière de ce principe, tous les faits prennent un aspect nouveau, l'abstraction en fait jaillir des idées jusqu'alors inconnues.
Prenons, par exemple, la notion d'une cause première infinie. Cette idée peut se mettre sous la forme d'une antinomie apparente. Car nous devons concevoir cette cause comme réelle d'une part, et comme infinie et parfaite de l'autre. Or, la réalité, telle que l'expérience nous la fait connaître, est imparfaite, limitée et contingente. C'est cette opposition apparente que M. Yacherot considère comme réelle et qui lui suffit pour rejeter le théisme.
Mais voyez quels flots de lumière sortent de ce foyer qui semble obscur lorsqu'on veut le regarder en face.
Cette cause intelligente explique Tordre du monde. Sa liberté explique la contingence des êtres créés ; sa loi manifestée dans la conscience le caractère obligatoire de la morale. Sa perfection entrevue explique l'idéal que l'imagination rêve et que l'art cherche à réaliser. Son unité relie les êtres distincts qui composent le monde. Le monde physique et le monde moral, considérés comme la manifestation des diverses perfections de cet être unique, réel et parfait, apparaissent avec une harmonie toute nouvelle.
Otez cette idée de réalité parfaite et vous êtes obligé de détruire du même coup tout un ordre de pensées et de sentiments de l'humanité, toute une série d'institutions sociales qui reposent sur cette idée, de rayer du dictionnaire de toutes les langues un