‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 47 sur 320 · LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE IX

Dieu pour expliquer leurs rapports , et à transformer ranimai en une machine insensible parce qu'il ne rentre pas dans la théorie.

Nous ne nions pas ce que notre méthode a de gênant. Mais elle a ses avantages et ses qualités. En premier lieu elle est sûre. Elle ne permet au philosophe do sacrifier aucune vérité ; elle lui garantit la conservation tant des premières notions du bon sens que de toutes celles qui ont été légitimement acquises.

En second lieu, elle est réellement progressive. La première condition pour avancer c'est de ne pas reculer; la première condition pour construire la partie supérieure de l'édifice, c'est de ne pas détruire la partie inférieure qui doit supporter le tout. Que de temps, que d'efforts, que de génie ont été perdus dans les démoUtions et les reconstructions de la métaphysique ! Que de peines ont été stérilement employées à réfuter les sophismes du scepticisme ! Supposons que des hommes tels que Descartes, Leibnitz, Kant, et tant d'autres, aient tous travaillé à une même œuvre, avançant lentement et d'un pas sûr, au lieu de détruire chacun ce qu'ont fait ses devanciers, qui pourrait mesurer les progrès qu'auraient fait la psychologie et la science pHilosophique en général ? Reid n'avait pas le génie de Kant, et cependant, parce qu'il a marché dans la droite voie du bon sens^ il a fait deux découvertes qui ne périront pas, la distinction de la perception et de la sensation, et le caractère affirmatif de la connaissance humaine. De Kant, au contraire, que restera-t-il qu'une nouvelle forme de scepticisme engendrant un panthéisme qui n'est nouveau qu'en apparence et qui n'est que la répétition, dans un langage nouveau, des plus vieilles erreurs? Nous sommes convaincu qu'en s'astreignant au contrôle du bon sens la métaphysique arrivera nécessairement à des découvertes originales et inattendues, tandis que, en l'abandonnant, elle roulera toujours dans le même vieux cercle d'erreurs. Si la méthode que nous conseillons était habituellement pratiquée, peut-être seraiton privé de voir beaucoup de ces brillants systèmes, de ces erreurs ingénieuses comme celles de Leibnitz, dont on a pu dire qu'elles étaient des titres de gloire de l'esprit humain, mais

en revanche, nous osons croire que la philosophie en s'astreignant à cette marche prudente, en imitant la patience des sciences naturelles sous la discipline de Bacon, ferait de plus sérieux et de plus réels progrès dans la connaissance de la vérité.

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