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LIVRE PREMIER. — CHAPITRE II

Considérées d'une manière abstraite et générale, les qualités différent du tout au tout, elles peuvent être distinguées par un jugement négatif.

Considérées dans leur réalité concrète en tant que ne faisant qu'un avec la substance, elles s'identifient.

iVinsi pour reprendre notre exemple de l'orange jaune, sphérique et solide, on pourra dire :

La couleur jaune de r orange n'est pas la solidité,

La forme sphérique n'est pas la couleur jaune.

Mais on devra dire en même temps :

L'objet jaune est/e même que V objet solide.

L'objet sphérique est le même que l'objet jaune.

Distinction abstraite, identité concrète, telle est l'expression du rapport des qualités entre elles et avec leur sujet.

§ 6. — Vraie nature de la substance par rapport à ses qualités.

Fausseté des métaphores vulgaires,

La diversité des qualités est donc réelle, mais comme ces qualités ne sont que des points de vue de la substance, il s'ensuit que la diversité existe dans la substance elle-même.

Mais il y a aussi dans la substance une absolue unité ; ces qualités diverses ne font qu'un même être.

Cela est vrai lors même que d'ailleurs cet être serait complexe et divisible en parties. Il n'en serait pas moins, par rapport à ses qualités, un centre unique, un support indivisible.

Ainsi l'un et le divers existent dans les êtres.

Les qualités se fondent d'une manière complète en un seul individu. De là le nom d'être concret imposé aux substances par opposition aux qualités abstraites.

Ce qui a souvent égaré les métaphysiciens sur ce sujet difficile, c'est la tentative vaine de représenter par une métaphore matérielle le rapport de la substance et de ses qualités.

Pour les uns, la substance a été considérée comme un faisceau de qualités ; comparaison évidemment erronée , puisqu'elle suppose que les qualités existent par elles-mêmes et ne sont

réunies qu'après coup pour former la substance. C'est transformer la substance en un agrégat.

D'autres, plus frappés de l'unité et de la réalité de la substance, ont voulu placer cette unité dans un sujet distinct des qualités elles-mêmes, et leur servant de support.

La métaphore qulls emploieraient volontiers serait celle du bâton d'ambre autour duquel les qualités viendraient adhérer, comme les objets légers retenus par l'électricité.

Mais ces fétus, quelque légers qu'on les suppose, seraient déjà des substances et n'auraient pas besoin d'un support pour exister.

Il nous paraît impossible de représenter par une figure matérielle cette relation si intime de l'un et du divers, cette coexistence dans un même et identique être d'attributs distincts, l'étendue et la solidité dans les corps, l'intelligence et l'activité dans les âmes.

Le nom même d'être concret donné aux êtres réels est une preuve de l'effort impuissant de l'esprit humain essayant de définir l'indéfinissable. Concret, c'est-à-dire intimement uni, fondu ensemble, n'exprime qu'imparfaitement cette pénétration réciproque des divers attributs des êtres qui fait que l'objet étendu est solide et l'objet solide est étendu, que l'être actif est intelligent et que l'être intelligent est actif.

Ainsi, en résumé, le rapport de la substance à ses qualités est un rapport sut generis irréductible à tout autre rapport.

On peut essayer de le faire comprendre par certaines analogies; mais ces analogies sont imparfaites, et le meilleur moyen de bien se rendre compte de ce qu'est une substance et de ce que sont des qualités, c'est de se placer en présence d'un exemple particulier, pour voir de nouveau naître dans son esprit cette capitale distinction.

C'est un procédé plus prudent, plus scientifique, plus expérimental que celui qui consiste à choisir une définition arbitraire ou à s'appuyer sur des comparaisons nécessairement inexactes.

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