ATTRIBUTS, MODES ET PUISSANCES
Nous avons dans nos deux premiers chapitres déterminé les relations qui existent d'une part entre les substances et leurs phénomènes, et d'autre part entre les substances et leurs qualités. La permanence opposée à la succession, la diversité opposée h l'unité, telles sont les deux oppositions relatives qui se sont manifestées à notre raison, en considérant des substances, des qualités et des phénomènes particuliers.
Nous avons reconnu également que ces oppositions si tranchées dans notre pensée, n'empêchaient pas un accord, une coexistence, une fusion intime, une véritable identité dans la réalité concrète.
Mais nous n'avons pas terminé l'étude consciencieuse que nous avons entreprise de ces notions si vulgaires et si profondes à la fois.
Nous allons maintenant rapprocher l'une de l'autre la notion de qualité et celle de phénomène, les éléments idéaux divers et les faces successives de l'être concret. De cette comparaison vont résulter des notions nouvelles, ou plutôt, d'autres notions, familières à tous les esprits, vont nous apparaître à leur vraie place et dans leur véritable rapport.
§ 1. — Opposition entre la qualité et le phénomène.
L'opération par laquelle la qualité a été extraite de la substance, est indépendante de la notion de temps.
uL irsKJJlMsML ET —. sŒSŒ.
^ S. — jb^ attnouu ^ tks modes.
Parmi lec qualitié^ que uolre inlelli^ace ààc&avrt el iâsàikp <Liiâj& les èire6. il en est qui feoot plus dimblee our les antres.
^Jik*i'^w»-uu^s6 6oat iellemexit es^eitùelks a Tétre ini-méme. qui! est ifli{#ot»6ib*e de k eoucevoir sans elks. ?(oie^ le» nommecvii^ uUri(fê€t:^ de l'être, et oous diniii& qclk cansdtiieii: son é:iiJ^i^A:, Telleé 50XI1 léteadue pour les corpB. Tacmite pour ie* e&pritg.
Il 4iutjr»fé qualités sont accideuleUe» : elies jiemrmit afiecier k Mibstatice a eertsujQs moments et oon â d'autres, tek soni )p$ mouveoieuts <k;« c^jrpe : tellet» 6ont eiK^ore les afiéctkuis de I àme, la douleur et la joie.
Noui> apfieUeroaft ce« qualités moliîles et variaUes nu^àt^ de la
SUl»6liAliiCe.
AiiAiM le mouvemeut sera un mode de la matière, la joie nu Uif^Ant de La persoime llumaine^
11 importe de oe pas eoofondre le m^Ae avec le phêmy9mem€. \jt mfÂi^.. quelque adveotîce. quelque variable qoll scmL est
'uh-i^itfi: #j#r4 o/f j«, '/«i si l« «:/jfp* ii« p'iurraîl pa*, sans être déaatanf. subsister ë/jjéUhUiUnuteta MA» éieiutue. Ici, notu n'avoiui besoin que dlndi<iatfr k pcinc^
lit U lii«{tli4ti4ifi.
LIVRÈ^REMIER. - CHAPITRE IIÎ. 97
toujours de l'espèce de la qualité. Il peut sans doute cesser d'exister sans que la substaûce périsse ou soit dénaturée; en cela il diffère de l'attribut. Mais tant qu'il existe, il dure d'une manière permanente ; son être est indépendant du temps ; sa durée est de la première espèce ; c'est une durée subsistante. La forme d'un monument égyptien est un mode qui pourrait être changé sans que la substance du monument pérît. Cependant cette forme est identiquement la même qui existait il y a trois mille ans. Elle ne se multiplie pas avec les années, elle ne se divise pas en période^ comme le ferait une action ou un changement de l'être.
Au contraire, le phénomène proprement dit, l'événement qui survient, possède la seconde espèce de durée, la durée fluente, il passe et il s'écoule.
Le phénomène consiste précisément dans le changement du mode, dans la substitution d'un mode à un autre.
Les modes sont les termes extrêmes du changement ; le phénomène, c'est le changement lui-même.
Dans un corps en mouvement, le corps mobile est la substance, la vitesse du corps considérée comme une de ses propriétés est un mode variable, le déplacement successif et mesuré par le temps est le phénomène.
§ 3. — Des puissances actives oti passives.
Il y a, comme nous le voyons de plus en plus clairement, dans toute substance, c'est-à-dire dans tout être réel, dans toute personne ou dans toute chose, une coexistence singulière de la permanence et de la succession.
Les deux espèces de durée, la durée subsistante et la durée fluente coulent côte à côte comme dans le même lit, dans l'indivisible unité des êtres concrets. L'être subsiste; son unité, son individualité, ce qui fait qu'il est lui-même et non pas un autre subsiste ; son essence ou ses attributs subsistent également, et en même temps les modes succèdent aux modes, et les phénomènes s'écoulent. Et cependant les modes et les phénomènes ne sont que la substance elle-même, se déployant de diverses manières.
<H LE POSmVLSME ET LA SOESCE EyÉRIMENTALE.
Or. de cette coexistence de la pennanence et de I4 Itoccession résulte une nouvelle notion qui rentre dans le genre des qualités (gr&ce à la manière dont nous avons défini ce terme) mais qui a ses caractères spécifiques propres.
C'est la notion de puissance, qui se divise elle-même en celle de &culté et de capacité.
Le mode disparait et est remplacé par un autre ; le phénomène s'écoule et fuit dévoré par le temps.
Ne fint-il pas qu il y ait, dans la £ace permanente de Fétre rabi|(|||IJB^ quelque chose qui corresponde à ce flot mobile qui consdCae sa face fluente et successive?
Notre raison l'affirme.
Quand une substance a possédé un certain mode et que ce mode a été remplacé par un autre, il reste dans la substance une aptitude, une capacité à posséder ce mode.
Un corps se meut, il reste mobile.
Un homme réfléchit, il s'endort et cesse pour le moment do réfléchir; il demeure intelligent et capable de réfléchir.
De même à chaque phénomène qui s'écoule sur la face de l'être, correspond une capacité permanente.
Ce sont ces capacités que nous nommons puissances de la substance.
Elles rentrent, comme on le voit, dans le genre de la qualité; ce sont des décompositions idéales de l'être substantiel dont la durée est permanente. Ce sont des points de vue, des aspects divers d'une même substance.
On peut en distinguer deux espèces, suivant ^que la substance est considérée comme produisant ou comme subissant et recevant le mode, suivant qu'elle est active ou passive.
Les puissances actives prennent le nom de facultés^ quand il s'agit des personnes, jorojonV/^^ actives quand il s'agit des choses.
Les puissances passives prennent le nom de capacités ou propriétés passives.
Ce qui distingue ces divisions idéales de l'être de celles que nous avons considérées précédemment, c'est qu'elles ne résultent pas d'une manière aussi directe de l'observation.