CHAPITRE IV
CARACTERKS DES SUBSTANCES
§ 1. — Des trois caractères primitifs des substances.
Le point de départ de nos études a été la distinction fondamentale et évidente entre les deux points de vue sous lesquels on peut considérer les objets observables, le point de vue de la substance permanente et celui du phénomène successif.
Nous avons indiqué, comme type de la première notion, les notions vulgaires des personnes et des choses.
Analysant ensuite, sur des exemples particuliers de personnes et de choses, ces premières notions, données brutes de bon sens vulgaire, nous avons déterminé avec une certaine précision les caractères de ces êtres réels et concrets que nous nommons personnes ou choses et que nous nommons également substances.
Ces caractères, que nous avons reconnus jusqu'ici, sont au nombre de trois principaux :
Le premier est la permanence ou l'espèce particulière de durée que nous nommons durée subsistante. Cette permanence coexfste, il est vrai, avec la succession des phénomènes ; la durée fluente est intimement unie à la durée subsistante; mais elles sont distinctes, et c'est la dernière qui caractérise les personnes et les choses.
Toute substance possède la durée subsistante ; le pur phénomène, considéré comme s'écoulant et ne faisant que s'écouler, n'est pas une substance.
Le second caractère consiste en ce que la substance est le support, le centre, l'unité qui relie ces points de vue idéaux divers que nous nommons qualités, attributs, modes, puissances, ces faces de la réalité que notre pensée distingue, tout en sachant qu'elles sont inséparables de leur contre.
Le troisième caractère commun des substances, c'est qu'elles sont réelles et objectives en elles-même, et sans être inhérentes à une autre réalité. Les phénomènes successifs et les qualités n'existent réellement que dans la substance et par leur union avec la substance. Ils ne peuvent en être détachés que par la pensée.
Permanence, unité centrale de qualités distinctes, réalité objective par elle-même, tels sont les trois caractères des substances.
Partout où nous trouverons ces caractères, nous pourrons appeler l'objet qui les possède du nom de substance.
Ces caractères se rencontrent dans les personnes et les choses, dans les êtres sentants et intelligents, et dans les corps matériels. C'est pour cela que nous avons pu choisir, comme type des substances, les personnes et les choses.
Ces caractères ne se rencontrent pas dans les qualités, puissances, capacités et facultés, ni dans les faits successifs.
§ 2. — Individualité concrète.
A ces trois caractères des substances nous pouvons en joindre un quatrième dont l'évidence est tout aussi grande quand les termes qui le désignent sont bien compris.
C'est le caractère d'individualité.
Il consiste en ce que chaque substance, chaque personne, ou chaque chose, est un être distinct de tout autre être. Il consiste dans cette vérité élémentaire que Pierre n'est pas Paul et que les cinq lolles d'un billard sont cinq objets distincts.
Mais cette vérité, si simple et si vulgaire, a besoin d'être défendue contre une de ces amphibologies si fréquentes, si dif&ciîés à éviter, qui encombrent tout le terrain des notions premières