‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 63 sur 320 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE IV

que Tun est une substance et l'autre une autre substance, on emploie le mot substance dans le premier sens, le sens concret. On ne pourrait dire dans ce sens que deux objets sont une même substance que s'ils se confondaient entièrement; si la dualité n'était qu'apparente, si par exemple il s'agissait du même objet aperçu deux fois. En le voyant reparaître, on pourrait dire, c'est le même objet, le même être, la même substance^ la même chose ou la même personne.

Mais quand on prend le mot substance dans le second sens, qui signifie espèce de matière, on dit que deux objets sont de même substance^ parce qu'ils sont composés d'une même matière, parce que tous deux sont d'or ou d'argent. On dirait au contraire que le second objet est d'une autre substance s'il était d'argent, le premier étant d'or.

Ici, évidemment, les mots le même et autre sont pris dans le sens abstrait, le mot substance ne désigne plus un individu , mais une espèce. Les deux objets d'or dont nous avons parlé sont de même substance, mais ils ne sont pas une même substance; ils sont deux substances, et le second, bien que de même substance est une autre substance.

Ecartons maintenant toute amphibologie, prenons le terme de substance dans le sens concret, dans celui suivant lequel une substance" désigne un être concret, et appelons individualité concrète, le fait d'être distinct de tout autre être, et non pas le fait d'en être dissemblable.

Alors il devient évident que toute substance est concrètement individuelle. Toute personne, toute dlo^e, tout objet réel limité et déterminé, est autre qu'une seconde personne, qu'une seconde chose, qu'un second objet. Le premier et le second peuvent être semblables, mais ils n'en seront pas moins distincts.

Le caractère d'individualité concrète convient donc aux substances. Mais il est facile de voir qu'il ne convivut qu'aux substances; ou du moins qu'il ne peut convenir à ane autre notion qu'autant que cette notion se rattache à celle d'une substance.

Considérons en effet les qualités telles que la blancheur de ce

papier, la fonne ronde de cette orange, ou bien des phénomènes, tels que la chute de telle pierre, le mouvement de ma plume.

Que désignent par eux-mêmes les mots : blancheur, forme ronde, chute, mouvement?

Ce sont des notions générales qui peuvent se trouver dans toutes sortes d'objets distincts.

Que faut-il faire maintenant pour les individualiser, pour les restreindre à un seul objet ?

n faut les rapprocher par la pensée du sujet dont elles ont été détachées. La blancheur était une notion générale, la blancheur de ce papier devient une notion individuelle qui désigne un objet distinct de tout autre.

Le mouvement est une notion générale, le mouvement de ma plume est un fait particulier.

C'est donc en tant qu'inhérents à la substance individuelle et particulière que les qualités et les phénomènes deviennent euxmêmes individuels et particuliers. C'est donc la substance seule qui par elle-même possède l'individualité concrète ; les autres notions ne possèdent cette individualité qu'en participant à celle de la substance.

Remarquons, afin d'éviter une nouvelle équivoque, que le terme individuel n'est nullement S5monyme d'indivisible. Individuel veut dire : distinct de tout autre; c'est une relation externe. Indivisible veut dire : qui ne peut être partagé ; c'est une propriété intrinsèque de certains êtres. Les êtres divisibles, les êtres collectifs même peuvent être individuels. L'orange qui nous sert d'exemple est individuelle : car elle est distincte de tout autre fruit; elle n'est pas indmsible. Un peuple, une armée, une famille, comparés aux autres peuples, aux autres armées, aux autres familles, sont des individus collectifs, il est vrai, quand on le considère intrinsèquement, mais néanmoins distincts de tous autres êtres.

Ces explications données, nous ajouterons aux caractères déjà indiqués de la substance, ce quatrième caractère, l'individualité concrète.

Ces quatre caractères : permanence, unité centrale des qualités, existence réelle en soi, et individualité concrète, donnent à

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