‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 65 sur 320 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE V. MI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE V. MI

gnage philosophique de la grammaire une complication toute spéciale.

Ainsi, il semble évident que les formes grammaticales désignées sous le nom de substantif, d adjectif et de verbe, correspondent aux trois notions générales de substance, de qualité et de phénomène.

Mais, d'autre part, ces mêmes termes désignent dans Tordre logique le sujet, le prédicat et l'affirmation qui les unit.

Or, bien qu'il y ait, comme nous le remarquerons plus loin, une véritable et étonnante concordance entre la réalité et l'intelligence humaine, bien que la réalité soit apte à être considérée sous des points de vue divers, et que l'intelligence possède précisément une faculté spéciale qui opère cette abstraction; cependant, en fait, le mécanisme intellectuel de l'affirmation, auquel correspondent les notions de sujet et de prédicat ^ n'est pas nécessairement en accord avec le rapport réel d'une substance concrète et de ses qualités. Nous formons des phrases dont le sujet est abstrait. Ainsi, nous disons : La bonté est une vertu ; or, évidenmient, la bonté, sujet de l'affirmation, n'est pas une substance.

Il faut donc un travail patient pour démêler, dans la forme grammaticale, ce qui correspond à l'image exacte de la réalité peinte dans notre pensée, et ce qui correspond aux diverses transformations que cette donnée première a subie, une fois entrée dans l'intelligence et engagée dans son mécanisme logique.

En second lieu, bien que la grammaire, témoignage inconscient de la pensée, soit en général indépendante des systèmes philosophiques, et puisse les contrôler, cependant, il arrive souvent que la langue subit plus ou moins l'influence des opinions qu'elle est habituée à exprimer, de sorte que det||ptèmes particuliers et même des erreurs peuvent acquérir droit de cité dans certains idiomes, et laisser leur trace jusque dans la forme du langage. De nos

« Nous nous serrons du terme de prédicat, au lieu de celui d'attribut, parce que nous avons déjà défini ce dernier terme dans un sens objectif. Par la même raison, nous réservons le terme de sujet à l*ordre logique, et nous nous servirons toujours de celui de substance dans l'ordre réel.

jours, en particulier, le vague des idées philosophiques entraîne souvent dans le langage habituel une confusion de Tabstrait et du concret.

Aussi nous ne nous appuierons pas directement sur le langage, comme sur un témoignage infaillible, mais nous nous en servirons comme d'un contrôle. Nous allons essayer de voir comment la langue exprime les notions que nous avons déjà étudiées; nous chercherons ensuite le vrai sens de certaines formes de langage qui désignent des notions voisines de celles-là.

§ 1 . — Désignatioii grammaticale des substances.

Les substances sont les personnes et les choses.

Or, les personnes et les choses sont désignées grammaticalement de trois manières :

En premier lieu, par les pronoms personnels. L'office propre de ces pronoms est de désigner des personnes. Je, tu, il, c'est la personne qui parle, celle à qui l'on parle, celle de qui l'on parle.

Cette désignation est généralement sans aucune équivoque, quand il s'agit des deux premières personnes. Sans doute, dans la forme poétique de la prosopopée, on fait parler des êtres insensibles, ou même des abstractions, ou on leur adresse la parole. Mais le caractère métaphorique de ces formes de langage est très évident et ne peut causer aucune erreur.

Le pronom il est moins précis ; il ne désigne pas seulement des personnes, mais des choses, puisque nous n'avons pas de forme neutre en français ; il désigne aussi le sujet quel qu'il soit d'une proposition.

La seconde désignation des personnes consiste dans les noms propres ; les noms propres qtti désignent des personnes ne comportent aucune équivoque : Alexandre le Grand, Napoléon P', désignent des individus parfaitement déterminés. Les noms propres de Ueux sont moins précis. Ils peuvent désigner quelquefois une réalité substantielle collective, une ville et ses habitants; d'autres fois une simple relation locale.

Les choses et un grand nombre de personnes sont désignées

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