‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 66 sur 320 · UVRE PREMIER. - CHAPITRE V · texte numérisé non relu

UVRE PREMIER. - CHAPITRE V

d'une troisième manière, par un nom commun accompagné d'un terme déterminatif .

Quand je dis : ce chien, cette table, je désigne une substance réelle individuelle, je la désigne au moyen du nom commun^ chien ou table, qui s'applique par lui-même à toute espèce de chiens ou de tables réels ou possibles, mais j'accompagne ce nom commun du déterminatif, ce, cette, qui restreint le sens du nom en l'attribuant au chien ou à la table qui sont sous mes yeux, ou que je montre du doigt à mon interlocuteur.

Ces signes déterminatifs sont très variés. Je peux désigner un individu par un signe particulier ; l'homme qui porte un habit bleu ; par une circonstance de lieu ou de temps : l'arbre qui est près de la maison; l'homme qui m'a parlé hier, etc., etc.

Ici on peut se demander pourquoi la désignation de l'objet individuel et concret de la substance particulière se fait ainsi par deux signes, dont l'un désigne l'essence, ce qu'est la chose considérée d'une manière générale, et l'autre détermine l'individu.

Serait-il vrai que l'homme connaisse d'abord les genres et les espèces, le chien en général, l'homme en général, et n'en vienne qu'ensuite à la connaissance des individus? Est-ce cet ordre qu'indique le double signe nécessaire pour désigner une substance individuelle ?

Evidenmient non. Avant de connaître le chien en général, j'ai vu des chiens particuUers et individuels. Avant de savoir ce que c'est que l'homme en général, j'ai connu des hommes.

L'intelligence humaine connaît d'abord les êtres particuliers mais elle nomme d'abord les notions générales.

Des êtres particuliers qu'elle perçoit, elle s'élève d'un bond, par une abstraction immédiate, à une notion générale. Cette abstraction est antérieure à la formation du langage, ou plutôt le langage humain, le langage articulé est la forme que revêt naturellement cette pensée immédiatement abstraite et générale.

Il y a une connaissance antérieure au langage, une connaissance concrète que l'animal possède comme l'homme. La connaissance supérieure, propre à l'homme, est la connaissance générale ou abstraite qui s'exprime par le nom commun.

Pour exprimer la substance individuelle dans le langage, il

faut donc un retour du général vers le particulier, de Fabstrait vers le concret ; c'est ce retour qui indique le signe déterminatif.

L'expérience prouve que les enfants, dès qu'ils commencent à parler, attribuent aux mots qu'ils prononcent un sens général ; que papa désigne pour eux tous les hommes, et dada tous les chevaux.

Telles sont les trois désignations des substances dans le langage :

Pronom personnel.

Nom propre.

Nom commun avec un sujet déterminatif.

§2. — Désignation des qualités.

La première désignation de la qualité est l'adjectif. — Bon, grand, rond, solide, expriment des qualités.

Seulement il importe de remarquer comment ces adjectifs entrent dans ces propositions.

Ils peuvent d'abord s'y trouver comme prédicats. — C'est leur place naturelle : L'homme est bon, le cheval est agile.

Ces propositions indiquent que la qualité désignée par l'adjectif appartient au sujet.

Ils peuvent aussi être joints au sujet lui-même. On les appelle alors en langage scolastique termes connotatifs parce que leur signification se joint à celle du sujet pour le compléter con-notare.

L'homme raisonnable, — le grand cheval.

Ils peuvent alors avoir un double rôle ; où bien ils qualifient simplement le sujet, ou bien ils le restreignent et le déterminent.

Ainsi dans ces mots : la belle nature, le terme belle ne fait que qualifier la nature. Quand je dis au contraire les hommes sensés, je veux dire ceux des hommes qui sont sensés. Je détermine le terme homme.

La seconde forme de désignation des qualités est le substantif abstrait, la bonté, la douceur, la grandeur.

Sous cette forme la qualité devient le sujet d'une proposition. C'est une des formes régulières et habituelles de la langue. On

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