LIVRE PREMIER. — CHAPITRE V
voit donc combien il serait faux de dire que le substantif a pour unique fonction de désigner les substances. Le substantif désigne le sujet de Taffirmation. Or il y a des affirmations qui se rapportent à des êtres concrets^ et d'autres qui se rapportent à des notions abstraites.
Ainsi la qualité est désignée :
1* Par Fadjectif prédicat.
2* Par l'adjectif connotatif .
3* Par le substantif abstrait.
§3. — Désignation des phénomènes.
Le phénomène est naturellement désigné par le verbe : Cet homme court. Cette pierre tombe.
Les grammairiens enseignent en général que le verbe qu'ils appellent attributif est une combinaison du verbe substantif être et d'un attribut qui est un participe ou un véritable adjectif. Ainsi, cet homme court serait une simple abréviation de cet homme est courant.
Cette pierre tombe serait l'abrégé de cette pierre est tombante.
Je ne crois pas cette analyse exacte au point de vue philosophique; sans doute les propositions cet homme est courant et cette pierre est tombante signifient objectivement la même chose que cet homme court, et cette pierre tombe. ^
Mais en réalité la première forme exprime beaucoup plus exactement la nature fluente du phénomène. La notion de temps se trouve intimement unie à l'attribut courant ou tombant, elle ne forme avec lui qu'un seul concept, exprimé par un seul i^ot.
Dans la forme, cet homme est courant, cette pierre est tombante, le mode courant ou tombant est substitué an^ phénomène ; la pensée se fixe sur une sorte de rapport permanent entre la pierre et l'état d'un corps qui tombe, au lieu de saisir directement^ le changement lui-même.
Aussi je suis porté à croire que le verbe attributif exprima directement dans ses modes personnels, le (Aiénomène, qu'il
indique une chose qui arrive, qui devient, et non une chose qui existe.
Au contraire, le verbe substantif, le verbe être, dans son sens direct, exprime soit Tidentité abstraite , soit la permanence, la durée subsistante du rapport entre le sujet et Tattribut.
J'ai parlé au commencement de ce livre de deux sortes d'observations : observations statiques d'un état permanent, observations dynamiques d'un phénomène qui s'écoule.
L*observation statique serait représentée exactement par l'affirmation de l'union d'un sujet à un prédicat liés l'un à l'autre par le verbe être. — Cette orange est ronde, ce livre est lourd.
L'observation dynamique portant sur le changement même, serait représentée directement par le verbe actif. Le cheval court. Cft homme a marché.
Décomposer le verbe en un prédicat précédé du verbe être c'est donner à l'observation du phénomène mobile la forme de l'observation de la qualité permanente. C'est modifier un peu le premier aspect de la réalité.
Le verbe attributif avec ses variations de temps et de personnes est donc le signe primitif du phénomène.
Maintenant ce même phénomène peut être aussi représenté par le participe qui lui donne la forme et la propriété d'un adjectif: tombant, courant.
^ Enfin il est représenté par un substantif abstrait : chute ou course, qui est de sa nature un terme général et qui ne redevient particulier qu'en étant rapproché de la substance. La chute de la pierre. La course de l'homme.
Tels sont donc les trois signes du phénomène.
1* Verbe attributif à un mode personnel.
2"" PlHrticipe ayant la fonction soit d'adjectif connotatif , soit de prédicat.
3* Substai^f abstrait.
^ § 4. — Résumé de cette analyse.
Il est facile de reconnaître comme nous l'avons annoncé qu'il y a dans ces fordfes du langage la combinaison de deux éléments,