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ET LES SUBSTANCES

Pour résoudre la question de savoir si la science expérimentale connaît les substances et les causes, il faut évidemment déflnir ce qu'on entend par substance et par cause.

Or, nous entendons par substance un être réel et concret, une chose ou une personne. Tout homme, tout animal, tout corps distinct d'un autre corps est une substance.

Les substances possèdent des qualités qui ne sont autre chose que leurs puissances ou leurs faces diverses, que les points de vue divers sous lesquels on peut les considérer. Une boule est ronde ; la boule est une substance, sa rondeur est une qualité.

Les substances subissent ou produisent des phénomènes qui ne sont autre chose que leurs modifications ou leurs actions. Un corps se meut; le corps est une substance, le mouvement est un phénomène.

Les substances sont réelles et objectives ; elles difièrent par là des simples apparences; un son qui retentit, une lumière qui brille ne sont pas des substances ; un corps réel et tangible^ un corps sonore ou lumineux sont des substances.

Les substances sont des individus réels, particuliers, existant dans un certain temps et un certain lieu; par là elles diffèrent des idées générales et abstraites.

L'humanité, la vertu, l'honneur, l'étendue, ne sont pas des substances. L'homme vertueux et honorable, le corps étendu sont des substances.

Cette notion étant bien comprise, voyons si les substances rentrent dans les limites de la science expérimentale.

INTRODUCnOK. vûm

Ici encore il faut s'entendre sur ce qu'on appelle l'expérience et son objet.

L'expérience externe, l'expérience physique est-elle, oui ou non, la connaissance des corps? Les corps tels que nous les concevons, placés dans l'étendue là où nous les voyons, sont-ils réels ? Ou bien faut-il admettre avec certains philosophes que nous n'observons que des apparences subjectives, que nos propres sensations, et que les corps ne sont que la cause inconnue de ces sensations? Ou bien encore faut-il croire avec d'autres philosophes que toutes les propriétés des corps, y compris l'étendue, sont des apparences, et que la réalité matérielle se compose de forces inétendues et non placées dans l'espace?

Nous admettons sans hésiter la première opinion. Nous croyons à la réalité de l'espace, à la réaNié des corps; nous croyons que les corps sont placés où nous les voyons ; que les corps qui nous apparaissent comme distincts et séparément mobiles, sont des réalités, des substances distinctes, que les corps qui se meuvent possèdent réellement le mouvement que nous apercevons.

En d'autres termes, nous croyons à la véracité absolue de notre expérience externe. Nous croyons que ce qui nous parait évidemment réel est vraimment réel, que ce qui nous paraît évidemment distinct est réellement distinct.

Ceci admis, il devient évident que les corps réels étant des substances, et l'expérience externe ayant pour but d'étudier les corps réels, de distinguer ces corps les uns des autres, d'étudier leurs propriétés et leurs mouvements, les substances sont un des objets de l'expérience.

Il y a maintenant une seconde espèce d'expérience, l'expérience interne, celle par laquelle nous nous connaissons nousmême. Bien que cette expérience soit soumise à des règles un peu différentes de celles qui ont pour objet les corps, nous admettons que c'est une expérience véritable, que la psycho-

jum LE posrnvHa et la

logie est une véritaUe socBce empuJMiHMk. Or rdbjH de celle science, c'est noufr mime. c"est-à-dipe Bocre peisomie, notre indiviéft^ c esl-À-dire encore une réalité ndrrîdiieUe et concrète, c estnàndire eœoR use sliietaace.

Donc, en jséaénL les snhRlanfes peweni être eoBancs par lexpénaBce.

Passons maînlenaAt à h notioa de cause,

P^tfmi les différents sens q[a'on peut donner an tenie de cause, noQS choisissons celnî-<i : réalité «joi prodnît an phôio- ■àae, on <|ai délemine son apparition.

Ai€C cette définition^ il devient évident qa*il y a des causes qai sont connues par rexpérieace.

En effet, les substances cpie rexpérîence coanalu les personnes et les ciioses, les koaunes, les animaux el les corps inanimés, prodnisaal certains phénomènes.

Un homme en frappe un autre ; il produit le phénomène de la doofeor, il est la cause de la douleur ; une pterie atteint un homme à la tempe; elle produit le phénomène de la mon,

Lliomme (jui frappe Taulre, la pierre qui tue celai qu'elle atteint, sont des causes.

Or, ces causes sont connues par re.\pénence. Ici nous pouTons remarquer que les substances et lescanses^ telles que nous les avons définies, sont les mêmes réalités, les mêmes individus concrets. Seulement dans la notion de cause, il y a un élément de plus, le rapport actif avec un phénomène produit , et fort Moment avec un phénomène produit par une substanoa dans une autre substance. Les substances diverses agissent et réagissent les unes sur les autres, c*est-à-dîre que chacune devient cause des phénomènes de Fautre.

De là aussi résultent deux manières de connaître les suhstances* Elles peuvent être connues directement et en ellesmêmes. Elles peuvent être connues à titre de causes des phénomènes d*une autre substance. La première connaissance eil|la perception, h neconàe est Tinduction.

INTRODUCTION. xlix

Je vois un homme s'avancer vers moi , c'est une perception.

Je ne vois personne, mais je reconnais que le sol a été foulé et j'aperçois des pas humains; je sais par induction qu'un homme a passé là ; je connais cet homme en tant qu'il est la cause des pas tracés sur le sol.

Je vois un homme qui frappe un autre homme ; c'est une perception, c'est la connaissance directe d'un être réel, d'une substance.

Je vois un cadavre portant les traces d'une blessure ; j'en conclus par induction qu'un assassin a commis le meurtre. Je le connais indirectement, à titre de cause du meurtre commis.

Ainsi en donnant aux termes de substance et de cause ces définitions très simples et très naturelles, on arrive à la conclusion que les causes, ou réalités connues par induction, sont aussi bien que les substances, les objets de la science expérimentale.

Hâtons-nous néanmoins de bien préciser notre pensée en la limitant.

Nous disons que l'expérience connaît des substances et des causes, nous ne disons pas autre chose. Nous ne disons pas que les substances et les causes sont le seul et unique objet de l'expérience. Nous ne disons pas non plus que la science expérimentale connaît pleinement, complètement, jusqu'au fond, toutes les substances et toutes les causes.

Nous contredisons simplement l'assertion de nos adversaires que la science expérimentale ignore absolument toute espèce de causes et de substances. Nous n'allons pas plus loin que cette simple contradiction. Nous admettons très volontiers qu'il y a dans les limites de la science expérimentale autre chose que des substances et des causes , et qu'il peut exister des substances et des causes en dehors des limites de l'expérience.

Ainsi, d'une part, nous reconnaissons que Texpérience peut

porter sur de simples apparences non substantielles, telles que les sons et les couleurs; qu'elle peut porter directement sur les phénomènes proprement dits, c'est-à-dire sur les modifications des substances, les mouvements des corps, enfin qu'elle peut constater de simples lois, c'est-à-dire des généralisations abstraites de phénomènes. Rigoureusement parlant, et en allant jusqu'au fond de chaque pensée, on retrouvertil la notion de substance, intimement unie à celle de réalité, dans toutes ces expériences, mais nous convenons qu'elle est cachée et indirectement connue, et que l'objet le plus apparent et l'objet direct de l'expérience peut être autre.

D'autre part, en disant que l'expérience connaît des mbâ* tances, nous ne voulons pas dire qu'elle connaisse d'une ibi* nière complète le fond intime des êtres ; elle connaît d'abord les corps par le dehors, elle connaît leur forme, leur poids et d'autres propriétés ; puis elle pénètre plus avant dans lev nature intime, mais elle ne va pas jusqu'au fond même. Nous admettons donc très volontiers que la science expéria^ntfUe connaît des substances d'une manière incomplète , mais cette connaissance incomplète est une connaissance réelle. Quelle est la connaissance humaine, sauf celle de certaines abstractions, qui puisse être dite complète et adéquate à l'objet connu?

Nous admettons aussi qu'en ce qui regarde cette connaissance intime des êtres , la métaphysique peut aller plus loin que la science expérimentale, qu'elle peut par l'abstraction et le raisonnement dégager certaines propriétés qui constituent l'essence des corps, et résoudre des questions profondes qui échappent à l'expérience ; mais il ne s'ensuit pas de là que la science physique ignore les substances.

Même festriction à l'égard des causes. »

En disant que la science expérimentale connaît des causes, nous ne disons pas qu'elle connaît pleinement et de tout point le mode d'action des causes, ni qu'elle connaît toutes les causes.

ÎNTRODUCTION. Li

Nous admettons que cette connaissance des causes est bornée eu profondeur et bornée en étendue. Ainsi, je sais qu'un coup de fusil a causé la mort d'un homme ; l'assassin, la poudre, la balle, sont des causes ; mais comment la mort at-elie été produite, comment l'effet du mouvement de la balle a-t-il agi sur la vie de la victime, quels ont été les intermé- ^ires, la science ne le sait qu'imparfaitement. "" Ainsi encore, nous connaissons la cause du son qui consiste dans les vibrations de l'air; connaissons-nous aussi bien celle de l'électricité ? Nous la connaissons bien mal, et nous ne gommes pas près de la mieux connaître. Connaissons- Bâw celle des phénomènes propres à l'être vivant ? Il est probable que nous l'ignorerons toujours.

Nous connaissons certaines réalités qui produisent ou déterminent certains phénomènes, mais il est d'autres phéno- Aàiies dont nous ignorons la cause, et il y a probablement dans tous les phénomènes une partie de la cause qui nous édiappe.

Nous admettons donc que la science expérimentale connaît lés causes, mais les connaît d'une manière incomplète, plus iooomplètement qu'elle ne connaît les substances.

Dès lors aussi nous n'avons aucune objection à admettre qu'il existe des causes, telles par exemple que la cause première de l'univers, qui soient connues par un autre procédé que ceux dont use la science expérimentale.

Tout ce que nous soutenons, c'est qu'il y a des causes réelles comme des substances réelles en grand nombre qui sont comprises dans l'objet que la science expérimentale étudie.

Dès lors on comprend que nous devons donner du -changement de la méthode des sciences d'observation et de ses conséquences une autre explication, moins absolue que celle que donnent les positivistes.

^Au lieu de dire que le progrès de la science expérimentale provient de ce qu'elle a complètement abandonné Tétude des

m LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.

causes pour ne s'occuper que des lois^ nous pouvons dire amplement qu'elle a renoucé à une recherche directe et a priori des causes, qui était impraticable, pour se renfermer dans une autre partie de son domaine, à savoir dans l'étude plus facile des phénomènes et de leurs lois, sauf plus tard à recommencer la recherche des causes, si de nouveaux renseignements fournis par l'expérience la lui rendent plus facile. Et lors onème qu'il serait vrai que dans les parties reculées et profondes de la science de la nature, les lois seules des phénomènes peuvent être connues, il ne s'ensuivrait pas de là que dans la partie élémentaire et plus simple, il n'existe une véritable connaissance de certaines substances et de certaines causes ; ce qui suffit pour détruire l'assertion absolue que nous combattons, et pour empêcher d'établir entre la science expérimentale et la connaissance des causes et des subtances cet abîme infranchissable que supposent nos adversaires.

Passons à la seconde des assertions que nous croyons devoir nier. Cette assertion, qui n'est qu'une seconde forme de celle que nous venons de combattre, peut être énoncée ainsi.

L'ordre des causes et des substances, objet de la métaphysique, est radicalement distinct de Tordre des phénomènes et des lois, objet de la science expérimentale.

Cherchons quelles sont les conséquences de cette assertion, et voyons comment, au point de vue où nous sommes placé, nous devons en juger la valeur.

S'il était vrai qu'il y eût deux ordres d'objets de connaissance radicalement distincts, d'une part les faits et les lois, d'autre part les causes et les substances, il s'ensuivrait nécessairement :

V Que les faits et les lois, objet de la science expérimentale, seraient absolument sans substance, ou du moins seraient connus indépendamment de toute substance, qu'on ne saurait rien de leur substance, sinon peut-être qu'elle doit exister.

INTRODUCTION. Lin

2^ Que les causes et les substances, objet de la métaphysique, seraient absolument étrangères à l'expérience, et sans aucun rapport avec les faits expérimentaux.

Que seraient donc ces deux parties du monde réel ?

La partie apparente, celle qui tombe sous Texpérience, consisterait en phénomènes sans substances, c'est-à-dire en simples apparences, et en lois, c'est-à-dire en formules abstraites. Ce seraient des images, des sons, des couleurs, des formes vides, des sensations, reliées par un canevas de lois purement idéales. Et si l'on poussait le système à l'extrême, si l'on étendait à l'expérieucç interne Timpuissaiiee de Texpérience à atteindre les substances, toute cette moitié de la réalité, séparée de l'autre moitié, ne consisterait qu'en sensations, en images et en lois.

La partie cachée, celle qui serait l'objet de la métaphysique, serait composée d'êtres absolument étrangers à l'expérience, de simples conceptions de la raison. Ce seraient, suivant les dynamistes, des forces, des monades, c'est-àdire des êtres connus seulement par induction. Mais pourquoi en supposer un grand nombre? Une seule force ne suflSt-elle pas à produire une multitude d'effets, une multitude de sensations.

Les substances n'étant pas atteintes par l'expérience , il serait inutile de supposer des êtres distincts correspondants aux phénomènes distincts. Rien n^empêcherait de supposer une seule cause de toutes les sensations et de toutes les images. Rien n'empêcherait de dire avec Berkeley que les corps sont une illusion et que c'est Dieu qui seul produit les apparences, ou bien d'attribuer à un être unique, la nature, à une substance et une cause unique, tous les phénomènes que l'expérience manifeste.

Ainsi l'univers se trouverait coupé en deux portions, l'une superficielle, cveme^ apparente et abstraite, sans réalité véri-

UT LE POSrnVIâME ET LA SGIENCX EXPERIME!rrALE.

table ; l'autre obscure, abstraite eoeore, séparée des faits^ indistincte et à peine intelli^le.

Le spiritualisme ainsi entendu mériterait le reproche que lui adresse M. Taine, de doubler twmers^ de supposer au-dessous du monde expérimental un second monde rationnel tout différent du premier et par conséquent hypothétique.

La doctrine que nous avons exposée nous permet d^éviter cette singulière dichotomie de la réalité. Nous ne doublons pas Funivers parce que nous ne l'avons pas primitivement dédoublé.

Composé de véritables corps, de substances et de causes réelles qui subissent et produisent des phénomènes, qui, en agissant sur nos organes se manifestent au tra?ers de sensations et d'apparences diverses, notre univers a'est ni ce mince tableau de phénomènes et de lois, ni cet obscur amas de causes et de forces inconnues, ni l'union de ces deux objets disparates. Les phénomènes, les lois, les apparences, sont la surface de l'univers ; les causes et les substances en sont le fond réel ; le fond se prolonge jusqu'à la surface. L'expérience atteint l'un et l'autre, la substance avec le phénomène, la cause avec la loi. Il y a, il est vrai, une partie cachée de l'univers, mais cette partie cachée ne diffère pas essentiellement de la partie visible ; elle est seulement plus loin de notre observation. Aucune barrière infranchissable ne les sépare ; que l'observation multiplie sa puissance, et ce qui est caché deviendra visible ; ce qui était caché à l'œil nu devient visible au microscope. Dans cette partie ultérieure et cachée, l'induction plonge ses regards inquisiteurs; quand elle peut vérifier ses hypothèses par des faits sensibles, et revenir du fond à la surface, ses découvertes font partie de la science expérimentale ; quand la vérification est impossible et que cependant révidence inductive est complète, comme dans le cas de la cause première, le résultat ainsi acquis appartient à la philosophie; mais cette philosophie qui s'avance au delà de la

LNTUODUCTION. lv

science, s'avance en suivant la même route, et en appliquant les mêmes principes.

Reste la troisième assertion du semi-positivisme, conséquence logique des deux premières.

La méthode expérimentale et la méthode métaphysique et rationnelle sont radicalement distinctes, opérant dans des plans différents sur des objets qui également sont radicalement distincts.

Or, sous cette nouvelle forme, qui ne voit combien sont étranges les assertions des semi-positivistes ?

Il faudrait expérimenter sans métaphysique, c'est-à-dire sans principes faticHmels.

Il faudrait faire de là métaphysique sans expérience, c'està-dire sans sortirdel'alifttraction et sans s'appuyer sur des faits.

L'une et l'autra siqiposîtion sont inadmissibles.

Pour expérimenter, il faut distinguer le réel de l'apparent, ce qui suppose l'idée rationnelle de réalité identique au fond à celle de substance. Pour expérimenter, il faut employer l'induction qui ne peut s'appuyer que sur l'idée métaphysique de l'ordre de la nature, idée qui repose sur celle de c^use.

Pour expérimenter^ il faut classer les faits, les mettre dans leur ordre naturel, les interpréter, ce qui ne peut se faire sans certains principes, sans certaines idées directrices. Claude Bernard reconnaît la nécessité de telles idées ; c'est à lui que nous en empruntons le nom.

D'autre part, quelle métaphysique espère«t-on créer sans l'appui des faits expérimentaux?

Ce sera évidemment une métaphysique idéale, creuse et abstraite, la métaphysique du panthéisme. Mais la vraie métaphysique spiritual iste, celle qui n'est que l'expression précise du bon sens, doit évidemment s'appuyer sur les faits.

Ainsi la science expérimentale et la métaphysique doivent nécessairement s'appuyer Tune sur l'autre, ou plutôt elles doivent s'appuyer sur une base commune, les faits primitifs

I VI I^ t>OSITIVISM£ ET LA SŒTGE EXPERI3IE^T1LE.

qui soiU leâ preiniers reâuluts iie l*ex{iêrieBce et au seia liesquels sont cachés les premiers principes.

Kant, dans sa oriûqoe de la raison pore, a dit^ au miliecL de beaucoup d'erreurs, une parole très vraie :

•( Les intoitions experime&taias séparées daa concepts de la raison sont aveugles ; les concepts rationnels séparés des données expérimentales sont vides. >

Nous n'admettons donc pas cette séparation radkale entre la science expérimentale et la métaphysique^ nous admettons que de même qu*aUes ont un ohjet commun^ les causes et les substances^ elles- ont. aiMÎ des principes communs : le principe de contradiction, le principe de raison suffisante, le principe de substance, etc., etc.

Faut-il en conclure que ces deux parties db la conmiissance humain» sm confondent entiàreoiaiil, (pe Tobjet et les prooééis de Tune soient toujours el partout identiques à Vobjfl et aux procédés de l'autre ?

yoUement. Pour fuir un extrême, nous ne nous jetons pas dans l'extrême opposé.

^leB daux formes de notre connaissance, nécessairement unies à leur origine, sont cependant distinctes dans leur méthode et div^^entes dans leur marche.

[^ science expérimentale cherche avant tout les faits, et se sert des principes pour les classer et les interpréter.

[^ métaphysique sV>ccupe principalement des principes qu'elle cherche à étudier et se sert des faits pour vérifier et appliquer les principes.

[^ science expérimentale scrute la natiu*e dans toute son i!^ndue et dans tous ses détails, et se divise en autant de brfinrheg qu'il y a de diverses espèces de faits.

f/H métaphysique est unique et considère Teusemble des tmin d'une manière générale, pour en déduire leurs loispremiÂTf^H Pi universelle» , ou pour étudier l'intelligence qui les obMrrve.

INTRODUCTION. lvii

La métaphysique ou la philosophie est coiume le troue ceu- Iral des scieuces humaines, qui s'élève au-dessus de toutes les branches. Les autres sciences, et en particulier la science A expérimentale, sont comme des branches divergentes qui s'étendent horizontalement ou obliquement dans toutes le directions, mais qui tiennent toutes au tronc.

Le tort des anciennes méthodes a priori était de ne pas laisser les branches s'écarter suivant leur tendance naturelle et de vouloir les attacher et les coller au tronc contrairement à la loi de leur croissance.

Le tort du positivisme et du semi-positivisme est de détacher complètement l'une des branches principales, la science expérimentale, du tronc métaphysique dont elle est réellement inséparable.

Notre opinion moyenne évite ces deux inconvénients. Nous ne nions pas qu'en présence des mêmes objets, la science expérimentale et la métaphysique ne se comportent différemment, cherchant l'une plutôt l'apparence, l'ordre et les relations des phénomènes ; l'autre leur essence. Nous ne nions pas que suivant la définition d'AristotefTafiisTaTa(pu<rixa), la métaphysique n'aille au delà de ce que la physique apprend, ne pénètre plus profondément dans Tessence des êtres, ne s'élève plus haut dans l'échelle des causes.

Nous ne voulons pas dire non plus quie la métaphysique et ^ science expérimentale doivent travailler de concert ; nous croyons au contraire que dans leur œuvre spéciale, chacune doit travailler isolément, l'une constatant les faits , l'autre déduisant les conséquences philosophiques des faits constatés. Ce que nous disons seulement, c'est que si la science expérimentale opère régulièrement et expérimente d'une manière exacte^ elle fera nécessairement en même temps, en le sachant ou à son insu, de la bonne métaphysique.

C'est, d'autre part, que quand la métaphysique veut être sérieuse, chercher la vérité et non se complaire dans de belles

Lviii LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.

phrases et dans des conceptions imaginaires, elle se trouve nécessairement en accord avec les faits scientifiques bien constatés, qu'elle doit toujours être prête à subir ce contrôle vérificateur.

Ce que nous nions, en un mot, c'est cette radicale séparation, c'est ce violent divorce qu'on voudrait établir entre ces deux méthodes, ces deux applications d'une même et unique faculté de connaître, à cet objet multiple , profond et mystérieux que nous nommons la nature.

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