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CHAPITRE VI

ÉTREfl COLLECTIFS. SUBSTANCES COMPLEXES ET INCOMPLEXES

§ 1 . — Substances simples et complexes.

Les substances sont comme nous Tavons vu des réalités individuelles concrètes. Ce sont des êtres déterminés, distincts de tous les autres êtres.

Or, il est évident que ces réalités individuelles peuvent être, soit des collections d'autres réalités moins grandes, soit dos objets indivis. Elles peuvent être complexes ou simples.

Il n*est pas douteux qu'une famille, une armée, un tas de pierres ne soient des réalités. Ce sont des groupes définis de substances individuelles.

Seulement, nous devons nous poser une question subtile et ridicule en apparence, mais en réalité très importante.

C'est la question de savoir si un être complexe, un être collectif considéré dans son ensemble peut être appelé une substance.

Cette question au premier abord semble n'être qu'une question de mots. Elle a cependant un sens profond.

En demandant si la collection peut être appelée une substance, nous demandons si les caractères de la substanoejne nous avons indiqués plus haut appartiennent à la collection entière, ou s'ils ne se trouvent que dans les individus. C'est donc une question de fait, de doctrine, et nullement une question de mots.

Il est facile d'ailleurs de reconnaître l'importance de la ques-

tion, en examinant quelles seraient les conséquences d'une réponse absolument négative.

S'il était vrai que, dans aucun cas, un être collectif n*esl une substance, aucun des êtres que nous apercevons à première vue. aucune des personnes ou des choses ne serait réellement une substance.

Les choses en effet sont des êtres divisibles et multiples, et par conséquent des collections d'éléments. L'orange qui nous a servi d'exemple est composée de quartiers recouverts d*une pelure, et ces quartiers eux-mêmes sont composés de molécules liquides et solides.

Les personnes se manifestent sans doute à la conscience comme des êtres simples et indivisibles, mais elles ont aussi des corps composés d'éléments multiples ; et ce que nous reconnaissons à première vue, ce que nous appilons personne et substance, c'est l'ensemble du corps et de l'âme, c'est l'être vivant tout entier.

Si donc aucune collection ne pouvait être appelée substance, il n'y aurait de substances que les premiers éléments de la nature, atomes ou monades, et les âmes considérées comme distinctes des corps. L'étude et la distinction de ces premiers éléments devraient précéder l'étude des substances. Mais nous avons besoin de la notion de substance pour pénétrer plus avant dans l'étude métaphysique des êtres réels. Nous ne pouvons pas plus avancer sans cette notion qu'on ne peut avancer en géométrie, sans la notion de la ligne droite, ou en mécanique sans l'idée de corps, de force et de mouvement.

S'il fallait adopter cette opinion qui ôte le caractère de substance à toute espèce d'être multiple, toute notre analyse s'écroulerait; j'ajoute même notre méthode serait inapplicable. Notre analyse consiste à chercher l'idée de substance dans les substances réelles que l'expérience révèle ; or, dans cette hypothèse, aucune réalité tombant sous notre expérience ne serait une substance ; lo^jètres simples, auxquels seuls cette notion serait applicable, sotft inaccessibles à notre observation ^

* l/Ame humaine, il est vrai, peut être observée directement par la conscience, fiiAtn elle ne peut pas être isolée du corps. Le moi comprend Vàme et le corps. CM postérieurement que la distinction peut se faire.

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