LIVRE PREMIER. — CHAPITRE VI
à être conçus/?^/* modum wiius^ et à être considérés comme des substances. Bien que nous sachions qu'ils sont multiples, nous les considérons comme des êtres uniques. Tel est le cas de notre orange.
Nous ne dirons rien du quatrième caractère, de Tindividualité. Nous avons déjà remarqué que l'individualité, distincte de Tindivisibilité, peut appartenir à tous les êtres complexes ; il est facile de reconnaître qu'elle appartient à toute collection définie et déterminée d'êtres réels.
Ainsi, en résumé, les êtres multiples et complexes, les êtres collectifs, sont des substances, toutes les fois qu'ils possèdent une unité et une permanence réelle, et non créée par l'intelligence.
Seulement, ces mêmes êtres peuvent être considérés également comme des groupes d'individus réels, et alors le groupe, considéré à part, est une notion abstraite qui s'appuie sur la réalité des individus.
§ 2. — Applicatio7i des notions précédentes.
Il résulte de ce qui précède que les caractères de la substance peuvent appartenir à la fois à un tout et à ses parties; qu'il y a des substances composées d'autres substances, que les substances réelles qui constituent le monde s'enveloppent, pour ainsi dire, les unes les autres.
Dès lors, on peut opérer sur les substances réelles qui tombent sous notre expérience un double travail ; on peut les décomposer en leurs éléments, on peut au contraire les grouper et les réunir suivant des groupes naturels qui forment des substances complexes de plus en plus vastes.
Or, on peut se demander si ces deux opérations ont un terme, et quel est ce terme ?
D'abord ont-elles un terme ? Est-il possible de décomposer indéfiniment les objets matériels, en séparant des substances existantes? Peut-il y avoir, dans un tout collectif déterminé, un nombre infini de parties distinctes?
D'autre part, le monde ou la collection générale de toutes les
substances existantes, est-il lui-même fini, ou indéfini? L'addition que nous pouvons faire en réunissant les êtres contigus se prolonge-t-elle indéfiniment?
Il n'entre pas dans notre plan de résoudre en ce moment ces questions. La solution négative, celle qui nie Texistence actuelle de la multiplicité indéfinie dans les deux sens, aussi bien dans la division que dans Taddition, est en général soutenue par les philosophes et par les mathématiciens. Si Tindéfini est comme le veulent les mathématiciens, une variable croissant sans limites, il semble que les mots « indéfini » qui implique variation, et « actuel » qui implique la coexistence de toutes les parties distinctes, sont absolument contradictoires.
Nous ne voulons cependant pas discuter cette question. Nous remarquons que notre notion de la substance, prise dans le milieu, entre les deux séries croissante et décroissante, nous permet d'éviter cette discussion. Comme nous n'avons été chercher la notion de substance ni dans Tun ni dans Tautre des deux termes extrêmes, peu nous importe que ces termes existent ou n'existent pas.
Admettons cependant l'opinion plus généralement soutenue, qui exclut l'indéfini réel et admet que les deux échelles croissante et décroissante des substances ont un terme.
Quels seront ces termes ?
Au terme de l'échelle décroissante se trouveront des substances non multiples. C'est exprès que j'emploie ce mot préférablement à celui de simple. Il existe en effet une différence entre ces notions.
Simple veut dire indivisible.
Non multiple veut seulement dire qui n'est pas actuellement formé de parties réelles, qui n'est pas une collection.
Or, il existe encore au sujet de ces éléments substantiels du monde une controverse philosophique.
Les partisans de Leibnitz n'admettent que des éléments simples. Pour eux, la notion d'un être actuellement non multiple et cependant divisible n'existe pas.
Les sectateurs d'Aristote et de saint Thomas d'Aquin admettent au contraire deux sortes d'éléments.
Il y a selon eux des éléments simples, dont l'àme humaine est