‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 76 sur 320 · LIVRE PREMIER — CHAPITRE VI. iSl · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER — CHAPITRE VI. iSl

le type, et des éléments non multiples, c'est-à-dire qui ne sont pas actuellement composés de parties réelles séparables, mais qui cependant sont divisibles. Les éléments des corps sont, comme du reste les corps eux-mêmes, formés par Tunion de deux principes, la matière et la forme. Ces deux principes ne sont pas des substances, ils ne peuvent pas exister ni être conçus Tun sansFautre; leur union forme la substance ; la matière doit toujours être unie à une forme, mais elle peut changer de forme et est apte à recevoir toutes les formes. Cette dualité primitive qui existe dans tous les corps se retrouve dans les éléments obtenus par la décomposition des groupes réels et des agrégats qui composent le monde. Ces éléments, formés de matière et de forme, n'ont pas de parties proprement dites, ils ne sont nullement des collections, mais comme la forme unique qui les compose peut être remplacée par plusieurs formes entre lesquelles la matière peut se répartir, ils sont encore divisibles.

La solution du différend entre cette écolo et celle de Leibnitz est évidemment une de ces questions profondes et ultérieures, qu il n'enti-e pas dans notre plan de traiter ici. *

La conclusion que nous voulons tirer de l'existence et de la nature de ces problèmes compliqués, c'est uniquement la nécessité d'employer, pour commencer l'étude métaphysique de la réalité, une notion de la substance qui ne dépende pas de leur solution. C'est ce que nous faisons en adoptant une notion qui s'applique aux êtres collectifs aussi bien qu'aux individus. Opérer autrement, faire dépendre les premières idées de bon sens de la solution de problèmes très élevés, ce serait commettre une erreur semblable à celle d'un homme qui voudrait étudier la physique moléculaire avant de connaître les éléments de la mécanique, ou le calcul intégral avant de savoir l'arithmétique.

Donc, c'est à bon droit et ajuste titre que nous nous sommes placés au centre de la réalité, en présence des termes moyens de la série des êtres, qui nous sont directement accessibles, et que nous avons réservé l'étude des termes extrêmes.

Que dirons-nous maintenant de l'autre extrême de notre série,

* Voir la note à la fin du chapitre.

de celui qui se forme par Tadditioii et la collection de toutes les substances réelles ?

Puisque nous supposons que la série a un terme, ce terme n'est autre que le monde, substance collective déterminée et finie, qui embrasse et contient, à titre de parties, toutes les autres substances.

Nous disons que le monde, supposé qu'il soit fini, est une substance ; mais il est facile de voir combien notre pensée diffère de celle des panthéistes.

Nous disons que le monde est une substance, mais c'est en nous plaçant dans Thypothèse qu'il est fini. Si nous le considérions comme 'indéfini , nous n'appellerions pas substance sa réalité vague et non délimitée.

Les panthéistes, au contraire, appellent le monde une substance, en le considérant comme infini.

Nous disons que le monde est une substance collective qui contient, à titre de parties, d'autres substances.

Les panthéistes veulent que l'univers soit l'unique substance réelle , et n'admettent pas que ses parties puissent être appelées substances.

Ainsi , quelque hypothèse que Ton admette sur l'étendue finie ou infinie de l'univers, notre doctrine est toujours directement opposée au panthéisme ; c'est, du reste, ce qu'il était facile de prévoir, puisque nous avons cherché la notion de substance dans des êtres particuliers, qui, selon la doctrine panthéiste, ne seraient pas des substances.

§ 3. — Différence entre les caractères des substances sùnples

et des substances complexes.

Nous avons dit que les caractères de la substance, tels que nous les avons exposés, s'appliquent aussi bien aux êtres collectifs qu'aux éléments simples ou composés, mais non multiples.

Il y a cependant entre ces deux sortes d'êtres une grande différence , et il est facile de constater que ces quatre caractères

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