‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 77 sur 320 · LIVRE PREMIER — CHAPITRE Vî · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER — CHAPITRE Vî

s'appliquent d*une manière plus rigoureuse et plus absolue aux êtres simples qu'aux êtres collectifs.

Nous ne comparerons entre eux que les êtres simples, dont notre conscience nous fournit le type, et les .êtres complexes, les agrégats qui tombent sous nos sens.

Quant aux êtres composés, mais non multiples, suivant les idées scolastiques, ils ne tombent pas directement sous notre expérience, nous ne pouvons les connaître que par un raisonnement. Nous n'en parlerons pas en ce moment.

Examinons donc en quoi diffèrent la permanence, Funité, la réalité et l'individualité des êtres simples et des êtres collectifs.

Dans les êtres simples, la permanence est absolue. Un tel être, tant qu'il existe, reste identiquement le même; étant indivisible, il ne subit ni addition ni diminution.

Dans les êtres collectifs , la permanence n'est que relative et incomplète. Un tel être peut être décomposé, divisé, et périr à titre de collection, sans que ses éléments soient détruits.

Un être collectif peut également être partiellement renouvelé, des éléments nouveaux peuvent se substituer aux éléments anciens.

Dans un être simple, l'unité est complète, absolue, sous tous les rapports. Un tel être peut avoir des qualités, des puissances, des facultés, des phénomènes distincts; il peut être décomposé par une opération intellectuelle, par une abstraction ; il ne saurait être divisé en parties.

Dans un être complexe, il y a, comme nous l'avons vu, une divisibilité simplement idéale en qualités. Un tel être est le centre unique de ses qualités, mais il est en même temps la collection de ses parties : l'unité n'est donc pas absolue.

Ici , remarquons en passant que , dans un être simple , les éléments idéaux, qualités, facultés, phénomènes même, sont simples eux-mêmes. Aussi le résultat obtenu en séparant par la pensée les puissances et les facultés d'un tel être, est-il un résultat absolu et irréductible. Quand on a reconnu l'existence de l'intelligence, de l'activité, de la sensibilité dans le moi, on est arrivé à un terme qu'on ne peut dépasser. Ce sont des facultés indécomposables et primitives.

Au contraire, dans un être complexe, les propriétés et les phénomènes sont complexes eux-mêmes, et par conséquent explicables et réductibles à des propriétés ou à des phénomènes plus élémentaires et plus simples. Telles sont les fonctions de la vie animale et végétale, les propriétés des corps chimiques complexes.

Une connaissance plus complète des éléments de Têtre complexe conduit à expliquer les propriétés de cet être au moyen de propriétés plus simples des éléments. Cette analyse future, toujours possible et prévue, donne aux mots qui désignent ces propriétés un caractère incertain, vague et abstrait, qui porte à douter de l'existence réelle de ces propriétés 'de la substance complexe. En réalité, cependant, ces propriétés, ces puissances désignent quelque chose de réel, une aptitude à produire ou à subir certains phénomènes qui se trouve dans le sujet complexe, mais qui résulte de la nature de ses éléments.

Passons maintenant au troisième caractère des substances, celui d'être une réalité qui est objective par elle-même sans être inhérente à une autre réalité. Ce caractère est absolu dans les substances simples. De quelque façon qu'on les considère, elles sont toujours des substances réelles et objectives.

Les êtres complexes , au contraire , comme nous l'avons vu , sont susceptibles d'être considérés de deux manières, soit comme une réalité substantielle unique , en faisant abstraction de la distinction des parties, soit comme un groupe de réalités distinctes, groupe qui est formé par l'intelligence, et qui est abstrait. Ces êtres collectifs sont donc moins complètement, moins nécessairement des substances que les êtres simples.

Même remarque au sujet de l'individualité ;

Dans l'être simple, l'individualité , jointe à l'indivisibilité , est absolue. L'être simple ne peut jamais se confondre avec un autre.

Dans un être collectif, l'individualité existe, mais elle peut être détruite sans que les éléments de l'être périssent. La goutte d'eau tombe dans la mer. Les éléments d'un corps brûlé se répandent dans l'atmosphère.

Ainsi nous voyons que, sous tous les rapports « la substance

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