‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 78 sur 320 · LIVRE PREMIER — CHAPITRE VI. iU · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER — CHAPITRE VI. iU

simple possède ^ à Tétat absolu et fixe , les caractères que rètre collectif possède à Tétat relatif et variable.

La substance simple est la substance type, la substance parfaite en son genre. La substance complexe lui ressemble, mais d'une manière approchée seulement.

Les esprits qui cherchent la simplicité et l'absolu aiment à aller tout droit jusqu'à la substance simple, pour trouver en elle Texplication de toutes choses.

Mais c'est un procédé imprudent et dangereux; en effet, il n'est pas certain que cette simplicité et ce caractère absolu existent dans le monde matériel; en les cherchant avec trop d'ardeur, on risque de les supposer là où ils ne sont pas, et de substituer au monde réel un monde à priori. De plus , lors même que le monde serait, comme le veut Leibnitz, composé de monades simples, il serait impossible de les atteindre directement par l'expérience. Mieux vaut procéder prudemment, en allant du connu à l'inconnu, du composé au simple, dans l'ordre objectif, et en même temps du simple au composé, de Tévidence expérimentale aux déductions rationnelles, dans l'ordre de notre science. Conservons donc notre notion de bon sens, saisie dans le vif de la réalité observable, applicable à cette réalité, malgré sa complexité; ne nous écartons que le moins possible de l'observation vulgaire , et revenons à elle constamment pour contrôler nos résultats.

NOTE SUR LES ÉLÉMENTS PREMIERS DE LA MATIÈRE (page 131.)

On peut ramener à six principales les opinions soutenues par divers philo» sophes sur les éléments dont les corps sont composés ; Tune d'çntre elles, le cartésianisme pur, n'admet aucune espèce d*éléments primitifs, trois admettent des éléments simples, deux des éléments non multiples, mm dépourvus de simplicité.

Cartésianisme. — L'opinion cartésienne, confondant la matière ^veo retendue, la déclare, non seulement divisible, mais réellement multiple à rinfîni, chaque point géométrique où se trouve la matière étant un élémei^t substantiel distinct.

Cette opinion est insoutenable dans sa rigueur. Elle ferait coon^ter 1%

î» LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.

corps dans ua nombre réellement indéGni de substances matérielles distinctes actuellement existantes. Or, Tindéfini ne saurait être actuel. Par définition même, Tindéfliii n'est autre cbose que la propriété d'une chose ▼aiîable qui croit sans limite.

Etfter loMnème, en défendant êonlre Wolff la doctrine cartésienne, a été obligé de la mitiger. Il admet que les parties de plus en plus petites, en nombre indéfini^ n'existent pas actuellement, mais peuvent être produites. Mais comme il existe certainement dans les corps des parties actuellement distinctes, on peut supposer ces parties séparées les unes des autres, et Ton arrive ainsi à des éléments qui n*ont pas de parties réelles, mais dans lesquels des parties peuvent être produites, c'est-à-dire, à des éléments non multiples quoique divisibles. Le cartésianisme ainsi mitigé se rapproche du système scolastique que nous étudierons plus loin. Il n'est guère possible en effet de concevoir un être divisible sans être actuellement multiple, à moins d'avoir recours aux notions de forme et de matière. Nous le démontrerons tout à Theure en parlant du système scolastique.

n. Dynamisme pur. — Le premier système qui admet des éléments simples est le dynamisme pur. Il admet que la matière est composée de forces pures, qui sont des êtres simples. Certains dynamistes placent ces forces en différents points d'une étendue ; c'est sous cette forme que Boscowitch a exposé un système de points matériels doués de force qu'il a rais dans un accord assez exact avec les sciences physiques. D'autres dynamistes n'admettent pas d'étendue objective, ce qui simplifie, on le comprend, le problème, en en supprimant la principale condition. D'autres altèrent la notion d'étendue et la confondent avec celle de multiplicité ou de divisibilité.

III. Atomismk de Gassendi. — Après le dynamisme, nous pouvons signaler l'atomisme pur de Gassendi. Selon ce philosophe, il existerait des atomes à la fois simples et étendus, la divisibilité de retendue par la pensée n'entraînant pas la divisibilité réelle. Ces atomes seraient indivisibles absolument, même par la toute-puissance divine, et invariables de formes. Dieu ne pourrait que les anéantir et non les diviser ni les modifier quant à leur forme. Ce système ne parait pas conciliable avec une idée exacte de la toute puissance divine.

IV. Dynamisme mitigé. — Le troisième système, fondé sur l'idée d'éléments simples, est celui du Père Palmieri qu'on pourrait nommer l'atomodynamisme. Suivant cet auteur, les éléments premiers de la matière sont des forces simples, mais chacune de ces forces a la propriété de constituer une étendue définie, en résistant dans cette étendue. Chaque force est, extérieurement et quant à ses relations, un véritable atome, et se comporte comme un atome. Mais intrinsèquement, c'est une force simple, présente en tous les points de l'espace qu'elle occupe.

Dieu ne peut pas diviser cette force puisqu'elle est simple, mais il pourrait diviser l'étendue qu'elle occupe, de telle sorte qu'on aurait deux atomes distincts qui ne seraient cependant qu'un seul et même être individuel et substantiel.

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