LIVRE PREMIER. - CHAPITRE M
V. Système scolastique. — Les principes du système scolastiqu» sont tout différents. Selon ce système, il y a une dualité primitive dans tout être matériel. Tout corps est composé de diui éléments qui ne sont pa» des substances, mais des parties de substance, c'est-à-dire, dei espèces de demi-êtres qui ne peuvent exister qu'unis ensemble.
11 y a la matière première qu'Arîstote appelait ^Xi ; cette tfiatièré première est par elle-même indéterminée et ôapable de éprendre toute espèce de formes. Cette matière est le principe qui constitue les individus corporels, concrètement distincts, elle est aussi le principe delà quantité.
A la matière s'unit la forme, principe actif et spéci6que qui place l'être dans une certaine classe et qui est la source de ses propriétés. C'est la forme qui constitue l'unité de l'être. La forme ne saurait exister sans la matière, ni la matière sans la forme. Quand il y a modification des corps, la forme est toujours chassée par une autre forme qui s'empare de la même matière.
La forme et la matière unies constituent la substance. Ni la forme ni la matière ne sont étendues par elles-mêmes, mais leur union constitue l'étendue, qui est le premier accident de la substance matérielle, accident qui supporte les autres. De l'union nécessaire de la matière et de la forme il s'ensuit que, selon le système scolastique, il ne peut exister d'éléments matériels simples.
Mais il peut exister des éléments non multiples. On peut supposer séparées les parties distinctes qui par leur agrégation et leur juxtaposition constituent les corps.
Les éléments ainsi isolés ne seront plus multiples ; ils n'auront plus de parties constituées et séparables par un simple déplacement, mais ils seront encore composés de matière et de forme.
Ces éléments sont divisibles à l'infini, non seulement par Dieu, mais même par les causes physiques. Pour les diviser, il faut détruire leur forme qui leur donne leur unité et produire d'autres formes multiples entre lesquelles se répartit la matière première de l'élément considéré. On voit que ce système admet une divisibilité à l'infini, mais sur des principes différents de ceux du cartésianisme. Il admet qu'il existe des éléments étendus qui forment chacun une substance individuelle constituée par Tunion d'une forme unique avec une certaine quantité de matière première.
VI. ÀTomsiiE SCOLASTIQUE. — Ce système moderne, destiné à faire rentrer la notion scientifique des atomes dans le cadre des principes généraux de la scolastique, consiste à admettre des atomes, indivisibles par toutes les causes physiques, mais divisibles par la toute-puissance divine. Ces atomes seraient chacun composés d'une matière et d'une forme, unies par le créateur et ne pouvant être séparées que par lui. La division de l'atome consisterait à détruire la forme unique et à produire des formes multiples entre lesquelles la matière première se répartirait.
Il est facile de voir que toute conception d'un être substantiellement un dans son état actuel et cependant ultérieurement divisible, peut se ramener à l'idée d'un composé de matière et de forme.
La division d'un tel être suppose en effet :
138 LE POSmVISIK ET LA ^OEXCE EXPaHS^TiLE.
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