CHAPITRES
Arrêtons-nous un instant, et résumons ce que nous avons observé jusqu'ici. Faisons comme le voyageur qui, après avoir exploré les bois, les ravins et les montagnes, a trouvé un point de vue d'où il peut contempler d'un seul regard Tétendue entière, et comme la carte du pays qu'il vient de parcourir.
Nous mettrons ce résumé sous forme de définitions et de principes évidents.
C'est la manière la plus nette d'exprimer une pensée philosophique. Nous remarquerons seulement combien notre méthode est différente de celle de Spinosa, qui, lui aussi, a énoncé au commencement de son Éthique une série d'axiomes et de définitions. Spinosa a procédé à priori^ posant ses définitions sans aucun contrôle expérimental et sans aucune évidence rationnelle.
Pour nous, au contraire, nos définitions et nos principes sont le résultat de l'étude patiente de la réalité ; ils ont été extraits des faits eux-mêmes, et sont toujours soumis au contrôle des faits évidents.
Ce que nous avons dégagé des faits, c'est la notion de la substance, do l'être réel et concret, de la personne ou de la chose. Unique dans son fondement, cette réalité objective s'épanouit d'elle-même aux yeux de notre intelligence en une foule d'attributs, de modes et de phénomènes.
Durable et permanente, elle comporte des modes qui varient.
no LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.
et produit ou subît des phénomènes dont l'existence consiste dans le changement même.
Qualités, attributs, modes, puissances, phénomènes, c*est toujours la même substance vue sous diverses faces. Ce ne sont ni des réalités autres que celle de la substance , ni des parties de la substance, ni des accroissements de la substance, mais la réalité même de la substance, qui, tout en demeurant une et identique, se manifeste sous des aspects si divers.
Cette substance , c'est l'être réel , tout être réel , simple ou multiple, collectif ou indivis, mais toujours individuel et particulier, en tant qu'il est distinct de toute autre réalité.
Voici maintenant comment notre doctrine peut être mise sous forme de termes précis et d'affirmations dégagées , autant que cela est possible , de toute équivoque :
Définitiotis.
1 . J'appelle substance tout être réel et concret, existant objectivement en dehors de la pensée de l'homme, doué d'une certaine permanence et d'une certaine unité. (Type : les personnes et les choses.)
2. J'appelle qualités, les points de vue permanents de la substance , qui ne peuvent en être détachés que par la pensée , et ne sauraient exister en dehors d'elle. (Type : l'intelligence, la forme, la couleur.)
3. J'appelle phénomènes, les actions ou les modifications essentiellement successives que les substances produisent ou subissent. (Type : l'action , le mouvement , la chute d'un corps lourd.)
4. J'appelle attributs, les qualités essentielles de chaque substance, telles qu'on ne pourrait les supposer enlevées sans la dénaturer. (Type : l'étendue pour les corps, l'activité pour les personnes.