‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 87 sur 320 · LIVRE PREMIER. - CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. - CHAPITRE VIII

trouve rinexplicable conciliation de la permanence et de la diversité.

Ici encore il faut nous contenter des résultats évidents auxquels nous sommes parvenus et nous résigner à l'imperfection de notre science. On voit d'ailleurs aisément que cette difficulté de concilier l'unité de la substance avec la diversité des qualités rentre dans la théorie que nous avons exposée dans notre méthode. C'est une véritable antinomie apparente qui se trouve à sa place naturelle, à la limite de la connaissance humaine, et qui contient, sous une forme en apparence contradictoire, la notion profonde et mystérieuse des êtres réels. Il serait facile d'appliquer à cette difficulté les principes de distinction entre les antinomies apparentes et les contradictions réelles. On reconnaîtrait que cette difficulté, résultat immédiat de l'opposition entre deux notions primitives du bon sens, possède tous les caractères des antinomies apparentes, et que nous pouvons l'admettre avec sécurité, sans crainte de laisser pénétrer dans notre théorie un élément réellement contradictoire.

La troisième imperfection de notre connaissance de la substance consiste dans la nécessité où nous nous sommes trouvé de prendre, comme point de départ de notre étude, des êtres complexes et collectifs auxquels les caractères de la substance s'appliquent, mais auxquels ils s'appliquent d'une manière moins rigoureuse qu'il ne s'appliqueraient aux êtres simples. Il en résulte que nous ne contemplons dans ces objets vulgaires les caractères d'unité et de permanence que mêlés à une multiplicité et à des variations qui en rendent la perception plus difficile.

Quand l'intelligence se trouve en présence d'un être qu'elle sait être complexe, elle ne se sent pas à Taise; elle cherche à analyser, à décomposer ce qu'elle connaît ainsi. Si elle y parvient, elle compare la notion du tout à la notion distincte des éléments. Alors, par l'efi'et de cette comparaison, le tout lui semble abstrait, et la réalité concrète est repoussée, en apparence, dans les parties.

Continuant cette opération de proche en proche, l'intelligence rencontre une hiérarchie de collections et d'agrégats auxquels elle retire successivement le caractère et le nom d'objet réel.

poursuivant de proche en proche la substance qui fuit, pour ainsi dire, devant elle et se cache dans des éléments de plus en plus petits.

Rien de plus naturel que cette marche de Tintelligence, rien de plus logique, je dirai même rien de plus utile.

Ce malaise, que causent les connaissances imparfaites, est comme une invitation que la nature même nous fiait de cherdier à perfectionner notre science; nous ne nous contentons pas d'une demi-vérité, nous allons toujours en avant, cherchant plus de lumière.

Seulement, voici le danger qui résulte de cet instinct bon en lui-même. En cherchant ainsi les substances élémentaires, nous ne les trouvons pas. Les premiers objets d^expérience qui frappent nettement le bon sens semblent s'évanouir dans la contemplation scientifique. L'àme humaine , le moi , quelque évidente et claire que soit son existence , se trouve dans une union si intime avec un corps composé d'une infinité de molécules, qu'il est possible, bien qu'illogique, d'oublier son unité individuelle. Les corps se divisent, aux yeux de la science, en parties de plus en plus petites ; les dernières , que nous pouvons atteindre avec nos instruments, sont dans un nombre tel et sont tellement minimes, que notre imagination en est éblouie , et nous sommes certains cependant d'être loin encore du terme, si ce terme existe, de la complexité des éléments matériels.

Alors, il semble que dans cette pulvérisation des êtres réels, la réalité elle-même ait disparu, et la raison, égarée, peut s'écrier : n n'y a pas de substances ! pourquoi chercher ce qui n'existe pas ou ce qui ne peut pas être connu ?

Alors, les uns s'écrient : Les substances, c'est Fabsolu ! Notre esprit n'atteint que le relatif. D'autres , frappés du seul phénomène, la substance ayant disparu à leurs yeux, disent qu'il y a des mouvements sans corps mobiles et des pensées sans esprits.

Alors encore, l'unité, la permanence, l'existence en soi s'étant évanouies en apparence , ces notions , qui sont nécessaires et ne peuvent être chassées de l'esprit humain , reparaissent sous une autre forme.

L'imagination crée un grand être fantastique auquel elle

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