CHAPITRE PREMIER
DE l'observation DIRECTE DES SUBSTANCES.
Nous avons dans notre premier livre défini et expliqué le terme de substance. Nous avons reconnu que les substances sont les réalités vulgairement nommées personnes ou choses.
Nous pouvons maintenant, en nous appuyant sur cette définition, arriver à la démonstration de Tune des deux grandes assertions que nous avons énoncées dans notre introduction.
Les substances sont directement observables. La perception, soit interne, soit externe, les atteint sans Tintermédiaire d'aucun raisonnement.
En d'autres termes, il n'est pas vrai que nous n'observions que des phénomènes pour en tirer, par voie de conclusion, l'existence des substances. Ce qui est vrai, c'est que nous observons les substances revêtues de leurs qualités et subissant leurs phénomènes,
Cette assertion peut aisément être vérifiée.
Considérons d'abord le témoignage de la conscience qui nous atteste l'existence de notre propre personne.
J'éprouve une sensation, je forme une notion, je fais un raisonnement, je délibère et Je produis un acte de volonté.
Au même moment où ces phénomènes internes s'accomplissent, je sais qu'ils s'accomplissent, et si mon attention est tournée vers
ces objets internes, si je m^efforce de fixer dans ma mémoire les notions qui se sont formées en moi, j*aurai Tidée de certaines sensations, de certaines pensées, de certains actes qui se sont succédés.
Hais quel sera Fobjet de cette idée ainsi fixée dans ma mémoire, de cette connaissance acquise ?
Sera-ce Tidée générale de sensation de plaisir, de douleur, de pensée, de volonté ?
Non. Ce sera Tidée de ma propre sensation j de mon propre plaisir, de ma propre pensée, de ma propre voUtion. L'idée du moi sera engagée dans chacune de ces perceptions internes.
AUons même plus loin et parlons avec plus de précision. Si les sensations, les pensées, les actes divers sont ce qu'il y a de plus ^parent dans Tobjet que je perçois, ces variétés ne sont pas ce qu*il me semble, quand je réfléctùs, j avoir de plus réel.
Le véritable objet que j*atteins et que j*observe, c*est moi se»tani^ moi pensant, moi voulant.
Une seule et même perception interne me livre à la fois ma personne et Fimpression que j'éprouve. Ce n'est au fond qu'un seul et même objet de connaissance. Plus tard, Tabstractioii le décomposera et y trouvera deux idées, moi et mon impression, moi et mon acte. Plus tard, j'apprendrai à regarder ce bit unique sous deux bces et à porter ma pensée alternativement sur le moi qui sent et sur la sensation du moi. Mais le premier regard de ma pensée porte sur l'objet entier et non décomposé.
Donc c'est l'être tout entier, c'est la personne, c'est le moi qui se manifeste de prime-saut à lui-même. Sur le théâtre de la conscience, c'est le moi lui-même qui est en scène : les sensations, les pensées, les actes de volonté divers, ne sont que ses vêtements, ses gestes et ses paroles.
Mais ce moi si évident, cet être constamment présent à luimême, qu'esl-il? Est-ce une substance? Possède-t-il les carKtères qui dbtinguent les substances.
La réponse est bien sim{de.
La substance, avons-nous dit, c'est l'être permanent* sojel de pbésoiBènes successifs: or. tel le moi se manifeste à lu-même.
Le moi éprouve une sensation. Celle sensation s'écoole avec