‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 92 sur 320 · LIVRE II. - CHAPITRE PREMIER. t6l · texte numérisé non relu

LIVRE II. - CHAPITRE PREMIER. t6l

le temps, mais Tètre sentant demeure. Il le sait bien, puisqu'il se sent lui-même et se reconnaît lui-même.

La conscience atteste la diversité et la succession de nos impressions, mais elle atteste tout aussi clairement notre identité. Il y a évidence absolument égale de part et d*autre. Il est également certain que c'est moi, la même personne, qui ai éprouvé plusieurs sensations diverses et successives, qu'il est certain que ces sensations sont diverses et successives. Ce sont deux perceptions internes semblables ou plutôt deux faces d'une seule et unique perception.

Il n'y a pas l'ombre d'un raisonnement, pas l'ombre d'une induction. C'est Tobservation elle-même qui constate cette permanence du moi sous ses impressions et cette unité du moi au milieu de la diversité de ses sensations.

Quand je compare une perception passée avec une perception actuelle, en franchissant un intervalle, on peut dire que c'est par une espèce de conclusion logique, bien directe cependant et bien immédiate, que j'arrive à affirmer la durée de mon individualité pendant cet intervalle.

On peut dire que je raisonne ainsi :

Je me sens existant et éprouvant telle impression à présent.

Hier soir, je sais que j'existais et que j'éprouvais telle impression ; je me reconnais pour le même individu.

Donc j'ai existé dans tout l'intervalle, même pendant le sommeil.

On conçoit que ce jugement, résultant de la comparaison des témoignages distincts de la conscience actuelle et dé celui de la mémoire, puisse être considéré comme une conclusion tirée de deux prémisses.

Mais quand le témoignage de la conscience est continu, la permanence du moi et la variété des impressions se manifestent à la fois.

Aucune de nos impressions n'est instantanée, ou du moins, s'il existait une impression instantanée, elle ne serait pas aperçue par la conscience, pas plus qu'un objet qui traverserait le champ visuel avec une vitesse infinie.

Lors donc que nous percevons une impression, elle a déjà duré

multanément avec leurs phénomènes et leurs qualités , nous sommes obligé de poser une réserve importante.

La perception extérieure est une opération intellectuelle très complexe et très variée. Le monde se compose de mille êtres réels ayant des propriétés très diverses, dont les uns se présentent pour ainsi dire spontanément à nos sens, tandis que d'autres sont plus ou moins profondément cachés , exigent pour être découverts une attention très grande ou des instruments perfectionnés, et que d'autres enfin, bien que manifestés par leurs effets, échappent par leur nature à notre perception directe.

Nous ne pouvons donc pas prétendre que toutes les substances tombent directement sous Tobservation.

Nous ne disons pas non plus que toutes les observations atteignent directement les substances.

Il y a en effet des observations qui portent directement sur des objets d'une nature spéciale , qui apparaissent conmio réels , objectifs, et cependant comme n'étant pas des substances. Tels sont les sons, la lumière, les couleurs, les formes apparentes, qui ne sont pas la limite d'un objet réel. Tels sont en particulier les images colorées produites par la réflexion ou la réfraction des rayons lumineux. Sans nous prononcer actuellement sur la nature de ces objets qui semblent objectifs et qui ne semblent pas réels, nous reconnaissons que ces objets sont observables et que l'observation qui en est faite ne porte pas clairement sur une substance.

Mais il y a au contraire des perceptions qui portent sur un objet réel, net et déterminé, qui aies caractères d'une substance.

Telle est principalement la perception des objets par le tact. Le tact établit l'observateur dans un rapport intime avec la réalité matérielle observée. II présente des caractères tout particuliers de certitude et d'évidence.

Telle est aussi la perception des objets par la vue , quand ces objets sont rapprochés, quand la perception visuelle peut être contrôlée par le tact, et que les renseignements fournis par les deux sens sont unis entre eux.

Ceci posé , nous restreignons notre assertion aux perceptions de ce second genre. Nous disons que dans ces perceptions claires

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