‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 94 sur 320 · LIVRE II. — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE PREMIER

perception des corps se fait au travers d*impressions reçues par nos sens. Il faut, pour que nous voyions, que notre rétine excitée par les rayons lumineux , produise une image qui figure les contours et les formes du corps observé. Il faut, pour que nous connaissions un corps par le toucher, que certaines sensations se produisent, soit à la surface de nos doigts, soit dans Tintérieur de notre corps, afin de nous attester à nous-mêmes la position relative et les mouvements des organes avec lesquels nous tâtons la forme du corps.

Nous ne contestons pas cette vérité. Nous ne dirons pas, comme Reid a semblé le dire, que la perception est une opération mystérieuse , qui se fait directement et sans intermédiaire, et un fait purement parallèle à la sensation.

Nous admettons que la perception, c'est-à-dire la connaissance des corps extérieurs, peut se faire au travers de certaines sensations. Nous croyons même que la vraie théorie de la perception consiste à dire qu'elle est une interprétation , une traduction de certains signes sensibles que nous sentons dans nos organes.

Mais nous prétendons néanmoins que c'est le corps extérieur qui est le véritable objet direct de Tobservation.

En effet, nous n'appelons pas observation proprement dite le fait de sentir certaines impressions organiques, le fait de voir se produire devant nos yeux certaines taches colorées, signes de la présence des corps, le fait d'éprouver certaines sensations musculaires.

Tous ces phénomènes internes, condition de l'observation, ne sont pas l'observation elle-même. Ils sont généralement inconscients; l'observateur qui regarde le monde extérieur, les éprouve sans s'en apercevoir et sans s'y arrêter.

L'observation commence au moment où nous traduisons les signes, où nous voyons et touchons l'objet extérieur.

Or, à ce moment, c'est le corps, c'est-à-dire la substance dont nous prenons connaissance. Nous pouvons donc dire que c'est la substance qui est observée directement.

Non seulement en parlant ainsi nous restons en accord avec le langage du bon sens, mais nous m^inf^enons upe 4ûc^*ine dont les pQnséquenc^9 SQpt importantes, et qui n'es| n^UgiDent

ébranlée par la présence nécessaire de signes sensibles qui sont les conditions de la perception .

Que voulons-nous, en effet, en soutenant que les substances sont directement observées ?

Nous ne voulons pas précisément prouver leur existence, qui est évidente; nous voulons montrer que cette existence a le caractère, si estimé de nos jours, d^une vérité expérimentale. Nous voulons montrer que toute Tautorlté que possèdent les faits observés appartient aux substances, qui sont elles-mêmes des faits observés.

Or, Fautorité des faits observés appartient non pas aux sensations par lesquelles nous voyons et touchons les choses, sensations souvent obscures, connues seulement des savants; mais aux choses vues et touchées elles-mêmes. Nous croyons au témoignage de nos yeux et de nos doigts d'une manière tout à fait indépendante de toutes nos théories sur la perception. En disant donc que la vue et le tact atteignent directement les substances matérielles, nous voulons dire que l'existence des substances est aussi certaine, aussi évidente, aussi directement connue que tout ce que nous pouvons voir et toucher. Ou vous admettez comme véridique l'observation externe , et alors vous devez admettre l'existence des substances matérielles directement observées, ou vous niez cette autorité ; alors vous pouvez douter des substances; mais alors aussi vous mettez en question l'existence du monde extérieur tout entier.

En second lieu, en parlant de l'observation directe des substances, nous tenons à montrer que la notion de substance est dans l'ordre logique aussi bien que dans l'ordre réel de nos connaissances, simultanée avec celle des qualités et des phénomènes réels, et antérieure à celle des qualités et des phénomènes isolés et abstraits. Nous tenons à montrer que les qualités et les phénomènes se dégagent de la substance par analyse, et que l'unité de la substance leur est antérieure et est directement atteinte par nos facultés perceptives.

Or, l'existence des signes sensibles au travers desquels se fait la perception n'est nullement contraire à cette doctrine.

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