L HOMME ET LE PENSEUR I
vrir des traces multiples chez nos contemporains .
C'est d'abord dans le sens de la réalité concrète et positive, sous quelque forme qu'il se manifeste, que nous les trouverons. Dans l'histoire de l'art, nous pouvons y rattacher le mouvement naturaliste qui s'oppose à l'idéalisme, et se confond avec l'effort d'attacher le poète ou le peintre aux réalités matérielles et palpables. Dans tous les domaines de la science, nous témoignons du sens de la réalité positive, de celle qui se touche et se voit, dans la mesure où nous nous défions de nos hypothèses, de nos envolées, de nos cpnceptions hardies. A cet égard, on peut bien le diçe, pour faire une part plus grande désormais aux vues rationnelles de l'esprit, les savants de nos jours se rattachent encore à la philosophie de Comte, en ce qu'ils veulent que ces vues rationnelles naissent de l'observation rigoureuse des faits et se développent sous son contrôle, pour servir à une prévision de plus en plus sûre et à des applications de plus en plus fécondes.
L'histoireet la politique relèvent de Comte d'abord quand elles s'attachent elles aussi d'une manière générale à la réalité des faits humains ; — mais ensuite et surtout quand elles les relient solidairement les uns aux autres dans leur succession continue. 11 n'est pas nécessaire pour cela d'énoncer des lois précises ou de se perdre en discussions pour en établirla possibilité ; il suffît de croire que le présent dérive du passé et est gros de l'avenir; que les institutions et les mœurs naissent, vivent et meurent sous l'action profonde des besoins, des intérêts, des sentiments, des croyances ; que les législateurs et les gouvernements ne sauraient atteindre à ces réalités vivantes par des lois ou des décrets, que tout au plus ils peuvent essayer de sanctionner sous une forme claire et intelligible les aboutissements successifs de lentes évolutions internes et obscures. Et ainsi se rattachent à la philosophie de Comte tous ceux- qui sentent combien pèse le passé sur l'état présent et à venir de l'humanité, quelle est la difficulté des transformations, quelle doit être la lenteur du progrès, pour qu'il se
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réalise sans secousse; bref tous ceux qui dans l'antinomie toujours actuelle de l'ordre et du progrès, de la tradition et de l'idéal, optent pour le premier des deux termes, ne consentant à envisager le second, — »
sauf à risquer souvent de l'oublier, — que lorsqu'ils se sentent solidement attachés à l'autre.
Les sociologues surtout ont le droit de se réclamer de Comte, par la nature même de leurs préoccupations, par le seul fait qu'ils cherchent à relier les unes aux autres toutes les manifestations de la vie sociale.
Et cela est vrai, quelles que soient leurs tendances, sans que l'humanité dans son ensemble soit assimilée d'une façon étroite à un organisme vivant, et sans que la Sociologie doive se transformer ainsi en une dépendance de la biologie, ce que Comte d'ailleurs eût énergiquement nié : les sociologues ne sont-ils pas cous conduits à affirmer implicitement l'existence du consensus social ?
Et enfin ces tendances des historiens ou des sociolognes ne se manifestent pas seule-
ment chez les penseurs de profession : elles se retrouveront chez ceux qui, dans tous les domaines où la pensée s'exprime, théâtre, poésie, roman, rattachent l'homme à son milieu, et, pour l'étudier, le comprendre ou le juger, refusent de le séparer des mille circonstances naturelles ou sociales qui expliquent sa formation.
Mais ce n'est pas tout.
Si réduite que soit pour lui l'idée qui exprime le mouvement de l'intelligence ou de la raison de l'homme ; si voisine qu'elle doive rester du sensible et du concret, pour rester utile, efficace, et ne pas devenir une chimère ; si éloignée qu'elle soit non seulement de tout absolu, mais même du moindre idéal, qui dépasserait parsa nature les données de l'expérience, — Comte, pour avoir déclaré que l'idée, que l'élément intellectuel et rationnel, est la condition première et le guide constant des progrès de l'humanité," se trouve l'ancêtre direct de beaucoup de nos contemporains. Ce sont tous ceux en somme qui croient à l'efficacité de la science dans la marche de l'esprit humain ; ce sont
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tous ceux qui veulent la répandre à profusion, comptant à la fois sur ses applications pratiques dans notre lutte contre la douleur et le mal, — sur ses grandes découvertes physiques pour aidera l'amélioration progressive de l'état social, — enfin et surtout sur son esprit de sincérité et de vérité, pour moraliser toutes les institutions, toutes les aspirations de l'âme humaine. Tous ceux qui affirment la grandeur de ce rôle de la science énoncent à leur façon ce qu'il y a d'essentiel et de vrai dans la loi des trois Etats. Il n'est pas nécessaire pour cela qu'ils la fassent aboutir à la suppression de tout sentiment religieux ; il suffit qu'ils comprennent que ce sentiment lui aussi se transforme et s'épure par le progrès continu de la raison et s'accorde de mieux en mieux avec les exigences de notre conscience morale. Tous ceux, philosophes ou prêtres, prédicateurs laïques ou religieux, catholiques, protestants, juifs, libres-penseurs, qui sentent que quelque chose est changé dans l'esprit humain depuis plusieurs siècles, qui proclament par leurs discours ou leur con-
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duite qu'ils sont ou veulent être « de leur temps », tous ceux-là offrent un écho plus ou moins lointain de la grande loi de Comte, si, seulement, ils reconnaissent que la marque caractéristique des temps modernes a été avant tout le prodigieux essor de la science. D'autre part, si un état nouveau des esprits semble s'être fait jour par le progrès naturel des connaissances et sous la poussée de la réflexion scientifique, la conception fondamentale que Comte exprime par sa loi des trois Etats se réalise plus strictement encore dans la vie publique des peuples occidentaux. La Société Civile s'est constituée chez tous, indépendants de toute Eglise ; il n'y a plus de religion d'Etat ; les fonctions publiques tendent à devenir complètement étrangères à toute attache confessionnelle ; et les relations sociales semblent se dégager de plus en plus des croyances religieuses. Les peuples civilisés marchent rapidement vers le jour où la forme que prendront chez chacun de nous ses aspirations religieuses se reflétera de moins en moins dans l'aspect extérieur de la vie publique. Le sentiment reli-
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gieux sera assurément de plus en plus quelque chose d'individuel, de subjectif, qui ne relève pour chacun que de sa conscience et dont il n'a à rendre aucun compte à la Société.
D'ailleurs le respect de la conscience individuelle Se lie à la neutralité religieuse complète de renseignement public ; de sorte que finalement, si notre temps se refuse à réaliser un gouvernement des esprits, si pour nous inspirer véritablement de la raison et de la science, nous voulons nous appuyer d'abord sur la liberté, du moins nous sommes conduits par là même vers un résultat où Comte n'hésiterait pas à reconnaître pourtant une trace de ses efforts : l'Etat faisant distribuer uniformément et gratuitement au peuple un enseignement laïque.
Et ainsi il est vrai de dire que, pour ne pas s'adapter à la formule positiviste, l'esprit humain, par une foule de ses démarches actuelles, et la Société, par ses institutions et ses mœurs, reflètent plus d'un trait essentiel de la pensée d'Auguste Comte.
Quand on compare la philosophie d'A.
Comte à la pensée moderne, il est difficile de ne pas sentir que celle-ci ne se résigne pas à s'enfermer dans les limites de celle-là. Comte a-t-il donc fait fausse route, n'est-ce que par hasard que son nom a survécu, et nos contemporains réparent-ils simplement les erreurs de son positivisme ? Ou bien nestil pas plus vrai de dire que la pensée moderne ne fait que dépasser la sienne dans un mouvement général d'émancipation auquel il a contribué lui-même, mais qu'à tort il a cru pouvoir arrêter? C'est là ce que nous voudrions établir. Nous devons pour cela résumer en quelques traits principaux l'opposition de nos idées actuelles "et de celles de Comte , nous plaçant comme il convient d'abord, au cœur même de la philosophie positive, c'est-à-dire au point de vue de
1 Revue philosophique , janvier 1902.
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la science rationnelle. Nous montrerons que l'attitude nouvelle correspond à une étape consécutive des trois états , en nous préoccupant de retrouver chez Comte lui-même la préparation inconsciente de cette dernière étape. Il restera à se demander si les réflexions générales ainsi suggérées par la science rationnelle ne trouvent pas leur application jusque dans le domaine de la vie morale et religieuse de l'humanité .
Dans la philosophie positiviste, les iaits, c'est-à-dire les phénomènes que nous observons, sont la seule matière de la science.
Pour énoncer les lois qui expriment leurs liaisons constantes nous utilisons des idées tirées des faits eux-mêmes par les procédés ordinaires d'abstraction et de généralisation ; mais ces idées sont toujours des résidus de l'expérience qui se retrouveront dans les choses tels qu'ils en ont été extraits, et se prêteront à une vérification directe et complète. L'esprit est transformé en face de
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la réalité qui s'offre à lui en une sorte d'organe enregistreur, dont l'activité ne trouve l'occasion de se manifester que* par la rapidité et l'ingéniosité avec lesquelles il va au-devant des constatations. C'est ainsi que l'hypothèse est un de ses procédés les plus efficaces, mais à la condition qu'elle énonce un peu plus tôt ce qui sera observé , à la condition par conséquent qu elle ne porte que sur des relations complètement vérifiables.
Ce n'est pas d'ailleurs que la science doive atteindre ainsi une réalité absolue extérieure à l'esprit. Comte insiste «issez souvent sur la relativité de cette science.
Mais- qu'entend-il par là? — II veut dire d'abord que les sensations qui pour nous constituent les faits dépendent de nos organes. Qu'on nous ôte le sens de la vue, notre connaissance du monde sera tout autre ; au contraire, qu'il s'ajoute un sens nouveau à ceux que nous possédons, et il nous est impossible de mesurer les transformations que subirait par là notre science. — Celle-ci est de plus relative à notre situation dans l'univers : nous ne sommes pas n'importe
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où, mais en un point du système solaire, sur la surface d'une planète particulière ; nous n'observons pas l'univers dans sa totalité, mais seulement ce qui nous entoure, ce qui est près de nous, ce qui n'échappe pas à nos prises. Les lois que nous énonçons ne sont vraies que pour ce monde restreint. — Enfin, à mesure que notre connaissance s'accroît, les lois elles-mêmes se corrigent, de façon à traduire de mieux en mieux la réalité qui s'offre à nous, de sorte que le contenu précis d'une vérité scientifique porte dans certaines limites la marque du temps où elle est formulée . — Mais toutes ces raisons de relativité n'empêchent pas la science humaine d'être pour nous comme une discipline de soumission, et de se faire par la découverte passive d'une vérité qui, pour ne pouvoir se séparer de nous, n'est cependant pas pénétrée de notre activité personnelle, en ce sens que tous les éléments qu'elle comporte sont bien véritablement extérieurs à nousmêmes.
Nous commençons à comprendre que les choses ne sont pas aussi simples, et que les
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notions fondamentales des sciences théoriques ne sont pas seulement des résidus de l'expérience, qu'il soit toujours possible dy retrouver par une vérification suffisante. Sans revenir sur les nombreuses analyses dont nous avons nous-même pris notre part dans ces dernières années, il sera permis de dire que les principes de la science rationnelle, s'ils sont évidemment suggérés par les faits d'expérience, ne trouvent en eux ni toute leur raison, ni leur signification complète.
En vain chercherait-on à combler la distance qui les en sépare par les opérations ordinaires de notre entendement, comparaison, abstraction , généralisation ; en vain voudrait-on y voir des hypothèses provisoires rigoureusement établies par des vérifications ultérieures. Il reste en ces principes, en ces définitions que formule le savant, en ces postulats sur lesquels s'élève incessamment l'édifice de la science théorique , il reste quelque chose qui dépasse le donné, qui est transcendant par rapport à l'expérience passée, et même par rapport à toute expérience future, et qui ne s'explique que par
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une certaine dose de liberté créatrice, de choix, de décision volontaire et spontanée dans l'esprit qui les énonce. Les notions qu'apportent ces principes ne sont plus purement et simplement des résidus d'une observation passée, pas plus que des éléments d'expérience devinés et supposés vérifiables ; chacune est plutôt une sorte d'idéal par lequel l'esprit juge convenable de s'élancer spontanément au-delà des faits pour les mieux interpréter désormais. La justification logique, pas plus que l'observation, ne suffisent à en rendre raison. Certes, elles interviennent Tune et l'autre dans les motifs qui guident le savant et l'incitent à poser ces notions : car, d'une part, celles-ci doivent aider à traduire l'expérience, et d'putre part elles doivent s'adapter chacune à la trame des idées antérieurement posées ; mais ces conditions ne sauraient les déterminer au point qu'elles s'imposent avec une nécessité inéluctable. Ce sont, pour la mise en œuvre de l'esprit, des raisons qui ont leur valeur : ce ne sont pas des données devant lesquelles il n'y ait place qu'à la soumission.
Elles ne sont pas complètement vérïfiables.
Cela est évident dès les premiers principes de la géométrie, et il est inutile désormais «l'insister sur ce qu'il a pu y avoir de chimérique dans l'espoir de justifier l'exactitude -de ceux-ci par quelque expérience directe.
A plus forte raison ce recours décisif à l'expérience fait-il défaut quand se mêlent et s enchevêtrent toutes les notions fondamentales de la géométrie, de la mécanique, de l'astronomie, de la physique, et quand s'étend -démesurément le champ de la science rationnelle. C'est, comme on l'a dit bien souvent, tout un système complexe de principes, de postulats, de définitions, qui se trouve mis à l'épreuve des faits ; et si ce système se •corrige et se perfectionne sans cesse de façon à assurer une prévision de plus en plus rigoureuse, jamais du moins il n'arrive ni que la réalité des notions théoriques soit enfin montrée dans les choses, ni par conséquent que notre raison cesse de sentir qu'elle dirige elle-même cette marche continue.
Ses décisions ne sont pas d'ailleurs seulement transcendantes par rapport à l'expé-
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Tience ; elles le sont aussi par rapport à la logique, en ce sens qu'elles posent, avec les principes et les définitions, des synthèses qu'il serait impossible d'éclaircir complètement par le sens de chacun des éléments qui les forment. Tel postulat doit être admis d'abord pour que même puisse se poser ensuite la question de savoir s'il a un sens : telle est cette affirmation fondamentale que le mouvement de la terre est uniforme, sans laquelle l'uniformité d'un mouvement, avec la notion qu'elle implique des durées égales, n'a pas de signification précise ; tels sont en général tous les principes, comme ceux de la géométrie ou de la dynamique, qui apportent avec eux la définition même des éléments qu'ils unissent.
Ces réflexions se confirment à mesure que s'élève l'échafaudage de la science théorique. Nous avons de plus en plus conscience que si nous dépassons l'expérience et la logique, c'est par des décisions raisonnables plus que par soumission à une réalité qui s'impose. Nous sentons en d'autres termes que, pour mieux exprimer et prévoir les faits,
l46 LE POSITIVISME ET LE PROGRÈS DE L'ESPRIT
Bien au contraire, et précisément dans la mesure où subsistera pour nous la responsabilité personnelle d'un homme, nous exigerons de pouvoir rattacher ses résolutions à des motifs conscients et réfléchis. De même, les résolutions de l'esprit qui formule la science théorique ne sont. pas indéterminées, pour jaillir spontanément de notre propre activité : elles ont mûri au contact des faits, sous la suggestion de toute une vie de Pâme dont les aspects divers, logique, pratique, esthétique, s'y adaptent harmonieusement.
Les pobtulats théoriques qui nous semblent les plus primitifs et les plus instinctifs, tels que les premiers principes de la géométrie, n'ont fait leur apparition que fort tard dans le cerveau de quelques géomètres grecs. Le choix des postulats auxquels ils s'arrêtèrent est très simple, très clair et très voisin du sens commun : c'est par exemple, entre tous les systèmes que nous citent les métagéomètres, le seul qui laisse subsister dans notre espace cette chose dont nous avons un sentiment si naturel et qui était impliquée déjà dans les premiers tâtonnements de
l'art humain, à savoir la simili tu mes, la variation proportionnelle < Les définitions sur lesquelles s la mécanique sont venues béai tard, tout récemment, peut-on serait difficile de résumer la lo rience qui finalement a conduil savants du xvn e siècle à s'y a coup sûr, elles impliquaient déjà pressentiment de l'admirable sin allait en sortir pour l'édification < nique céleste. En tous cas, la moii che volontaire de la pensée théo:
cune de ses décisions, chacun de loin de donner l'exemple d'un capricieuse et sans règle, se justi traire par des raisons comparabl qui rendent compte des résolu naires d'une âme pleinement resp son activité.
Et dans ces conditions, la ■&
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l4# LE POSITIVISME ET LE PROGRES DE L'ESPRIT
elle doit se borner aux sensations et aux idées que nous en tirons par les procédés naturels d'abstraction et de généralisation.
Or nous avons tous les mêmes organes, par conséquent les mêmes impressions, et nous procédons tous de même pour abstraire et généraliser. La connaissance positive représente ainsi, dans l'ensemble des vérités que croit pouvoir formuler chacun de nous, la partie qui s'adresse à tous et qui constitue proprement la vérité. Tout ce qui la dépasse relève d'éléments subjectifs et individuels qui ne pourraient qu'empêcher la science d'être comme il convient la propriété de tous les esprits. — Ne rejetons- nous pas par nôtre attitude nouvelle la notion même de cette vérité qui risque désormais de n'être plus universelle ? Certes, nous mériterions ce reproche s'il fallait borner aussi étroitement que Comte croit devoir le faire la partie de nousmêmes par laquelle nous sommes semblables à tous les hommes ; mais c'est justement ce dont nous nous défendons. Si nous avons tous les mêmes sens, et si nous savons tirer des mêmes impressions les mêmes idées
I QUATRE HT ATS
abstraites, ce ne sont pas là les ques caractéristiques de notre !
y a une foule d'éléments d'ordi ou intellectuel, une foule de te besoins, d'aspirations, par lesqu vibrent à l'unisson, pourvu qi normales et saines ; et en par croyons qu'il est pour nous u dépasser les données de l'exp sous leur suggestion, de forrm un idéal nouveau, — de pose comme disait Platon — qui p uniformément tous les esprits, nuons sans doute, comme Auj distinguer dans les affirmations formule, ce qui se rattache de loin à sa personne, à son éducal au milieu où il a vécu, à ses pr tempérament particulier, bref o jectif et individuel, — et ce qu:
émane du fonds normal par nous dépassons pour commun avec le reste de l'humanité. Ma de notre être par laquelle nous de nous-mêmes, et que cons(
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non les hommes nomment la raison, nous apparaît comme très complexe et très riche - r c'est un reflet de toute notre âme ; bien mieux, c'est notre âme tout entière, en tant qu'elle fait effort pour se dégager de toute circonstance accidentelle ou contingente, et pour atteindre ce qui portera en soi sa propre torce d'expansion. Et ainsi la vérité, en se dépouillant de l'aspect primitif et simpliste que lui donnait sa nature purement statique, pour intéresser l'activité profonde de l'esprit et jaillir au contact des faits de la spontanéité de la raison, garde en son essence même son premier caractère d'universalité.
Le scepticisme n'a donc pas lieu de triompher de notre attitude nouvelle : ne pourrions-nous même pas dire qu'elle échappe mieux à ses atteintes que ce qui reste malgré tout de naïvement dogmatique dans le positivisme de Comte ? Tant qu'on ne voit dans la reconnaissance de la vérité qu'une soumission passive à une donnée qui s'impose, combien il est facile d'en contester la réalité Soit le fait le plus simple, le plus évi-
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dent : j'écris en ce moment même sur ce papier quelques réflexions qui se sont présentées à mon esprit. — J'écris, dis-je, en suis-je bien sûr ? puis-je donner la preu ve que je ne rêve pas, que je ne suis pas l'objet de quelque hallucination ? — question tant de fois posée, et jamais résolue, si l'on attend pour la résoudre une rigoureuse démonstration. Tout ne devient-il pas plus simple si je ne compte pas sur autre chose que sur une décision raisonnable de l'activité qui veille en moi, qui réfléchit et qui juge? Ucie infinité d'éléments de toute espèce, dont l'analyse serait impossible et qui tiennent aux racines de -ma vie entière, souvenirs, désirs, prévisions, gestes, manifestations de toutes sortes de mon être physique et moral, s'accordent avec le fait que j'écris en ce moment, et me font décider, malgré quelques raisons d'en douter, que je dois le proclamer réel. Je me dégage du débat, je pose la vérité du fait, avec le sentiment que je ne cède pas à une nécessité extérieure, mais que consciemment, spontanément, je veux m'en tenir à cette vérité ; ou, si Ton préfère.
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avec le sentiment que je suis dans les conditions où tout être normal et sain prendrait aussi spontanément ce parti. N'attendant plus la manifestation impossible d'une lumière qu'on ne puisse pas ne pas voir, ne posant plus la question d'une réalité dogmatique qui s'impose avec nécessité, en appelant au contraire du fond même de mon âme au jugement spontané et libre d'une sorte de conscience du vrai, ne suis-je pas par là même au-dessus des coups du sceptique le plus endurci ? Et si cela dojt s'admettre, comme le soutenaient déjà Arcésilas et Carnéade contre les Stoïciens, à propos d'un fait aussi brutal, combien n'est-ce pas plus frappant encore pour les spéculations de la science théorique? Peut-on songer à comparer, en face du scepticisme, les embarras de celui qui affirme la réalité complète des principes de la science rationnelle, et la sécurité du penseur qui a le sentiment de s'être arrêté pour chacun d'eux à une décision raisonnable et spontanée. L'intervention de notre volonté fixant en des résolutions conscientes et réfléchies des idéaux auxquels elle
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convie tous les esprits, pour faciliter et guider les démarches futures, est donc loin de laisser tomber aux prises du scepticisme l'échafaudage grandissant de la science spéculative.
Est-ce (l'un autre côté que quelque danger serait à redouter? La ligne de démarcation risque-t-elle de disparaître entre l'œuvre des savants et la rêverie des mystiques ? Si l'on est disposé à nommer mystique toute affirmation qui dépasse l'expérience et la logique pure, et où tout n'est pas rigoureusement expliqué, il sera bien vrai que toute science est mystique par le seul fait qu'elle ne se contente pas d'être un registre d'observations, et qu'elle se garde de s'immobiliser dans les tautologies qu'autorise seules le principe d'identité. Mais alors qui pourrait s'en plaindre ? le mysticisme deviendrait synonyme du mouvement spontané par lequel l'esprit fait la connaissance elle-même ; il y aurait du mysticisme non pas seulement dans les énoncés des grandes lois de l'univers, mais jusque dans les postulats les plus universellement acceptés des mathématiques,
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— car nous n'avons plus à démontrer aujourd'hui qu'ils sont synthétiques, — et même jusque dans le moindre syllogisme ; — car nous savons bien que le principe de contradiction ne suffit pas à relier la conclusion aux prémisses. Et ce ne sont pas .seulement alors des hommes comme Descartes et Kant qui seraient mystiques, c'est même Aug.
Comte, soit par son affirmation de l'existence des lois et de leur extension à tous les phénomènes, soit plus généralement par son attachement à l'ordre, à la synthèse organique, à l'harmonie, comme à un guide général de sa pensée. Aussi n'est-ce pas de la sorte que peut se justifier quelque inquiétude. Ce qui effraie dans le mysticisme, ce n'est pas qu'il dépasse cette intelligence discursive faite d'expérience et d'analyse, c'est bien plutôt évidemment qu'il implique l'abandon de soi-même, de sa raison, l'abdication de sa pensée, de sa réflexion, le renoncement aulibre examen, à la méditation critique, bref le renoncement à tout ce qui est l'essence même de l'esprit scientifique. Mais est-ce là ce que peut faire craindre un appel de plus
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en plus intense aux sources actives de l'âme ? Comment pourrait-on confondre l'effort vigoureux de l'esprit qui se tend vers la vérité avec l'abandon de soi? Comment confondrait-on l'énergie avec le renoncement et la soumission? La conception d'une connaissance qui s'impose et devant laquelle nous n'avons qu'à nous incliner était bien plus favorable à l'attitude qu'on redoute, par la passivité à laquelle elle pliait l'esprit, que l'idée d'une science que nous créons et qui ne saurait se passer de la participation active de toute notre âme. Cette action, va-t-on dire, risque d'être irréfléchie, et de se traduire par des élans impulsifs qui se passent de tout examen, et même de toute exigence de pensée claire ! C'est une erreur. Par cela même que les vérités formulées sont en partie notre œuvre, notre responsabilité est d'autant plus engagée, et le sentiment le plus élémentaire de notre devoir envers nous-mêmes et envers nos semblables nous impose des exigences d'autant plus étroites de réflexion, de libre examen, de minutieuse critique. Il ne saurait être ques-
tion de donner aux affirmations énoncées l'évidence immédiate qui leur viendrait d'une démonstration impossible, ni dedeman der à l'analyse et à la logique de rendre compte à elles seules de ce qui les dépasse assurément ; mais il nous reste l'obligation la plus stricte de nous mettre en garde contre ce qu'il y a d'accidentel en nous-mêmes - r d'aller assez au fond de notre être pour dépasser notre individualité et pénétrer dans ce qui est véritablement l'humanité ; de nous tenir en défiance contre les influences particulières qui ont agi sur nous, les préjugés au milieu desquels nous avons vécu, la religion où chacun de nous a été élevé, les luttes auxquelles nous avons été plus ou moins mêlés, les lectures spéciales qui ont imprégné de leur marque notre esprit tout jeune encore, etc. Certes il n'est pas facile de dire comment nous réussirons à distinguer ainsi dans la vie totale de notre âme les élans capables de s'universaliser, les suggestions qui porteront en elles-mêmes leur propre force d'expansion et pourront reproduire dans tous les esprits la conviction qu'elles
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suscitent en nous, — et les inspirations qui nous sont personnelles. Mais du m< nous comprendrons tous en p l'effort consciencieux, réfléchi, nous imposerons pour faire cette d et nous aurons tous le sentiment effort surtout consistera l'acte es notre raison. En particulier, nou:
ce qu'il y aurait d'exceptionnel attitude qui supprimerait en nou éléments vitaux de notre âme, et prétexte de dépasser l'intelligence, nierait. C'est pourquoi la cons< notre activité créatrice dans l'œi science, loin de nous entraîner à <îe nous-mêmes, à l'irréflexion, ment exclusif, nous commande au un attachement de plus en plus et ce qui était jusqu'ici la marque la [ téristique de l'esprit scientifique, ; possession de tout notre être, de r gie, de notre volonté, à l'examen cussion, à la poursuite de ce nommons tous la clarté, l'intellig:
ce qui n'est pas la logique pure.
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la mesure même où nous échappons à la passivité de l'esprit découvrant le donné, et où nous nous pénétrons de sa part de spontanéité dans la construction de la science théorique ; dans la mesure même où nous nous éloignons à cet égard de l'attitude positiviste, et mettons davantage en cause notre responsabilité personnelle, nous nous armons plus fortement aussi contre toute velléité de mysticisme.
Et maintenant que nous voici rassurés sur cette conception nouvelle de la science rationnelle, montrons que, loin de se présenter en réaction contre celle de Comte, elle s'offre au contraire comme la suite naturelle de ses trois états.
L'explication des choses a commencé par être théologique. Les phénomènes qui nous frappent sont attribués à une volonté divine, extérieure à nous-mêmes, extérieure à l'humanité, de sorte que nous sommes les témoins passifs de ses décrets. Déjà cependant, sans
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sortir de ce premier âge, révolution que signale Comte du fétichisme au polythéisme, puis au monothéisme, correspond à un éveil de plus en plus marqué de l'âme humaine, à une pénétration de plus en plus accentuée de notre pensée dans l'action des dieux.
Le passage du fétichisme au polythéisme est particulièrement édifiant. L'esprit s'en était remis pour chaque phénomène à une divini té spéciale, de façon à supprimer tout problème, toute question, et à réduire au minimum le mouvement intérieur de l'âme à la recherche d'une explication. C'était la passivité absolue, c'était l'inertie complète de tout ressort intime de notre être. C'était, comme dit Comte, « la torpeur de l'entendement humain, alors ainsi dispensé même de créer la fiction facile des divers agents surnaturels, et se bornant à céder presque passivement à la pente naturelle qui nous entraîne à transporter au dehors ce sentiment d'existence dont nous sommes intérieurement pénétrés "... » Peu à peu les fétiches qui
1 Cours de Phil. pos., t. V, 5a® leçon.
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remplissent le monde font place à des dieux plus éloignés, moins immédiats, moins concrets. Il n'ya plus un fétiche pour chaque phénomène, mais une divinité imaginée pour toute une classe de phénomènes. Cette généralisation est la première tentative spontanée de transformer pour son compte la réalité extérieure. « Les dieux proprement dits diffèrent essentiellement des purs fétiches par un caractère plus général et plus abstrait, inhérent à leur résidence indéterminée. Ils administrent chacun un ordre spécial de phénomènes, mais à la fois dans un grand nombre de corps, en sorte qu'ils ont tous un département plus ou moins étendu ; tandis que l'humble fétiche ne gouverne qu un objet unique dont il est inséparable... Lorsque, par exemple, la végétation semblable des différents arbres d'une forêt de chênes a dû conduire enfin à représenter, dans les conceptions théologiques, ce que leurs phénomènes offraient de commun, cet être abstrait n'a plus été le fétiche propre d'aucun arbre, il est devenu le dieu de la forêt. Voilà donc le passage intellectuel du
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fétichisme au polythéisme réduit essentiellement à l'inévitable prépondérance des idées spécifiques sur les idées individuelles, au second âge de notre enfance, aussi bien sociale que personnelle '... » Dans cette intervention active de l'intelligence humaine, Comte voit la première manifestation de l'esprit métaphysique. Et au fond, c'est la même chose que nous voulons exprimer ; car Aug.
Comte voit par là la donnée théologique entamée par la pensée humaine, les volontés extérieures diminuées au profit de ridée, qui, provisoirement au moins, en attendant de se figer dogmatiquement en théologie d'une autre forme, exerce son activité critique dans la représentation qu'elle se fait de l'univers. D'ailleurs, une fois la transformation effectuée, et les dieux devenus moins . nombreux, plus lointains et plus abstraits, c'est autant de liberté que gagne l'esprit, autant de champ disponible pour sa propre activité.
Le passage du polythéisme au mono-
1 Cours, 5a - leçon.
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théisme est, pour ne pas sortir du premier âge, le terme extrême de ce mouvement.
L'intervalle s'agrandit de plus en plus entre les données immédiates qui excitent l'activité de l'esprit et le terme qui arrête son essor, l'absolu extérieur qui rend désormais tout effort inutile, puisqu'il apporte la réponse définitive à toutes les questions. Le monothéisme, Comte y insiste souvent, est particulièrement favorable à l'éclosion de toutes les énergies de l'âme, de toute spontanéité, de toute liberté de penser. L'âge métaphysique en sort naturellement.
C'est le règne des entités. Nous donnons un corps, une réalité substantielle à des abstractions, et y voyons les agents qui produisent les phénomènes. Par la substitution d'une infinité de causes extérieures à un Dieu unique, il peut sembler d'abord que le passage du monothéisme à l'état métaphysique ne fasse qu'accroître, en face et en dehors de l'esprit, la puissance qui le domine. A y regarder de plus près cependant, le progrès est manifeste au contraire dans !e sens de son émancipation. Les entités, les
LA LOI DES QUATRE ÉTATS l63
substances, sont des éléments inférieurs, dépourvus de volonté, et leur puissance est tout entière dans ce fait qu'elles sont comme la source de certains phénomènes. Par ellesmêmes, et en dehors des manifestations spéciales que nous connaissons d'elles, elles sont inertes. Ce ne sont pas des agents devant lesquels s'incline notre esprit comme il s'inclinait devant une puissance divine ; il les manie au contraire et les utilise ; il les asservit à son activité. Et pourtant, ce sont encore là des êtres ayant en face de nous une existence indépendante, des absolus inaccessibles en eux-mêmes; nous ne pénétrons pas dans leur essence profonde , celle-ci nous est tout à fait étrangère ; et, comme elle constitue la seule réalité qui compte, la science se fait d'éléments qui, s'ils ne dominent plus l'esprit, lui sont complètement extérieurs, et forment autant d'obstacles- nécessaires qui limitent ses efforts et son action .
L'âge positif les supprime, et la science ne connaît plus les causes, au vieux sens du mot, ni les agents, ni les substances : il
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n'y a désormais pour elle que des phénomènes et des lois. Or 'qu'est-ce qu'un phénomène, sinon une apparence, c'est-à-dire un ensemble plus ou moins complexe de sensations, d'impressions, de représentations, c'est-à-dire enfin un élément de notre vie psychique? Les lois expriment les successions constantes de ces éléments, telles que par l'intermédiaire des sens notre conscience nous les révèle. De sorte qu'en somme la science se iait maintenant de matériaux qui ne ront plus extérieurs à l'esprit, qui ne s'opposent plus à lui, qui sont au contraire comme quelque chose de lui. Il n'y a plus de réalité absolue, indépendante de notre pensée. Notre intelligence, en élaborant la connaissance humaine, ne doit plus se heurter à des obstacles infranchissables ; elle doit désormais se mouvoir dans un monde qui n'a de sens et de réalité qu'à la lumière intérieure qui fait sa propre essence.
L'émancipation est-elle complète ? et cette marche progressive du dehors vers le dedans qui nous a conduits par degrés des volontés extérieures toutes puissantes jusque dans le
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dans les lois énoncées, mais il déclare que notre grand avantage sur les anciens vient de ce que nous ne croyons plus comme eux à la valeur objective de ces lois : « Nos ressources à cet égard sont bien plus étendues, précisément parce que nous ne nous faisons aucune illusion sur la réalité de nos hypothèses, ce qui nous permet d'employer sans scrupule, en chaque cas , celle que nous jugeons la plus avantageuse \ » C'est là un mot échappé à Aug. Comte, et qui ne s'accorde guère avec son attitude générale ; mais il est significatif, et il suffirait à montrer que Comte a eu parfois le sentiment assez net du rôle que joue dans la science rationnelle cet élément de choix et de décision volontaire dont nous avons parlé.
On a la même impression, quand il recommande aux savants l'hypothèse du dualisme chimique, d'après laquelle toute combinaison est binaire. « La discussion sur ce dualisme, dit-il, peut se réduire à établir que la chimie actuelle devrait profiter avec plus d'ha-
1 s3 e leçon.
S QUATflE ETAIS
bileté, pour la simplification de fondamentales , du degré d'in que la nature de ses recherches 1 sairement quanta la constitutior corps. Le mode réel d'aggloméra particules élémentaires nous éta:
ment inaccessible, et ne pouvan nullement le vrai sujet de nos et ques , nous avons toujours , pa faculté rationnelle , dans la s circonscrite de nos recherches f recevoir la composition immé substance quelconque comme binaire, de manière à représenter avec une pleine exactitude, tou:
mènes appréciables que la chimii offrir, à quelque état de periec qu'on la suppose jamais par Ainsi, je ne propose point le du versel et invariable comme une I la nature que nouç ne pourrions j le moyen de constater; mais je p artifice fondamental de la vraie chimique, destiné à simplifier conceptions élémentaires, en usa
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sèment du genre spécial de liberté resté facultatif pour notre intelligence, d'après le véritable but et l'objet général de la chimie positive. Ma pensée à ce sujet me paraît maintenant assez clairement formulée, pour devenir exactement jugeable pour tous les chimistes philosophes, à la haute méditation desquels je dois désormais l 'abandonner ' . . . »
Ne croirait-on pas, en cette page si singulière dans l'œuvre de Comte, retrouver le ton habituel de M. Poincaré lui-même , parlant des postulats de la géométrie? et cette liberté laissée à l'intelligence, et livrée. à la méditation des chimistes philosophes n'est-elle pas au fond celle que réclame M. Leroy ?
Un exemple plus saisissant, nous semble— t-il, est donné par l'exposé des notions fondamentales du calcul infinitésimal. Historiquement, il y a eu trois conceptions des principes de ce calcul : celle de Leibniz, fondée directement sur la différentielle ; celle de Newton fondée sur les fluxions ; et celle
* 36' leçon, t. III.
Tft.f-
de Lagrange qui ne fait intervenir que les dérivées. La deuxième se rapproche de la troisième , et celle-ci a les préférences de Comte, quand il s'agit de comprendre ou de faire comprendre le langage mathématique.
Quant à la première, d'une part c'est la meilleure de beaucoup, la plus commode, la plus pratique, la seule avec laquelle on puisse vraiment traiter le moindre problème un peu compliqué ; tous les géomètres le savent : « La conception de Leibniz, dit Comte, présente incontestablement, dans l'ensemble des applications, une supériorité très prononcée, en conduisant d'une manière beaucoup plus rapide, et avec bien moins d'efforts intellectuels, à la formation des équations entre les grandeurs auxiliaires.
C'est à son usage que nous devons la haute perfection qu'ont enfin acquises toutes les théories générales de la géométrie et de la mécanique. Quelles que soient les diverses opinions spéculatives des géomètres sur la méthode infinitésimale envisagée abstraitement, tous s'accordent tacitement à l'employer de préférence, aussitôt qu'ils ont à
traiter une question nouvelle, afin de ne point compliquer la difficulté nécessaire par cet obstacle purement artificiel, provenant d'une obstination déplacée à vouloir suivre une marche moins expéditive. Lagrange luimême, après avoir reconstruit sur d^ nouvelles bases l'analyse transcendante , a rendu, avec cette haute franchise qui convenait si bien à son génie, un hommage éclatant et décisif aux propriétés caractéristiques de la conception de Leibniz, en la suivant exclusivement dans le système entier de la mécanique analytique. Un tel fait nous dispense, à ce sujet, de toute autre réflexion 1 ».
Mais, d'autre part, cette conception de Leibniz n'est pas aisée à comprendre, au sens purement intellectuel de ce mot ; et c'est même pour cette raison qu'après les discussions infinies qui l'avaient accueillie, Lagrange avait cru devoir la transformer.
Dira-t-on, comme Carnot, que les équations leibniziennes sont inexactes, mais que les
j Tome I, 6° leçon.
erreurs volontairement commises se compensent ensuite ? «Mais cela seul n'est-il pas un inconvénient radical , que d'être obligé de distinguer, en mathématique, deux classes de raisonnements, èeux cjui sont parfaitement rigoureux, et ceux dans lesquels on commet à dessein des erreurs qui devront se compenser plus tard ? Une conception qui conduit à des conséquences aussi étranges est sans doute, rationnellement, bien peu satisfaisante *. La fera-t-on rentrer dans la méthode des limites pour chaque question particulière ? « Une telle transformation enlève presque entièrement à la conception de Leibniz les avantages essentiels qui la recommandent si éminemment, quant à la facilité et à la rapidité des opérations intellectuelles. » Comte n'hésite pas à déclarer sans détour que, logiquement, la conception de Leibniz est tout à fait mauvaise. « Quani à la considérer en elle-même et sous le rapport logique, on ne peut s'empêcher de reconnaître avec Lagrange qu'elle est radicalement vicieuse, en ce que, suivant ses propres expressions, la notion des infi-
niment petits est une idée fausse, qu'il est impossible en effet de se représenter nettement, quoiqu'on se fasse quelquefois illusion à cet égard. L'analyse transcendante ainsi conçue présente, à mes yeux, cette grande imperfection philosophique de se trouver encore essentiellement fondée sur ces principes métaphysiques, dont l'esprit humain a eu tant de peine à dégager toutes ses théories positives. Sous ce rapport, on peut dire que la méthode infinitésimale porte vraiment l'empreinte caractéristique de l'époque de sa fondation et du génie propre de son fondateur ».
Ainsi ' voilà une notion qu'aux yeux de Comte on ne peut remplacer en réalité par aucune plus claire, sans perdre les avantages spéciaux qu'elle présente dans les applications qu'on en fait, — qu'on ne peut par conséquent pas ramener à d'autres plus simples, de façon à l'expliquer aux yeux de l'intelligence pure ; voilà une notion fausse, ^empreinte de métaphysique, et qui pourtant est absolument fondamentale, puisque sur elle repose tout l'édifice de l'analyse infini-
tésimale, et qui a suffi à augmenter à l'infini le champ des sciences mathématiques. Est-ce à dire que le mathématicien a quelque peine à se l'assimiler, et à la faire servir à son usage constant ? Comte sait bien le contraire ; il sait qu'elle a été prodigieusement féconde au temps même où elle jetait le trouble le plus profond chez ceux qui voulaient la comprendre ; il sait qu'à s'y exercer on y adapte aisément l'effort de son esprit ; il répéterait volontiers sans doute le mot de d'Alembert : « Allez de l'avant, la foi vous viendra ». Et cela signifierait non point évidemment que le savant s'abandonne, ea révolte contre son intelligence , et croit « parce que c'est absurde», mais bien qu'en s'assimilant de toutes les forces de son activité, par un exercice continu, les concepts mathématiques , on résout les difficultés auxquelles ne suffirait pas un simple appel aux données de l'expérience ou de la logique, on les fait, revivre dans son esprit tels qu'ils apparurent au génie de leurs créateurs.
Ces quelques exemples montrent assez que Comte, s'il se fût arrêté davantage sur quel-
ques unes de ses propres réflexions, eût été bien près de renoncer à ces exigences d'un positivisme rigoureux qui, dans le tableau de la science contemporaine, lui font voir à chaque instant le terme extrême atteint pat l'activité de l'intelligence, et qui l'amènent à enserrer les progrès futurs dans de si étroites limites.
Mais ce n'est pas seulement par son étude scrupuleuse des conceptions fondamentales de la science que Comte nous prépare à rendre toute sa valeur à l'énergie interne et profonde de notre âme. Ne peut-on dire qu'il nous y incite encore par quelques-unes des idées qui se dégagent avec le plus de force de sa philosophie du progrès ?
A la base même de, celle-ci se trouve, comme on sait, la notion du consensus social. Tous les éléments de l'organisme social sont liés les uns aux autres, sont solidaires les uns des autres, de telle sorte qu'il soit aisé de concevoir la transformation totale et régulière de l'organisme sous tous ses aspects, si l'on peut saisir dans son développement continu quelque manifestation de
la vie de l'humanité. Or, il en l'évolution progressive s'impose c'est la pensée, c'est l'intelliger science, et réfléchissant de mit l'ordre extérieur des choses. Tt core et commençant à peine à grandes lignes de sa philosopha mait ainsi dans une lettre à se où il était plus partïculièremen politique : « Cette théorie, c systèmes (ceux du siècle demi conçus et portent à faux. Tu proposition de cette importai guère se démontrer dans une It te prierai seulement de fixer tôt tion sur ce fait, qui est la clef philosophie, et auquel tu n'a probablement jusqu'à présem toutes les connaissances humain sant de siècle en siècle, et qui ttons et les idées politiques de cl d'un peuple doivent être rela des lumières chez ce peuple que... » (15 mai 1818). L'élén tuel," par lequel s'offre direct
l'âme humaine le retentissement des réalités extérieures, voilà cj[uél est aux yeux de Comte le guide constant de toutes les transformations, celui qui, progressant d'une manière continue, entraîne à sa suite le progrès total de l'humanité. Si bien que la loi qui résumera le mieux l'histoire de ce progrès, c'est la loi des trois états, laquelle fait correspondre toutes les transformations de Porganisme social aux aspects successifs de l'interprétation générale des choses par l'intelligence de l'homme. La pensée conduit et explique le développement de l'humanité dans son ensemble.
D'autre part, l'idée de progrès, c'est -"à-dire la marche régulière et harmonieuse d'un ensemble d'éléments solidaires les uns des autres, ne trouve finalement sa clarté que dans la notion de la vie. On sait le rôle énorme que joue celle-ci dans l'esprit de Comte. Au milieu de la diversité irréductible des phénomènes, il est surtout frappé de l'hétérogénéité radicale des choses inorganiques et des choses organisées. Avec le consensus vital s'établit un élément de syn-
thèse qui va jusqu'à changer 1 de la science : tandis que dat inorganique, les faits isolés, d'i séparément, amènent à constiti la connaissance générale, il de sible en face des phénomènes les dégager chacun ou même consensus qui les unit ; il dévie de procéder non plus du particu rai, comme il semblait que ce règle universelle de toute scienc du général au particulier. Et C par ce général l'ensemble des le térisent le consensus lui-même, vent par conséquent sans excep faits qui s'y rattachent. L'étui exige la naissance d'un état < veau, caractérisé par le renoncerr cation analytique, à la recherche faits ou idées, dont il suffirait somme, l'addition pure et simp!
naître et comprendre. Cet état sciences inférieures seraient même incapables de le produ pourquoi le maniement de la
^«V-warr
indispensable à la formation de ceux à qui sera confiée la direction morale de l'humanité. En particulier, la notion de la vie pourra seule faire disparaître l'antinomie du statique et du dynamique, de l'ordre et du progrès, comme l'exige la philosophie positive. Seule, elle expliquera la possibilité du mouvement dans la stabilité, du développement de Tordre, du progrès.
Est-il bien difficile alors de faire un pas de plus, et de rapprocher ces conclusions sur lesquelles Comte aime tant à insister?
D'une part, la pensée guide et explique le mouvement général de l'humanité ; c'est elle qui contient le germe du développement total ; c'est elle qui progresse, entraînant tout l'ensemble; — et d'autre part, le consensus vital tel qu'il nous est donné, nous apporte le seul exemple de progrès effectif ; nous ne concevons le progrès que par la vie ; n'est-il pas naturel de dire que la pensée* ne saurait donc se séparer de la vie, et que, dans l'humanité, par conséquent, dans l'homme, la pensée est essentiellement unie à toutes les manifestations de la vie, que
finalement penser et connai certaine manière participer à de l'être. Et ainsi, comme I l'apparence d'un intellectual préparait la philosophie de 1 guste Comte, plus inconsc doute, nous disposait déjààui à la pensée l'activité profonds
La Fcience théorique, qua sentait dans le positivisme de la simple découverte des lojs nous, s'étendait à tous les l'a sent l'humanité jusqu'à ceux et moral : pénétrée des éléme néité et d'activité créatrice qui y voir, elle se prêtera bien a l'unité de démarche de la rs en énonçant les lois du mont monde physique. Au nom c morale, qui semble séparer s les commandements de la c constatations de l'astronome o
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on se refuse d'ordinaire à rapprocher les deux domaines. Mais c'est mal poser la question. De part et d'autre, nous nous trou— vons en présence d un postulat initial, puis de faits et de lois. Quant au postulat qui s'énonce d'un côté : « tu dois », et de l'autre : « il y a une vérité », maintenons toute la distance que Ton voudra : ni la morale ni la science positive ne sont dans ces formules. Il s'agit essentiellement pour l'homme de connaître où est son devoir et de poursuivre la vérité. Or des deux côtés les faits s'offrent à lui, qui l'excitent à les dépasser sans cçsse par des notions et des lois; des deux côtés, c'est l'activité de son esprit qui veut sans cesse proposer quelque idéal théorique , comme un échelon sur lequel on acceptera de s'élever ensemble pour monter ensuite plus haut. Sans doute, les éléments d'où dépendront la vitalité et la fécondité de l'idéal ainsi posé ne seront pas identiques pour l'astronome et le moraliste, en ce sens que le contrôle de l'expé- ' rience et le succès de la prévision joueront un rôle infiniment plus considérable pour
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lumière j aussi bien des lois du système solaire que de l'idée religieuse. Bref, la science positive nous apparaît maintenant comme un des aspects de la raison, et, par conséquent, comme une partie intégrante de l'œuvre que celle-ci poursuit indéfiniment dans tous les domaines, forte d'une activité spontanée qui n'admet aucune barrière à son essor.
Mais est-ce bien là, dira-t-on, une conception qui se puisse proposer comme consécutive à la loi des trois états? N'est-ce pas, sous prétexte de former une suite naturelle aux premières étapes, l'oubli complet des résultats acquis, le renoncement de l'esprit à ses conquêtes les plus précieuses? Ne dit-on pas que la raison, dans ses incessants efforts, s'attache à des préoccupations dont quelques-unes rappellent l'âge métaphysique et même l'âge théologique ? — Qu'on y prenne garde cependant : c'est en pleine liberté, en toute spontanéité, en tant qu'elle est la propre émanation des sentiments et des idées qui caractérisent l'âme humaine, que la raison s'abandonne à son élan, au
mépris de tous les obstacle gique et l'âge métaphysiqi somme la soumission de l'es lus extérieurs, devant le; s'incliner ; l'âge positif le d tyrannie, mais lui prescriva:
cipline d'abdication. Au c cette marche progressive di dedans, des éléments extériei vers le jeu des ressorts ii énergie, n'est-il pas nature berté reparaissent, mais dan veau, toutes les recherches t intéresser à quelque degré!
certaines préoccupations o seule un asservissement : le se distingue essentiellement néité libre de la vie intérieu Ne sera-ce pas là, va-tun retour pur et simple à ce sique, caractérisé non par le tés, mais par l'esprit critiqui libre examen, que Comte r inséparable de l'anarchie i auquel ses préoccupations
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ont fait substituer l'âge positif? — Il y a assurément quelque parenté entre ce que nous avons nommé le quatrième état et cet âge de libre examen. Le lien qui les rapproche est l'esprit critique s'attaquant à toute domination extérieure ; mais tandis que celui-là semblait ne valoir que pour détruire, et se présentait uniquement pour rendre possible un principe nouveau d'organisation, ce qui caractérise l'état actuel, c'est qu'il puise dans la liberté même l'élément le plus efficace d'unification des esprits, c'est qu'il ne sépare pas l'homme de l'humanité, et que bien au contraire il ramène l'effort individuel de penser librement et spontanément à une sorte de communion par la raison avec l'universalité des intelligences et des cœurs. C'est l'âge vraiment organique, parce qu'il organise et unifie du dedans et non plus du dehors ; parce que sa force d'union et d'accord vient du fond même où s'alimentent les so.urces vives de l'âme humaine.
Enfin, que c'est bien là un état, au sens
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actes avec la lumière intime de la conscience. Dans les questions les plus graves, nous pardonnons à nos adversaires de ne pas penser comme nous, dès que nous avons l' assurance de leur sincérité. Et même, en matière religieuse , si les dogmes condamnent à l'enfer quiconque n'adopte pas certaines croyances, ce n'est plus que du bout des lèvres, et par un reste de tradition superstitieuse qu'ils s'énoncent encore, ; les plus croyants témoignent par leur conduite même qu'ils entrevoient confusément la possibilité d'une interprétation qui concilie leurs croyances avec les droits imprescriptibles de la conscience morale.
S'il entre dans notre appréciation des actions humaines la considération d'influences extérieures, nous sommes eft tout cas moins décidés que jamais à demander compte à l'un de nos semblables de quelque fatalité qui pèserait sur lui et lui imprimerait comme une marque d'infériorité native. Ce n'est pas seulement l'antique destin qui nous répugne ; qui ne se refuserait aujourd'hui à déclarer un homme responsable des fautes
de ses ancêtres ? Qui ose qu'un enfant naturel n'a p à notre respect et à notrporte quelle autre créatun dogme chrétien semble er souvenir d'une sorte de du premier homme et de nité tout entière, nul doi exigences de la pensée n ne s'épure un jour définit!
symbole qui en fasse d : spa ralitê. Les conditions d dignité ne sauraient pli cherchées en dehors du f conscience individuelle.
Est-ce à dire que la c de l'esprit moderne se rés ment sans fin desconscier évident au contraire que 1 humaine fait chaque joi nous amène à rattacher plus en plus étroits la nous à celle de la Société pas que toutes les notion; morale ne prennent auj<
complet que par la substitution progressive du point de vue social au point de vue individuel? — Oui, sans doute, mais il est aisé de montrer en même temps que la préoccupation qui guide les esprits de notre temps, c'est d'atteindre par là à l'accroissement de la personnalité de chacun, au plein développement de son être, à l'affermissement de tous les ressorts intimes, de toutes les énergies de son âme.
L'idée fondamentale de solidarité a pu s'entendre parfois comme un effacement de l'individu dans l'unité organique totale.
C'est celle par exemple qui se dégage très clairement de la philosophie de Comte.
Celui-ci a beau se défendre d'assimiler l'individu à un rouage qui aurait son rôle passif dans le consensus social, il mesure au fond sa valeur à la fonction qu'il lui assigne dans ce vaste organisme dont il est partie intégrante et qui constitue l'humanité. Et il a semblé d'abord aux successeurs d'Aug.
Comte que le devoir de solidarité était inséparable de la négation des droits de la personne, envisagée comme fin en soi. Que
cela est déjà lointain, fait aujourd'hui contn c'est ce que montre, toute récente de M. ' commune de solidarité mai 1901). Elle dénc confusion des deux id< boration et négation t droits, et conclut que, cette confusion ne pei de l'idée de solidarit< cience hésite à l'accep se fonder sur la négai ses droits et imposer sa personne tout en recule devant cet expar la révolte d'un im che en vérité trop fa< mais par le sentiment de morale hors du dr< faut donc, si l'on et de solidarité et si 1 succès, s'efforcer d'er ce qui s'y mêle indûn En est-il d'autres mo
l'illusion qui assimile la solidarité de fait, origine et occasion du devoir de solidarité, à la dépendance absolue de l'individu dont les droits et la réalité même se trouvent ainsi mis en question * ?. . . » — L'homme dépend de ses semblables, dira-t-on. Oui, mais dépendance n'est pas nécessairement soumission. L'individu pourrait n'être qu'une comme d'éléments sociaux ? — Soit encore, mais « il suffit, pour que se pose par delà le fait, le problème moral du droit, que la personne ait conscience de soi, qu'à ce titre elle se conçoive comme une fin pour ellemême, qu'elle tende à s'affranchir et qu'elle y puisse en quelque mesure réussir. Or, qu'elle s'y efforce et quelle y réussisse, c'est çë que l'expérience montre assez clairement. * »
1 Page 378.
1 Page 38o. — Dans ce besoin de réagir contre l'illusion positiviste à propos de l'idée de solidarité, M. Cantecor sent bien vite qu'il y a au fond uii besoin de s'adapter à la pensée contemporaine et du mouvement général qui marque le progrès de l'esprit humain. Il dit en des termes qui pourraient résumer à leur façon qùelqttes-uneis des idées que nous avons exprimées dans notre cours de cette année et que nous reproduisons dans ces pages : « On pourrait aller jusqu'à dire que l'affranchissement progressif de la personne est la loi même de l'histoire et
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part un principe d'action continue, et d'autre part, avec l'assurance que nous ne faisons jamais assez pour chacun de nos semblables, un sentiment de responsabilité sociale dans son imperfection et dans ses fautes.
C'est ce que disait autrement naguère M. H. Michel dans son livre sur la Démocratie. « Si nous plaçons la démocratie, dans notre estime, fort au-dessus des autres formes politiques, c'est qu'elle suppose tout ensemble et favorise, chez tous les citoyens, le plus complet développement de la personne humaine. Il est temps de mettre quelque précision dans le sens de cette formule, si souvent employée. La démocratie suppose chez tous ses membres le développement complet des attributs de la personne humaine. Il va de soi, en effet, que le régime démocratique, pour donner tous ses fruits, veut que chaque citoyen ait acquis, soit par son effort propre, soit à l'aide d'institutions tournées vers cet objet, son maximum de valeur humaine 4 »
1 Cité parle Bulletin pour l'action morale, i ,r juin 1901, page 214.
+ JÏÂU If-
On nous dira sans ri n'est pas une doctrine Comte la trouvait, pou les économistes de la Mais allons droit à la qui semble le plus dire< son essence même à la — au socialisme collée <ie ses inspirateurs et di la préoccupation qui éclairer le public sur li tionsde la doctrine? C trer que le collectivism; à la liberté de l'indivi meilleure garantie. Pa:
brables où cette thèse t sons ces réflexions si él d'ardeur persuasive de droit supposer que lo système capitaliste et du prolétariat auront sociale, toutes ces for pensée et d'action vont dre ? De quel droit su] énergies se détendront
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