‹ Le positivisme et le progrès de l'esprit: études critiques sur Auguste ComteChapitre 11 sur 17 · LA LOI DES QUATRE ÉTATS IJJ · texte numérisé non relu

LA LOI DES QUATRE ÉTATS IJJ

thèse qui va jusqu^à changer l'esprit même de la science : tandis que dans le monde inorganique, les faits isolés, d*abord étudiés séparément, amènent à constituer peu à peu la connaissance générale, il devient impossible en face des phénomènes de la vie de les dégager chacun ou même par séries du consensus qui les unit ; il devient nécessaire de procéder hon plus du particulier au général, comme il semblait que ce dût être la règle universelle de toute science, mais bien du général au particulier. Et Comte entend par ce général Tensemble des lois qui caractérisent le consensus lui-même, et dont relèvent par conséquent sans exception tous les faits qui s'y rattachent. L'étude de la vie exige la naissance d'un état d'esprit nouveau, caractérisé par le renoncement à l'explication analytique, à la recherche d'éléments, faits ou idées, dont il suffirait de faire la somme, l'addition pure et simple, pour connaître et comprendre. Cet état d'esprit, les sciences inférieures seraient par essence même incapables de le produire, et c'est pourquoi le maniement de la biologie est

indispensable à h. formation de ceux à qui sera confiée la direction morale de l'humanité. En particulier, la notion de la vie pourra seule faire disparaître Tantinomie du statique et du dynamique, de l'ordre et du progrès, comme Texige la philosophie positive. Seule, elle expliquera la possibilité du mouvement dans la stabilité, du développement de Tordre, du progrès.

Est-il bien difficile alors de faire un pas de plus, et de rapprocher ces conclusions sur lesquelles Comte aime tant à insister?

D'une part, la pensée guide et explique le mouvement général de l'humanité ; c'est elle qui contient le germé du développement total ; c'est elle qui progresse, entraînant tout l'ensemble; — et d'autre part, le consensus vital tel qu'il nous est donné, nous apporte le seul exemple de progrès effectif ; nous ne concevons le progrès que par la vie ; n'est-il pas naturel de dire que la pensée ne saurait donc se séparer de la vie, et que, dans l'humanité, par conséquent, dans l'homme, la pensée est essentiellement unie à toutes les manifestations de la vie, que

Page 1