LA LOI DES QUATRE ÉTATS IQS
On nous dira sans doute que le libéralisme n'est pas une doctrine nouvelle, et que déjà Comte la trouvait, pour la combattre, chez les économistes de la fin du xviii® siècle .
Mais allons droit à la conception politique qui semble le plus directement s'opposer par son essence même à la liberté de l'individu, — au socialisme collectiviste. Dans les écrits de ses inspirateurs et de ses chefs, quelle est la préoccupation qui revient sans cesse éclairer le public sur les fausses interprétations de la doctrine? On veut nous démontrer que le collectivisme, lo^n d'être contraire à la liberté de l'individu, doit en être la meilleure garantie. Parmi des pages innombrables où cette thèse est soutenue, choisissons ces réflexions si éloquentes et si pleines d'ardeur persuasive de M. Jaurès : « Ue quel droit supposer que lorsque l'évolution du système capitaliste et la volonté organisée du prolétariat auront suscité la propriété sociale, toutes ces forces individuelles de pensée et d'action vont s'amortir et s'éteindre ? De quel droit supposer que toutes ces énergies se détendront quand la propriété
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universalisée offrira à toutes un aliment nouveau? Qu'est-ce en effet qu'une forme nouvelle de propriété ? C'est une forme nouvelle d'action
« Pour les deux classes antagonistes^ pour le prolétariat et pour la bourgeoisie, la révolution sociale sera une ascension. Elle apportera au prolétariat, sous des formes nouvelles de propriété, des garanties positives de liberté et de bien-être, des possibilités nouvelles d'action, et elle apportera à la bourgeoisie, avec le sens plein de son œuvre historique, une révélation de noblesse morale et de grandeur... Comment ce grand acte social qui établira entre les hommes, désormais réconciliés, toutes les forces d'orgueil, d'espérance et d'humanité, pourrait-il aboutir à une sorte d'atonie générale et d'universelle dépression? Comment les hommes, affranchis les uns de leur misère de classe, les autres de leurégoïsme de classe, se précipiteraientils à une servitude nouvelle ? Et comment, en assurant par la propriété sociale la propriété de tous, ne chercheront-ils pas aussi à porter au plus haut l'initiative et la liberté individuelle de tous ?
« A coup sûr certaines formes d'action, injustes et surannées, auront disparu. Il ne sera plus permis, ou plutôt il ne sera plus possible à un homme de faire travailler à son profit d'autres hommes : l'humanité aura chassé à jamais, comme le cauchemar d'une nuit mauvaise, le rêve du capitaliste qui peut tendre et qui tend à l'universelle domination et à l'universelle exploitation.
Mais l'homme est-il condamné à ne comprendre la liberté que comme la faculté d'exploiterd'autres hommes?.. . Il n'est plus permis aujourd'hui, il n'est plus possible d'avoir des esclaves : la liberté humaine en est-elle diminuée ?. . .
« Dans l'ordre socialiste, c'est bien la liberté qui sera souveraine. Le socialisme est l'affirmation suprême du droit individuel. Rien n'est au-dessus de l'individu. 11 n'y a pas d'autorité céleste qui puisse te plier à son caprice ou le terroriser de ses menaces.
L'homme n'est pas un instrument aux yeux de Dieu. Le mouvement socialiste exclut ridée chrétienne qui subordonne l'humanité aux fins de Dieu, à sa gloire, à. ses mysté-
rieux desseins. II exclut aussi ce spiritualisme vulgaire qui fait de Dieu un individu séparé du monde, plus fort que l'individu
humain et dangereux pour lui C'est
fini d'une force surhumaine écrasant et contraignant l'humanité. Dieu n^existera plus pourThomme que dans la mesure où il sera l'homme lui-même, prenant conscience de sa grandeur et de la beauté du mouvement universel où il concourt.
« Si rhomme, tel que le socialisme le veut, ne relève pas d'un individu suprahumain, il ne relève pas davantage des autres individus humains. Aucun homme n'est l'instrument de Dieu ; aucun homme n'est l'instrument d'un autre homme.., Mais pour qu'aucun individu ne soit à la merci d'une force extérieure, pour que chaque homme soit autonome pleinement, il faut assurer à tous les moyens de liberté et d'action. Il faut donnera tous le plus de science possible et le plus de pensée, afin qu'affranchis des superstitions héréditaires et des passivités traditionnelles, ils marchent fièrement sous le soleil. Il faut donner à tous
une égale part de droit p sance politique, afin que d homme ne soit l'ombre d'i afin que la volonté de chai direction de l'ensemble, t mouvements les plus vasi l'individu humain retrouve
« En vain dit-on que 1' arrivé au plus haut, sera a voyant plus rien au-dessus au-dessus de lui, il verra t«:
Toujours il pourra tendre plus de pensée, à plus d'an sèment parce qu'il sera dé contrainte et de toute ex[ géra sans cesse à se dével ser, à mettre en valeur tou
« La communauté inter rement pour coordonner la interviendra aussi pour pr de l'exploitation de l'hom Mais elle laissera le plus tiativedes individus et des aura tout entière le plus I muler les inventions, à n
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gies. . . Où donc le pouvoir central trouverait-il des moyens d'oppression, et pour quel intérêt opprimerait-il ? Il n'aura d'autre force que celle des groupes, et ceux-ci n'auront d'autre force que celle des individus. Toutes les puissances de progrès, de variété et de vie s'épanouiront, et la société communiste sera la plus complète et la plus mouvante qu'ait vue l'histoire.
« Depuis quelques années les « libéraux »
parlent beaucoup de décentralisation... Il n'est qu'une décentralisation vivante, c'est le communisme, car, en permettant à chaque individu humain de retenir tout le produit de son travail, il fait de tout individu un centre. Par le socialisme, la vaste harmonie de la vie générale se concilie avec la spontanéité des forces individuelles ; par lui, l'humanité est comme un fleuve où chaque flot est une source *. »
Si nous nous tournons enfin du côté des préoccupations religieuses, n'est-il pas évident d'abord qu'à côté des systèmes organi-
' Reifue de PariSy le' décembre 1898. Socialisme et Liberté,
ses de dogmes précis et de pu tQelIes constituant des religions sens du mot, apparaît de plus en [ dans l'âme de nos contemporains du cœur et de la conscience ? Le religieux semble souvent d'autani d'autant plus sincère, qu'il ne se tr rieurement par aucune formule d par aucun- geste imposé du deho puise toute son ardeur et t()ute sa des aspirations inhérentes à no profonde. Mais il y a plus, au c des religions organisées, dans officielles, pénètre bon gré mal l'impulsion de la pensée modem vement qui déplace peu à peu 1»
la vie de l'âme du dehors vers le la soumission vers la spontanéité de l'acceptation passive et défini!
liberté et le progrès.
La tendance est particulîèren santé dans le protestantisme. (, rapporte, parmi tant d'autres V Esquisse d'une philosophie de i Les fonctions mêmes de l'auteur
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tier était le doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris) et le succès retentissant du livre ne laissent aucun doute sur l'intensité d'un mouvement dont il apporte le témoignage continu de la première page à la dernière.
S'agit-il d'abord de l'origine et de l'essence de la religion ? Elle naît non d'une révélation extérieure, mais de la vie intérieure de l'homme, de la contradiction initiale de ses aspirations, de la détresse qui s'y révèle, du « sentiment inhérent à toute conscience individuelle de la dépendance où l'homme se trouve à l'égard de l'être universel * ». — «. La religion n'est rien si elle n'est pas l'acte vital par lequel l'esprit tout entier s'efforce de se sauver, en se rattachant à son principe. Cet acte, c'est la prière, par où j'entends, non pas un vain exercice de paroles, non pas la répétition de certaines formules sacrées, mais le mouvement de l'âme se mettant en relation personnelle et en contact avec la puissance mystérieuse dont elle
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