LA PHILOSOPHIE D^AUGUSTB COMTE
qu'on veut y voîr un principe organique, ne présente autre chose que rinfaillibilité individuelle substituée à Tinfaillibilité papale, l'autre ne fait de même que remplacer l'arbitraire des rois par l'arbitraire des peuples, ou plutôt par celui des individus, 11 tend au démembrement général du corps politique, en conduisant à placer le pouvoir dans les classes les moins civilisées, comme le premier tend à l'entier isolement ■des esprits, en investissant les hommes les moins éclairés d'un droit de contrôle absolu 5ur le système d'idées générales arrêté par les esprits supérieurs pour servir de guide à la société. » Ainsi s'exprimait Comte dans ses tout premiers écrits. A mesure que mûrit sa pensée, s'accentue aussi son attitude hostile aux révolutionnaires , aux protestants , aux philosophes déistes ou athées qui se réclament de Voltaire et de Rousseau. Ils ont aidé à préparer les temps nouveaux. Auguste Comte les considère donc comme des alliés nécessaires , dont il a bien fallu accepter le concours, mais qu'il n'aime pas et à qui il n'épargne pas sesVailleries. A cet égard, sa
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correspondance avec Valat, avec d'Eichthal, avec Stuart-Mill, est plus édifiante encore qae ses ouvrages. Il ne comprend pas qu'on puisse admirer Rousseau ; Voltaire, il l'accepte à la rigueur , sauf à lui reprocher son audace irrévérencieuse ; les protestants sont à ses yeux des agents de destruction et d'anarchie, par cela seul que leur doctrine se fonde sur le libre examen. D'une façon générale, il reproche à tous ces hommes de ne pas comprendre la beauté grandiose du passé ; et, sauf très peu d'exceptions^ comme Condorcet, par exemple, son admiration va aux défenseurs de l'ancien régime. Personne, pas même M. Brunetière, n'a voulu exalter davantage le génie de Bossuet. L'étude de la Cùé de Dieu de saint Augustin lui suggère cette remarque : « Plus je scrute ce sujet, mieux je me raffermis dans les sentiments où j'étais déjà il y a vingt ans, de nous regarder, nous autres, positivistes syslémariques , comme les vrais successeurs des grands hommes du moyen âge. » (Lettre à Stuart-Mill, 1845). Parmi les penseurs de son temps, s'il en est un pour qui il renou-
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velle sans cesse l'expression de sa sympathie •enthousiaste, c'est Joseph de Maistre. Combien il le juge au-dessus du chef de l'école libérale, de Benjamin Constant ! « Vous pouvez regarder, écrit-il à d'Eichthal, le livre de B. Constant sur les religions comme réfuté d'avance par de Maistre, qui y -est du reste traité fort lestement. A ce propos, je ne puis m'empêcher de vous faire part d une petite obser\'ation, c est que M. de Maistre a pour moi la propriété particulière <le me servir à apprécier la capacité philosophique des gens par le cas qu'ils en font. Ce symptôme , dont je me suis beaucoup servi, ne m'a encore jamais trompé. Guizot, malgré tout son protestantisme transcendant, le sent assez bien. . . » (Novembre 1824).
Pourquoi donc cette sympathie de Comte pour le régime théocratique du moyen-âge, ^t, par contre-coup, pour tous ceux qui en proclament la grandeur ? Mais tout simplement parce qu'à ses yeux, il a réalisé pendant longtemps l'organisation idéale d'un pouvoir spirituel qui faisait l'unité intellectuelle et morale de la société. A l'ancienne puissance
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catholique, il n'adresse qu'un reproche, ' c'est d'avoir été trop faible vis-à-vis du pouvoir temporel. « La puissance catholique, dit-il. bien loin de devoir être le plus souvent accusée d'usurpations graves sur les autorités temporelles, n'a pu au contraire ordinairement obtenir d'elles, à beaucoup près, toute la plénitude de libre exercice qu eût exigé le suffisant accomplissement journalier de son noble office, au temps même de sa plus grande splendeur politique, depuis le milieu environ du onzième siècle jusque vers la fin du treizième...; aussi, je crois pouvoir assurer que de nos jours, les philosophes catholiques, à leur insu trop affectés eux-mêmes de nos préjugés révolutionnaires, qui disposent à justifier d'avance toutes les mesures quelconques du pouvoir temporel contre le pouvoir spirituel, ont été en général beaucoup trop timides, sans excepter même le plus énergique de tous, dans leur forte défense historique d'une telle institution. . . Quoi qu'il en soit.... le catholicisme a rpu accomplir au moyen âge sa mission provisoire pour l'évolution fonda-
taie de l'humanité ; il a donné enfin au de par sa seule existence, l'ineffable >ple, suffisamment caractéristique mala coiifte période d'efficacité, de l'heu- ; influence capitale que peut exercer, e perfectionnement général de notre ibilité, rintroduction convenable d'un pouvoir spirituel'. » Et déjà d'ailleurs, un opuscule de 1826, il avait énergilent blâmé les révolutionnaires de s'éleontre un pareil pouvoir : « De tous les igés révolutionnaires, écrivait-il, en- Irés pendant les trois derniers siècles par cadence de l'ancien système social, le ancien, le mieux enraciné, le plus uniîllement répandu, et le fondement génée tous les autres, c'est le principe en i duquel il ne doit pas exister dans la été de pouvoir spirituel, ou, ce qui re- : au même, l'opinion qui subordonne jlètement ce pouvoir au pouvoir tempc- Les rois et les peuples qui luttent plus loins ouvertement sur toutes les autres
leçon du cours le F hilotopkié primitive
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parties de la doctrine critique, sont parfaitement d'accord sur ce point de départ, » et plus loin : « La décadence de la philosophie théologique et du pouvoir spirituel correspondant a laissé la société sans aucune discipline morale. » De là toute une série de conséquences funestes dont la première est à ses yeux « la divagation la plus complète des intelligences. . . »
La conclusion, c'est que, pour réorganiser la société, il faut avant tout faire naître un pouvoir spirituel qui rétablisse Tordre, l'harmonie entre les intelligences, qui impose à tous les mêmes croyances, les mêmes opinions, et qui rende aux hommes dans la vie privée et dans la vie publique, la direction morale qu'ils ont perdue.
Va-t-il donc pour cela se joindre aux partisans de TEcole catholique et demander le retour pur et simple au passé ? — Non, certes; Tétat théocratique de la société, décla- , re-t-il, est désormais impossible. Pourquoi ? Mais tout simplement parce qu'il appartient au passé, parce que l'humanité a marché, et qu'elle ne revient pas en arrière. C'est ici
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une idée fondamentale qu'il nous faut comprendre, et qui, si elle ne se confond pas absolument avec ridée d'ordre nécessaire, s*v rattache pourtant d'une façon très étroite.
Auguste Comte emprunte à Condorcet la notion du progrès social, mais qu il y a loin à cet égard deTun à l'autre! Il y a toute la distance des tendances révolutionnaires et critiques aux tendances organiques, pour employer les expressions mêmes de Saint- Simon et de Comte. Condorcet conçoit le présent et Tavenir comme s'opposant au passé ; il voit les grandes idées modernes venant tout à coup à la lumière après un long obscurcissement des consciences, et le progrès se réalisant malgré tous les efforts rétrogades de la tradition. Au contraire, aux yeux de Comte, un état social quelconque ne peut naître que du précédent ; le présent et Tavenir sortent tout naturellement du passé ; celui-ci contient toujours les germes des réalisations futures. C'est ainsi que le régime théocratique du moyen âge renfermait en lui-même toutes les raisons de sa dégénérescence, et qu'il devait tout naturel-
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Jement conduire à la période critique, commencée déjà depuis plusieurs siècles. Auguste Comte en est tellement convaincu qu'il va jusqu'à déclarer que si la France s'est trouvée à la tête du mouvement révolutionnaire, c'est en grande partie parce qu'elle est restée catholique. Pour Condorcet, le progrès est une marche vers un idéal de raison et de justice sociale ; pour Auguste Comte, le progrès est avant tout un développement ; «. le progrés, dit^il, n'est que le développement de l'ordre ». C'est Tordre dynamique, pourrions-nous dire encore, opposé à l'ordre statique ; la régularité ou l'organisation interne de la série des états qui se succèdent, au lieu de l'ordre et de l'harmonie des faits coexistants. Et si cet ordre dynamique apparaît à Auguste Comte avec toute sa nécessité, comment songer à remonter le cours des âges ? Un régime passé est un régime déchu. Il faudrait, pour essayer de le recon^ituer, réduire à néant tout ce qui €n est sorti et a contribué à former une civilisation nouvelle ; et c'est là une impossibilité absolue. Y parvînt-on d'ailleurs, ce
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serait un simple retard dans le développement de la société, car les mêmes causes produiraient les mêmes effets, et cette civilisation nouvelle qu'on eût étouffée, renaîtrait un jour avec les mêmes exigences et les mêmes aversions. Ainsi, il faut en prendre son parti, Tétat théocratique du moyen âge ne peut plus, ne doit plus revivre ; les croyances sur lesquelles il reposait ne sont plus de notre temps. Remarquez, je vous prie, quel est exactement le point de vue de Comte. Il ne s'arrête pas à discuter la valeur intrinsèque de ces croyances ; il ne prend pas à parti tel ou tel dogme pour en démontrer la fausseté. Les croyances et les dogmes sur lesquels a pu reposer cet admirable édifice religieux sont pour lui un grand fait auquel il rattache Tensemble des manifestations morales, scientifiques, industrielles, politiques, du moyen âge, et qui se trouve usé, tombé en désuétude, qui ne peut plus servir, parce qu'il a spontanément produit un état social auquel/ il a cessé de s'adapter.
Mais alors de quel côté chercher la solution
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du problème vital que s'est posé Auguste Comte ? Comment donner aux hommes l'unité spirituelle indispensable à une réorganisation définitive , comment' rétablir rharmonie des cœurs et des intelligences qu'avait jadis réalisée l'Église, sans revenir aux dogmes qui lui ont servi de base ?
La grande originalité de Comte est dans la réponse qu'il fait décidément à cette question : C'est sur Ici science^ dit-il, que doit reposer l'état social de Tavenir ; c'est elle, qui, se substituant aux croyances ihéologiques, doit fournir à l'humanité l'élément nouveau, indispensable à l'unification des esprits. Que cela est possible, que cela est naturel désormais, voilà ce que voudra nous prouver toute la philosophie scientifique d'Auguste Comte. Continuons à suivre le mouvement de sa pensée et essayons de comprendre comment elle aboutit à cette conclusion .
Il est frappé tout d'abord de ce que, dans le monde des savants, on est généralement d'accord . Le simple souvenir des leçons de mathématiques, d'astronomie, de physique et de chimie, qu'il a suivies à l'école poly-
uî donner l'impression ctuet.où règne du moins monie. Quand il s'agit montrer les théprèraes définir les coordonnées jncer les propriétés gélangage des savants est ntend à merveille, non incer ce qui est, maïs l'il soit question de calde la prochaine éclipse, antpellier et de Saintnt le même résultat, itruire un pendule batun miroir devant faire lumineux vers un point prévoir et d'utiliser les •ps mis ensemble dans nts de tous les pays pronettront à profit les mêêmes convictions et forvérités. C'est ce dont Mous avons tous la conen ce que nous disent s'agit de l'objet même
où tous les phénomènes naturels apparaissaient comme les manifestations de divinités cachées: Les conceptions théologiques se sont peu à peu transformées d'ailleurs, et l'esprit humain a passé du fétichisme au polythéisme, puis au monothéisme , mais à travers ces changements se maintenait te désir de rattacher les faits à la volonté toute puissante d'un Dieu. Puis, par l'évolution naturelle de la pensée, la théologie a fait place à la métaphysique, et les savants ont cherché les causes, les entités, les vertus, les substances invisibles dont ils constataient les effets. Et aussi longtemps qu'ont duré de pareilles préoccupations, la certitude, la confiance sereine, l'accord des savants entre eux étaient choses inconnues : il n'y avait place que pour la conjecture, qui laissait subsister l'inquiétude et le désordre des intelligences. Les mathématiques se sont dégagées les .
premières, il y a fort longtemps, de l'état théologique ou métaphysique, et se sont constituées déjà avec les Grecs en science positive. L'astronomie a dû lutter de longs siècles, et ce n'est qu'avec Copernic, Galilée,
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Newton, qu'elle a définitivement triomphé.
La physique a commencé seulement avec Bacon, Galilée et Descartes, à ne plus se contenter des vertus dormitives, calorifiques ou autres, et il lui reste de ce long passé métaphysique de telles tendances rétrogrades qu'elle a bien des précautions à prendre encore pour assurer son caractère positif. La chimie enfin, et non plus Talchimie, vient à peine de naître avec Lavoisier.
Et qu'est-ce donc qui caractérise l'état moderne de ces sciences, et qui permet enfin de les appeler positives ? — Elles ont renoncé à toute considération théologique ou métaphysique, à la recherche des causes mystérieuses et cachées ; elles ont renoncé à ce qui est invisible, inconnaissable, à ce qui se devinait autrefois par les efforts d'une imagination mobile, variable d'un esprit à l'autre ; et elles se contentent décidément d*observer et de noter ce qui apparaît à tous de la même manière, les phénomènes, les apparences, ce qui se voit, se touche, s'entend : et enfin, sans demander les causes qui produisent ces phénomènes, elles se
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bornent à chercher les modes invariables de leur succession, c'est-à-dire les lois générales qui permettent de décrire leur enchaînement, et par conséquent de les prévoir et de les utiliser. On peut dire encore que, par •cette démarche nouvelle, elles substituent le relatif à Tabsolu, en ce sens qu'il y est seulement question de ce qui s'adapte à notre esprit et à nos organes, et plus généralement aux conditions où nous vivons. Les lois, <iont l'énoncé remplace désormais Tancienne explication par un absola théologique ou métaphysique, expriment les faits généraux tels que notre organisation intellectuelle nous permet de les saisir, et valent dans certaines limites de temps et de lieu, auxquelles se trouve liée notre existence. Enfin, par cette suppression même de Tabsolu, par la suppression de la chimère inaccessible, les sciences se sont rapprochées du réel et de Tutile, c'est-à-dire de ce que Tesprit humain peut véritablement saisir et manier, de ce qui est par conséquent susceptible de vérification et d'application directe.
Mais si ce sont là les principaux caractè-
omré DK pRiocotrpATioN
res par lesquels les sciences mathématii et physiques ont conquis ce pouvoir ,d' fication intellectuelle qui a frappé Aug Comte, il faudra donc, pour résoudr grand problème de la réorganisation s tuelle de l'humanité, réaliser toutes transformations dans le domaine des I sociaux et moraux. Il faudra laisser de toute théologie et toute métaphysiquï faudra observer ,en s'aidantde l'histoire, ce qui intéresse le développement des so tés ; il faudra formuler des lois, et, sul tuant le relatif à l'absolu, le réel et l'util chimérique et à l'inconnaissable, crée:
science positive des faits sociaux. Le où il serait permis à des savants d'un gi nouveau d'énoncer, sur les relations moi ou politiques des hommes entre eux, lois comparables à celles des physicien des chimistes, la nouvelle doctrine qui faire l'unification des esprits serait défi vement fondée.
Auguste Comte sent lui-même toute '.
dace qu'il y a à passer ainsi des sciei physiques k cette autre, que personne a^
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lui n'a osé entrevoir, sauf peut-être Montesquieu, à la sociologie^ comme il l'appellera désormais. Et il nous laisse entendre qu'il n'eût jamais franchi ce pas sans un fait considérable qui vient de se produire de son temps, l'avènement de l'état positif en biologie.
Une fois sorti de T Ecole polytechnique, il s'est mis avec avidité au courant des travaux de Broussais, de Bichat, de Gall, et il juge que ces savants, le dernier surtout, viennent d'accomplir une véritable révolution. Avant eux, il n'y avait pas, à proprement parler, de science de la vie, parce que, avec l'animisne, le vitalisme et autres principes mystérieux tel que le principe de finalité, on continuait à poursuivre l'absolu. A plus forte raison n'exîstait-il aucune connaissance réelle des fonctions les plus hautes de l'organisme humain, de celles qui sont liées à la constitution du cerveau. La psychologie de l'Ecole, tout imbue de métaphysique, ne donnait à cet égard que de vaines illusions.
Désormais, au contraire, la biologie se fonde, comme les sciences inorganiques, sur l'ob-
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servation des faits, la recherche des lois, et l'étude des conditions d'existence, substituée à la finalité . La biologie existe au même titre que Tastronomie ou la physique. Et cependant, combien son objet semblait nous éloigner de ce qui peut être soumis à la science positive ! Quelque chose de nouveau et de saisissant ne se présente-il pas ici ? la convergence d'une série de phénomènes vers un même résultat, la vie ; une sorte de consensus, d'harmonie ; l'accord d'une quantité innombrable de faits distincts concourant à l'unité individuelle d'un être.
Des phénomènes mathématiques d'étendue, de nombre et de mouvement, qui sont incontestablement les plus généraux et les plus simples, on passait à ceux de la physique, en ajoutant la notion de matière, de corps, déjà moins abstraite et plus complexe. La chimie apportait avec elle le fait nouveau de la combinaison, c'est-à-dire de la création, à l'aide de deux corps, d'un troisième ayant des propriétés spécifiques :
c'était déjà là peut-être comme une ébauche de cette synthèse, de ce consensus, que nous
rons vraiment qu'en biologie. Mais la. distance est grande des faits > aux phénomènes du monde orgayrande en vérité qu'elle ne le sera itage maintenant quand, de la vie idu, nous voudrons' passer à la vie été. Et comme les sciences mathéont rendu possible l'étude des proénérales de la matière; comme préparé la chimie ; et enfin comme es physico-chimiques ont pu per- I dernier lieu la naissance de la positive, celle-ci à son tour ne -elle pas la sociologie, en nous des indications précieuses sur sur ses dispositions afîectîves, sur mts altruistes, sur tout ce qui en e l'animalité, et aussi et surtout en , avec l'étude de la vie, la méthode lent proprement à la science de le social ?
L sociologie semble pouvoir se préime le terme naturel d'une suite cessifs franchis par Uesprit humain, e la science positive 8'est élargi
peu à peu, de façon à s'approcher d'ur limite qui parait se confondre avec l'huma nité elle-même, considérée comme un grar tout, soumis lui-même à des lois. Et la coi ception de ce terme suprême donneàl'espi cette joie d'avoir appliqué jusqu'à l'extrên limite la loi de complexité croissante; qui conduisait si aisément des premières coi naissances positives aux dernières. Cet joie n'est pas la seule. Quand on essaie < s'élever par la pensée jusqu'à l'objet ie moii simple et le moins général, jusqu'à l'objet < la sociologie, n'en est-on pas récompen; par une lumière nouvelle jetée tout à co\ sur l'ensemble de la science positive? L efforts des savants pouvaient sembler jus qu'ici isolés, spécialisés dans des domaîm .distincts. Envisagés désormais du point t vue de la sociologie, ils sont tous sous :
dépendance. La série que nous avons pa courue, des mathématiques à ta science de nière, forme une hiérarchie où l'on s'élè' sans cesse, où chaque terme domine li précédents, à mesure que l'objet d'étude > plus en plus complexe tend vers la socié
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humaine. Les sciences inorganiques font connaître le milieu et les conditions extérieures où celle-ci se développe ; les sciences biologiques nous font connaître les individus qui la composent. Ensemble, elles forment un tout où se retrouve, avec le consensus harmonieux des éléments, ce qui caractérise Tunité organique. Saisir cette unité vivante à travers les multiples domaines de la Science positive, tel sera le rôle essentiel du philosophe, qui, de cette vue synthétique et générale, pourra du moins s'efforcer d'enrayer les tendances spéciales des savants, et donner à leurs travaux une direction toujours utile. Ainsi non seulement la sociologie aura sa place marquée à la suite des sciences plus anciennes, mais même par une projection rétrospective dé lumière, elle éclairera décidément le sens profond de cette réalité, de cette utilité, de cette relativité, qui étaient la marque de leur état définitif, de sorte que c'est toute la philosophie scientifiqued'Àuguste Comte, dans ce qu'elle a d'essentiel, qui semble postuler l'existence de cette sociologie, dont elle
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attend la consécration de sa positivité et de son unité.
Enfin, en dehors de ces raisons de croire à la science nouvelle, à la sociologie, Co:nte donne une preuve qu'il juge décisive, en énonçant déjà pour les faits sociaux une loi fondamentale, que confirme Tobservation, aidée de la méthode historique. Cette succession d'états que nous a révélée l'évolution des sciences, — états théologique, métaphysique, positif, — n'était là qu'un indice particulier, qu'une application toute spéciale de la grande loi des trois Etats ^ qui domine et gouverne le développement total de l'humanité. Tous les faits sociaux, toutes les transformations économiques, esthétiques, militaires, industrielles, politiques, morales, peuvent s'y rattacher, comme s'efïorce de le montrer Auguste Comte, par une patiente analyse qui remonte aux temps préhistoriques et nous conduit à la Révolution .
La science spéculative de la vie sociale, politique et morale, est donc définitivement créée. Il existe une doctrine capable de
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remplir la pensée, puisqu'elle s'applique à tous les faits intellectuels et moraux qui désormais l'intéressent ; capable d'unir tous les esprits, puisque ce qu'elle formule ou prescrit se présente au nom de la science ; bien mieux, elle est la Science même, dans ce qu'elle peut avoir de plus complet et de plus profond, la science intégrale de la vie des hommes et des peuples : sur elle se fondera tout naturellement le nouveau pouvoir spirituel. Ce pouvoir spirituel, que l'on cherchait pour assurer aux individus et aux peuples un système uniforme d'idées générales, d'opinions, de croyances, et, pour détruire à jamais l'anarchie intellectuelle, origine de tous les désordres, ce pouvoir spirituel est là tout prêta s'imposer à l'humanité. En seront investis ceux dont Tesprit se sera formé à l'étude de toutes les connaissances positives depuis les mathématiques jusqu'à la sociologie. Arrière les savants spéciaux, et surtout les géomètres ou les astronomes ; les physiciens et les chimistes seraient à la rigueur plus acceptables déjà, mais il leur manquerait encore, dans Tigno^
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rance où ils seraient du consensus organique, le sentiment de la réalité la plus riche; et ils ne pourraient pas convenablement s'élever à la grande notion de Thumanité, « dont Tactive prépondérance finale,, doit en tout sens remplacer Tantique coordination théologico-métaphysique * » Ceux que leur éducation aura suffisamment désignés pour prendre, la nouvelle direction, spirituelle du monde, auront d'ailleurs une double tâche à remplir. D'une part, ils devront sans cesse communiquer aux hommes les connai^nces qui forment l'ensemble de la science positive ; ils devront répandre à profusion l'éducation et Tinstruction ; d'autre part, ils pourront agir sur les phénomènes sociaux et moraux de la même manière qu'agissent sur la nature les -physiciens et les chimistes, c'est-à-dire en, se conformant aux lois qu'ils connaîtront.
Leur action ne saurait ainsi s'opposer au développement normal de la société, elle s'harmonisera avec lui au contraire, et aura
1 Dernière leçon du Cours de philosopfiie positwe.
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pour principal effet d'en régulariser la vitesse. De la sorte se trouvera assuré désormais le progrès constant de Thumanité, non pas le progrès illimité des idéalistes, lequel est, aux yeux d'Auguste Comte, une chimère et même une contradiction, mais le seul progrès qui pour lui ait un sens, c'est-à-dire la marche vers un but déterminé et réel, nettement entrevu, qui n'est autre que le complet épanouissement de l'état positif .
Il reste à fixer les détails d'une organisation pratique qui donnera à ce pouvoir spirituel son efficacité, en déterminant toutes les circonstances de son fonctionnement et son rôle vis-à-vis du pouvoir temporel . C'est là l'objet d'un travail promis par Auguste Comte dès les premiers écrits de sa jeunesse et réalisé vers la fin de sa vie dans la Polù tique positive . Que l'organisation spirituelles rêvée par notre philosophe y soit modela sur celle de l'Eglise, en même temps que ses tendances conspiratrices se précisent, au point qu'il approuve sans restriction le coup d'Etat du 2 décembre, n'est-ce pas là, mal-
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gré les dénégations de Littré, Taboutissenient naturel et logique des préoccupations essentielles d'Auguste Comte ? Evidemment le ton a quelque peu changé. Les progrés d'une vieille maladie nerveuse et l'étrange liaison avec madame de Vaux ont développé chez lui les tendances affectives ; il devient mystique dans son langage : Thu^ manitë fait place désormais au Grand- Être ; la philosophie positive s'organise en une religion ; les lois de la philosophie générale deviennent des dogmes ; lui-même se considère comme une sorte de pontife souverain ; il écrit un catéchisme pour le peuple, et rédige des brefs à l'adresse des ministres et des empereurs. Tout cela implique assurément quelque chose de maladif, mais lorsque, écartant toutes les bizarreries de ton et d'allure, nous allons droit au fond des idées, nous nous reconnaissons bien au terme normal.de sa philosophie.
Ai-je besoin de le dire, le rêve d'Auguste
LA PHILOSOPHIR D'ADODSTB COMTK
:e n'est pas sur le point de 5e réaliser.
s que jamais l'humanité n'est disposée ifîer la direction de ses idées politiques orales à un groupe de penseurs quel soit.
>tre philosophe s'est trompé en demanà la Science, œuvre de raison et de é, de justifier un gouvernement des ts. La seule harmonie des intelligences ioit possible et durable n'est pas celle obéit à une prescription extérieure, e qu'elle soît ; c'est cette qui naît tanément.en un progrès lent mais régule la raison de tous librement satisfaite s consciences pleinement rassurées.
;ndons du moins justice à la noblesse ; et touchante du but que visa de toute Lme cet apôtre de paix sociale. Et puis is-ncus bien que la trace laissée par rre d'un grand homme ne se mesure pas urs à l'intention dernière qui te guidait, artes avait en vue, par une réforme [raie de toutes les connaissances, de lorraer la médecine et de prolonger la umaine : ce n'est pas par là, vous le
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savez, qu'il a marqué sa place dans Thistoire des idées . Kant n'a jamais eu au fond que des préoccupations dogmatiques et « organiques », il sera et est déjà peut-être surtout Tauteur de la Critique de la Raison pure. De même, si Auguste Comte a eu sur les esprits de notre siècle l'influence dont je parlais au début de cette leçon, c'est qu'il aura sans doute, chemin faisant, touché à quelqu'une des réalités profondes sur lesquelles se règle la marche de la pensée humaine* Ce sera l'objet de nos études d'essayer d'apporter sur ce point la lumière et la précision.