‹ Le positivisme et le progrès de l'esprit: études critiques sur Auguste ComteChapitre 5 sur 17 · LA PHILOSOPHIE D'AUGUSTE COMTE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE D'AUGUSTE COMTE

Toute la philosophie de Comte peut se rat^ tacher à l'idée d'ordre. Est-ce bien idée qu'il faut dire ? — Oui, à la condition de donner au mot son sens le plus vague ^ qui n'exclut aucun aspect de la vie psychique. Comte a soif de Tordre, comme Descartes a soif des idées claires. Savoir, c'est pour lui connaître Tordre des choses ; penser , philosopher, c'est méditer sur Tordre des connaissances ; vivre, agir, aimer, c'est être et se sentir l'un des éléments d'un ordre total, d'une harmonie que réalise la société humaine, inséparable elle-même du milieu où elle se développe, et auquel elle s'adapte. Toutes préoccupations politiques,

^ Ce chapitre a paru dans la Reçue de Métaphx$iqae et de Morale, N* de juillet 1901, sous ce titre : Vidée d^ordre chexAug. Comte.

UNITÉ DB TBNDANGB 4^

morkles, sociales, toute tentative exaction publique, doivent avoir pour but essentiel d'assurer la marche naturelle de cet ordre immanent , et d'en régulariser le développement normal. Point de progrès qui n'ait sa source dans Tordre établi, comme l'évolution de la vie d'un être dérive de son organisation. Partout, dans les sociétés comme chez les individus, dans les êtres vivants comme dans les choses inorganiques, dans l'état actuel du monde ou dans les transformations du passé, ce que Comte veut voir, saisir, et achever de réaliser, c*est toujours, à des degrés divers de complexité et de richesse. Tordre, la hiérarchie, le consensus, Tharmonie. Voilà ce que nous voulons montrer en nous bornant du moins aux traits essentiels de sa philosophie.

Au degré le plus simple. Tordre d'un ensemble d'objets résulte de ce que, par leur position dans Tespace ou dans le temps, ils participent de quelque propriété commune ; ils sont, par exemple^ tous en ligne droite,

4» LA PBILOSOFHIB D'ACOtten COMTE

OU sur un cercle, ou sur un même plan, ou à des distances égales les uns des autres ; ou bien ils se succèdent à intervalles égaux ; ou enfin, plusg^éralement, ils sont disposés de telle sorte qu'aucun ne fra^^ l'attention exceptionnellement : ils rentrent tous dan^ une certaine uniformité. Il y a déjà là unlien entre tous les éléments qui concourent à l'ordre ; chacun a sa place, son rang, assi-' gné par quelque règle, et dont ta détermination dépend de la place et du rang des autres éléments. L'ordre nait d'une sorte d'^alitè de dépendance à l'égard d'un* relation aperçue par l'esprit, laquelle peut varier, depuis une simple constatation de ressemblance ou d'identité jusqu'à uneéquation mathématique plus ou moins savante, et constitue en tout cas une unité abstraite, géométrique ou logique .

La notion de l'ordre se complique dès que s'introduit celle dusupérieuret de l'inférieur, dès que par conséquent l'égalité de dépendance à l'égard d'un rapport ou d'une formule fait place à une sorte de hiérarchie, d'après laquelle tels éléments relèvent direc*

M.-^F^'jfT*. "W'' ^^

UNITÉ DB TBNDANGB 4^

ttm

tement de tels autres qui sont placés dans un certain sens au-dessus d'eux. L'exemple d'une administration, où les indications se transmettent du chef aux derniers subordonnés, ou inversement de ceux-ci à celuilà, prenant à chaque degré une importance spéciale, donne une image concrète assez daire de cet ordre nouveau. II est caractérisé par le fait d'une échelle, d'une pluralité de degrés, d*unç différence qui varie régulièrement et dans le même sens, dans la qualité, dans la valeur ou la dignité des choses que Pon considère . Ce n'est plus seulement une relation qui domine un ensemble d*éléments^ c'est une série de relations en vertu desquel* les un groupe dépend d'un autre, celui-ci d'un troisième, et ainsi de suite, la succession ou la classification se faisant d'ailleurs elle-même diaprés cette loi.

Enfin, que la succession des degrés ne soit plus linéaire, qu'un certain nombre de séries se groupent et concourent vers un centre unique ou vers une sorte de sommet qui domine l'ensemble, qui en soit la rai* son, le but, le point de convergence, ou

44 I*A PHILOSOPHIE d'auguste COMTE

seulement qui l'explique et nous guide dans Texamen de cet ensemble : nous atteindrons ridée d'ordre dans ce qu'elle a de plus riche et de plus complexe, et telle que hk vie organique en donne le plus merveilleux exemple.

A ces états divers, Tordre apparaît comme la soumission du multiple à Tun, du varié au même, et, quelle qu'en soit la complication progressive, quand on passe de la régularité tout extérieure du premier cas à la constitution d'un organisme vivant, une idée commune subsiste, c'est que les éléments cessent d'être isolés ; ils sont reliés les uns aux autres de telle sorte que chacun doive sa valeur et son importance au rôle qu'il joue dans l'ensemble. Mais on sent cependant la distance qui sépare les degrés extrêmes de cette échelle : elle se trouvera marquée dans les conceptions de Comte, et éclairera plus d'une fois sa philosophie ainsi que sa métaphysique inconsciente.

Dès les opuscules de Comte nous voyons

ses sentiments à la répugnance que lui inspirent ces sources de désaccord intellectuel ■et de troubles politiques. D'une part, en ce qui concerne l'esprit de libre examen, il reporte l'aversion qu'il lui suggère sur tous ceux qui l'ont à quelque degré défendu , les protestants d'abord, puis les philosophes du xvni* siècle, les hommes de la Révolution.

Les premiers ont crû à tort pouvoir créer un ordre spirituel nouveau ; leurs tendances dogmatiques n'ont pu avoir raison de l'élément éminemment destructeur sur lequel repose leur religion ; ils donnent naissance à une multiplicité indéfinie de sectes distinctes, et, quand ils s'imaginent unir et organiser, ils ne font que dissocier, décomposer, diviser. Les penseurs et les hommes de la Révolution, comme ceux qui s'inspirent d'eux.sont des esprits étroits; sauf quelques exceptions, comme Condorcet, par exemple, Comte a pour eux aussi peu de sympathie que d'estime . Et d'autre part, on le sait, ses déclarations politiques confirmer&nt jus-: qu'à la fin de sa vie son horrew de la souveraineté populaire .

UniTÊ DB TBHIlAIfCB

Est-ce là seulement le fait d'une pfa phie qui ne peut songer à s'établir qu les ruines de la doctrine révolutioni L'âge positif dont Aug. Comte voudrai ■clamer l'avènement doit succéder à ■critique : cela suffit-il à expliquer son tude si agressive et si peu bienveilla l'égard de tous les représentants, à qi ■degré et dans quelque direction que c( de l'esprit de la Révolution ? Une com son facile montrera tout de suite coi ■cette considération est insuffisante, positif ne doit pas seulement exclure 1:

trine révolutionnaire ; il'doit bien pli «)re,'Semble-t-ii, condamner les tend théocratiques. Entre celles-ci et ce!

•c'est même ta première, Comte le d< très nettement, qui se trouve le plus pi l'esprit positif, ne serait-ce que par sor "pour la science et par ses dispositior turellement humanitaires ; ne serait-ce t que parce qu'elle était nécessaire poui mettre le passage de l'état théoUigit l'état positif. Or, les sentiments- è -Comte à l'égard de l'état théocratique

vait réalisé le moyen âge et de tous ses défenseurs anciens ou contemporains, témoignent au contraire delà plus ardente sympathie. Les pères de l'Eglise ont été les prédécesseurs les plus directs du positivisme, s?int Augustin, saint Thomas, Bossuet, ont toutes les qualités qui sont la marque du génie ; Joseph de Maistre est le plus grand penseur de son temps. Pourquoi donc cette différence d'attitude ? Comte reproche aux révolutionnaires de ne pas savoir admirer le passé, d'où sort naturellement te présent j par réaction contre eux, il exaltera le moyen -âge, soit ! Mais le même principe ne le conduirait-il pas mieux encore à admirer {^ période critique des trois derniers siècles, qui, plus directement que le dixième sans doute, a préparé l'âge positif ; or, c'est le contraire qui nous frappe. En politique, de même, les principes sortis delà Révolution ne s' adaptent-ils pas mieux que la royauté de droit divin aux temps nouveaux qu'appelle le positivisme ? Pourquoi donc les tendances conservatrices de Comte ? pourquoi écrit-il à Stuart Mill que si Louis-Philippe venait à

mourir, il préférerait un gouvernement de réaction catholique au triomphe des révolutionnaires ? pourquoi un peu plus tard approuve-t-il le coup d'état du 2 décembre?

pourquoi se flatte-t-il, dans sa lettre au Czar, d'avoir toujours combattu « la souve-% rai neté du peuple et Tégalité plus radicalement que n'avait pu le faire aucune école rétrograde?... » Pourquoi, sinon parce qu'il voit d'un côté la division, la lutte, le désordre, tandis que, grâce à la soumission qu'implique l'ancien régime, à une direction spi^ rituelle ou à une domination politique, il croit voir de l'autre côté l'ordre dans la rue, et Tordre dans les intelligences? Si l'on doutait que ce fut là la véritable raison de l'attitude et des sentiments de Comte, il suffirait de relire, dans le V® volume du Cours de philosophie positive^ ces pages si pleines d'admiration pour l'organisation de l'Eglise catholique au moyen âge. Tout ce qui contribue à l'unité par la soumission, la constitution hiérarchique du clergé, la souveraineté absolue du pape, tout est justifié et exalté. Et Comte répète bien des fois que

ce pouvoir spirituel si remarquablement harmonieux qu'a réalisé l'Eglise a été la cause principale de son efficacité dans le développement de la civilisation humaine. Enfin, il est tellement vrai que ce qui l'attire et le séduit du côté des doctrines rétrogrades, c'est l'ordre qu'elles assurent à ses yeux, que sort rêve est de leur emprunter tout leur régime organique, en changeant seulement les ba~ ses intellectuelles sur lesquelles elles repo->^ sent, et d'atteindre à un état iiouveau, — où l'ordre ancien se retrouverait fondé sur les croyances scientifiques,— par un pouvoir spirituel, dont l'organisation rappellerait celui du moyen âge. Bref, c'est le besoin instinctif de l'ordre qui détermine chez Comte son attitude à l'égard des plus graves questionsqu'il se pose, dès les débuts de sa carrière,, et qui fixe ladirection de sa philosophie. Soa but est «n effet avant tout la réorganisation de la société par l'unification desopinionset l'accord des intelligences. Montrons que toutes les démarches de sa pensée, désireuse d'atteindre ce but, enveloppent toujours par quelque côté l'un des aspects fondamentaux del'idée d'ordre.

Sa LA PHILOSOPHIE d'aUOUSTB COMTB

le champ de ses études. Mais à cette condition même, voyons-nous aune époque quelconque toutes les pensées des hommes subor* bordonnées aux doctrines théologiques ? On Ta dit bien des fois, y a-t-il eu un état théologique pour ridée de la pesanteur, par exemple ? — Comte répond que les diverses séries de connaissances n'ont pas progressé simultanément. Quelques-unes se sont dégagées il y a si longtemps de la théologie qu'elles nous semblent y avoir échappé j mais à côté d'elles, une foule d'autrès portent la marque de Tétat primitif de rhumanité. Encore est-ce là une concession fort importante. La notion de Vitat que conçoit Auguste Comte en reçoit une singulière restnction. Il adéjà fallu limiter la portion de rhumanité que Ton envisage ; maintenant il faut faire une distinction entre les divers domaines de pensée, et, selon que Ton considère tel ou tel, se reportera telle ou telle époque. Il en résulte déjà quelque peine à trouver une matière qu'épuise cette idée d'état théologique, à saisir comme une tranche de l'histoire de l'humanité qui puisse s'ordon-

ner sous ce titre commun. Du moins ici, il reste d'une part une définition compréhensible — les croyances théologiques envisagées comme fondement essentiel de toute pensée, — et d'autre part une période, restreinte il est vrai, mais assez bien déterminée, quelques siècles du moyen âge, où d'une manière générale la domination ecclésiastique semble avoir réalisé ces conditions.

Mais en est-il encore de même si nous passons à Vétai mètaphysiqice ? La difficulté n'est plus seulement d'assigner une époque où l'ensemble des intelligences soit soumis aune loi commune, mais même de donner de cet état une définition suffisamment claire. Quel est en effet le sens de ce mot « métaphysique » ? Toutes les fois que Comte veut s'en expliquer, il est une première signification sur laquelle il insiste. L'état métaphysique est caractérisé tout d'abord par cette condition qu'on cherche « à expliquer la nature intime des êtres, l'origine et la destination de toutes choses, le mode essentiel de production de tous les phénomènes ; mais au lieu d'y employer les agents

surnaturels proprement dits, on les remplace de plus en plus par ces entités ou abstractions personnifiées, dont l'usage, vraiment caractéristique, a souvent permis de désigner l'explication métaphysique sous le nom d'ontologie ' ». L'exemple typique est celui de la vertu dormitive de l'opium, dont parle Molière. Dans ce sens, il est bien plus difficile sans doute que tout à l'heure de concevoir dans le passé une période où l'esprit humain ait universellement manifesté pareille tendance. La métaphysique ainsi entendue n'a pu jamais être que le fait de quelques intelligences isolées, et comme elle se confond en somme avec la philosophie de penseurs tels que Platon, Aristote, Saint- Thomas, ou avec les tentatives des savants pour expliquer les choses de la nature, il ne paraîtrait pas commode de citer la date de son apparition. En outre, comme le reconnaît Comte, depuis trois siècles la science s'en est dégagée de plus en plus au point de n'en garder que des traces isolées. Il y a beau temps que les vertus dormitives ou

' Discours snr l'Esprit positif, p. i

UNITÉ DB TBNDANGB 55-

autres ont fait place à des considérations plus sérieuses ; et, en somme, siTétat métaphysique se caractérisait par l'explication ontologique, le chef du postivitisme ne serait guère fondé à réclamer avec tant d'insistance la venue d*un âge nouveau. Mais la lecture des opuscules et des IV^ et V® volumes du cours de philosophie positive montre aisément que les attaques les plus ardentes sont dirigées moins contre la philosophie et la science des scolastiques que contre la pensée du XVIII® siècle. Or, où sont donc les entités^ les substances, les vertus, dont l'abus justifierait les critiques qu'adresse Comte à Voltaire, à Rousseau, et aux « littérateurs » qui propagent la doctrine révolutionnaire ? Non seulement la science a suivi avec eux ses voies définitives, mais ne peut-on pas dire que, sous l'influence des Anglais, de Locke surtout, ou peut être comme simple prolongement de la pensée cartésienne, la philosophie s'est de plus en plus éloignée de là métaphysique de l'Ecole ? C'est à peine si elle reste encore vaguement déiste. Il est vrai qu'elle semble parfois remplacer toutes

55 LA PHILOSOPHIE d'AUGUSTB GOMTB

les vieilles entités par une seule, la nature ; mais, en réalité, ce ne sont pas ces derniers vestiges d'une pensée rétrograde qui empêchent Comte de voir dans Tesprit dû xviii* siècle le quasi avènement de Tétat poâitif .

Au fond, ce qui le frappe, c'est son caractère idéaliste. Ce ne sont plus les substances et les entités qui guident les encyclopédistes et les précurseurs de la Révolution , ce sont les zdées. Ces rêveurs parlent de liberté et d'égalité au nom d'une raison qui ne se confond pas assez étroitement avec les réalités . Ils croient au progrès indéfini, et s'imaginent volontiers qu'on peut en accélérer la marche par des lois ou des institutions qui rapprocheraient la société de leur idéal. Par leur exaltation du droit individuel, ils aboutissent à une morale qui ne laisse plus assez de place aux sentiments altruistes, et à une politique de désordre fondée sur l'esprit de libre examen . Leur pensée fourmille de so-^ phismes et de chimères.

On le voit, le sens du mot métaphysique a dû subir déjà une déformation manifeste sous la plume de Comte pour s'appliquer à cet état

d'esprit . Si c'était la seule que nous eussions à constater j nous pourrions au moins saisir, sous cette signification nouvelle, une période assez clairement uniforme, et un mouvement de pensée assez nettement défini . Mais il suffit de jeter les yeux sur la leçon que Comte consacre à Tâge métaphysique pour voir que ce n'est pas là en somme le ^ens auquel il s'arrête le plus souvent. Le long chapitre qui termine le cinquième volume du Cours de philosophie positive dresse le tableau des éléments de toutes sortes qui depuis le xiii® siècle ébranlent et peu à peu détruisent le régiîne théologique. L'état métaphysique est alors caractérisé surtout par la lutte contre l'état antérieur, et Auguste Comte confirme lui-même cette interprétation par le titre de la leçon : âge métaphysique, ou âge criti' que. Dès lors, l'état métaphysique remonte jusqu'au cœur même du monothéisme*. Comte le répète assez souvent, le régime de controverse inhérent à celui-ci devait être la pre-

* A vrai dire même, Tesprit métaphysique intervient déjà dans le passage du fétichisme au polythéisme (Voir la fin de la 5a* leçon).

^ LA PHILOSOPHIB D*AUOU8TB GOMTB

mière fissure par où allait s'introduire le libre examen. L'Aristotélisme, consacré par saint Thomas^ puis la Réforme, ont porté àrortho- •doxie religieuse des coups plus efficaces que les penseurs de la Renaissance et même que les philosophes des deux derniers siècles ; en même temps les progrès de la science et de l'industrie préparaient Tâge nouveau . Et en «omme l'état métaphysique est une résultante <ie ces deux mouvements, dont le premier, — le mouvement de destruction — , est le plus accentué, et dont le second ne pouvait -encore prendre son importance décisive. Tout cela est fort clair, mais une chose cesse de l'être, c'est la notion même de Véiat que nous voulions comprendre. Il ne faut même plus chercher à saisir dans ce mot un ensemble d'éléments qui caractériseraient la pensée des hommes à un moment donné . Nous ne parvenons à voir clairement qu'une disparilion lente de certaines croyances, que la transformation continue d'un régime, que la substitution progressive d'un nouveau mode de penser à l'ancien. Bref, là où l'on voudrait nous montrer comme une tranche de l'huma-

nité, définie dans ses caractères fondamentaux, dans ses déterminations essentielles, nous ne saisissons qu'un écoulement, qu'un devenir, qu'une destruction plus ou moins rapide du passé, avec des promesses d'avenir. Dans cette évolution dynamique., qui conduit à Tâge positif. Comte a cru pouvoir fixer une période, en ranger toutes les circonstances sous une étiquette qui en marque Tunité statique : .cette unité est toute négative ; ou plus exactement le mot qui y correspond ne s'entend vraiment que si l'on supprime toute considération organique et statique, et qu'il ne serve à exprimer qu'un mode de transformation. Dès lors nous sommes fondés à déclarer de nouveau, et avec bien plus de raison, que les éiats de Comte ne se définissent pas par la matière qu'il leur donne, et il reste seulement qu'ils tirent une partie de leur signification et de leur importance d'une disposition formelle de son esprit. Celui-ci sent avant tout la nécessité de saisir des groupements organiques, des ensembles ordonnés et unifiés : il v a là comme unecatégorie qui domine et dirige sa pensée.

L'état positif , l'âge nouveau dont Comte se fait l'apôtre, aura sur le précédent l'avantage d'être organique; par lui deviendra possible l'accord des intelligences, l'uniiication des opinions et des croyances, d'où résultera l'ordre social. Le premier caractère de la méthode positive, t'un de ceux qui lui donnent toute son efficacité, c'est l'attachement à la réalité observable. Tandis que l'esprit théologique ou métaphysique s'attache à des essences mystérieuses dont la considération ne développe en chacun de nous qne des tendances spéciales, en faisant surtout le jeu de l'imagination, l'âge positif ne veut connaître que les faits qui s'observent, que les choses qui se voient, se touchent, s'entendent, que les phénomènes qui impressionnent nos sens, nous apparaissant à tous de la même manière. C'est là la seule réalité dont il sera désormais question ; c'est là le fonds ^■exclusif où l'homme devra porter ses regards pour y puiser la matière de la science .

Ce phénoménisme est-il chose inattendue

UNITÉ DE TBNDANGB 6l

au XIX' siècle? Assurément non. Dans le mouvement de la pensée philosophique qui, depuis Descartes jusqu'à Kant, et au delà, jusqu'à M . Renouvier d'un côté et à Stuart- Mill de l'autre, a sans cesse accentué la tendance de Tesprit humain à se détourner de la substance, de la chose en soi, du noumène, de la cause, la position de Comte n'a rien qui surprenne. Mais il faudrait se garder de le rapprocher de trop près d'aucun de ces penseurs. S'il conçoit la réalité comme réduite aux faits sensibles, et s'il en supprime tpute considération ontologique, ce n'est pas comme conséquence de quelque doctrine philosophique portant sur les conditions de l'être ou de la pensée. Nous ne trouvons chez lui ni théorie métaphysique, ce qui est naturel, ni aucune analyse psychologique rappelant celle de Hume ou de Stuart-Mill . En somme, ses affirmations simplement posées comme caractérisant la méthode positive semblent se rattacher à cette idée fondamentale que la réalité ainsi comprise peut seule réunir l'adhésion de tous les esprits, et faire l'ordre dans les intelligences, en y provoquant

<^ LA PHILOSOPHIE d'aUGUSTB COMTE

la certitude sereine. Dès que l'attention se porte sur les choses invisibles et mystérieuses^ rimagination et la rêverie ont beau jeu ; mais de leur nature, elles ne peuvent être qu'individuelles, et leurs productions ne seront pas douées de cette évidence universelle, qui doit consacrer les vérités de la science en leur donnant leur rôle éminemment social. L'histoire des sciences est là d'ailleurs pour le prouver ; elles n'ont réussi chacune à se consti» tuer vraiment, à présenter la certitude com*plète, et à réaliser parlàTharmonie de toutes les intelligences, que du jour où elles ont renoncé à la chimère des substances et des agents .

Du moins ce renoncement a-t-il eu pour effet de laisser sans lien les faits que l'observation accumule ? et l'ordre dans les esprits n'est-il atteint que par la suppression de tout ordre dans les choses ? Bien loin delà, Comte rétablit tous les liens, mais les liens qui se voient, qui s'observent, qui se vérifient, en substituant les lois aux causes. Les lois sont Texpression des rapports constants, des successions régulières, qu'il est permis de cons-

tater. Par elles, la réalité science cesse d'être une \< isolés, un chaos informe, i définiment variée. Comte cun prix d'une réalité sem bat l'idée avec autant d'é la métaphysique. Les faits eux dans un ordre invariî naissance est le but vérital che scientifique.

Cet ordre extérieur, qui lois naturelles, n'est d'ai!

Comte par aucune théorie sembler à un effort de doi un fondement philosophi défend çà et là d'avoir obé ment a priori , en posant 1 et qu'il en appelle simp rience, nous ne pouvons de trouver une disproj entre les preuves qu'il ser en donner et son attachem goureux à & l'extension u me de l'invariabilité des comme il dit lui-même. « '

écrit-il, inorganiques, phy- X, individuels ou sociaux, ine manière continue, à des snt invariables ». Il est prolé par la seule apparence à ce dogme, comme dans la ibilités . Celle-ci n'envisages également possibles, sans itre eux, pour essayer de faire de cette absence de relation ?

voir de ce chapitre si imporatiques, et va jusqu'à internnée ses fonctions de répéolytechnique pendant la péamme d'interrogation porte Bref, à l'égarddu principe des le bien moins l'impression raisonnée, qued'unecroyani a quelque chose de dogmaeurtée par l'apparence d'une

Il y a de l'ordre dans les t en trouver : voilà assuréa qui lui vient du fond de sa g;uide dans ses affirmations.

Heurs à peu près ce qu'il dit

lui-même ? « Le sentiment élémentai l'ordre est, en un mol, naturellement ii rable de toutes les spéculations poi constamment dirigées vers la découvei moyens de liaison entre des observ; dont la principale valeur résulte de leu tématisation. » {Discours sur VEsprù /(/, p. 91).

Mais, sans insister davantage pour 1 ment sur cet ordre objectif, revenons à qu'il sert à fonder : à l'organisation science dans l'esprit humain. Commei vons-nousprocèderpourconnaitre la ré pour découvrir les lois? D'un mot, 01 résumer toute la logique de Comte en 1 qu'elle a pour but de fuir la chimère, d( attacher et de nous ramener sans cess' qui seul est réel, à ce que seul peut sais tre expérience. Nous ne pouvons év ment nous renfermer dans les choses ce tes; il nous faut raisonner ; il nous fau parer par des études abstraites les ob:

tions futures. Par exemple, le géométr' envisager toutes les définitions poss toutes les propriétés caractéristiques

voir plus aisément constater cette courbe dans le monde sur quoi doivent porter les ur quels éléments devons- ? C'est toujours, sans excèpriction, sur des idées absre sur des éléments qui sont lusd'impressionspassées. EIobjets concrets en ce qu'elles que des parties, mais elles ne ndre à toutes les exigences ition sensible réalisée ou réadans le domaine où l'on semloin possible des choses ma- ■métrie pure, les figures gars propriétés concrètes. Une ;e ne sont jamais sans épais^ le nous imaginions la ligne, is concevions la surface. Jales vieilles tendances, Comte :es idées abstraites se dégairemière forme, qui garantit t subissent de la part de l'esmoditîcation qui en ferait des iques. Une fiction d'ailleurs

peut être acceptée, mais seulement à provisoire, et à la condition que des ei riences directes en donnent bientôt une tification suffisante. D'une façon plus g< raie, les hypothèses sont permises et m nécessaires pour une marche plus rapide progrès de la science, mais pourvu se ment qu'elles n'impliquent aucune fie irréalisable, aucune idée qui dépasse les < ditions ordimiires de la connaissance po va, qu'elle ne porte sur aucune notion ir rifiable échappant au contrôle de l'évidï universelle, qu'enfin elie se réduise à dev par avance une loi ou des lois de phéno nés, dont l'expérience montrera ■ ens l'exactitude ou la fausseté L'astronomie f nit les meilleurs exemplesd'hypothèses se tifiques. La trajectoire d'une planète vraisemblablement une ellipse, se dit pler ; et des observations précises et n breuses lui permettent bientôt de l'affim — Au contraire, dans les hypothèses d physique, la fantaisie la plus incohérent) gne encore : on essaie de bâtir de vérita romans sur des fluides invisibles, inta;

cas, il doit renoncer à tout élan personnel, à toute initiative trop libre, qui, par le caractèer fantaisiste ou chimérique qu'elle donnerait à ses conceptions, leur ôterait leur capacité organique. A cette condition, les savant?, spéciaux accumuleront les connaissances, pendant que le public pourra accueillir, les yeux fermés, toutes les vérités qu'ils énonceront. Les uns auront trouvé la matière sans cesse grandissante d'un système de croyances, prêtes à pénétrer dansTesprit de tous et à faire cesser l'anarchie des intelligences, par la seule raison qu'ils auront abdiqué leur propre individualité, leurs tendances personnelles devant la réalité commune, devant Tordre extérieur des choses ; les autres, assurés que lespremiersn'ontfait qu'observer et que noter ce qui s'offrait à eux, ne regrette^ ront pas que leur propre éducation ne leur ait pas permis des constatations directes ; ils croiront sur parole les hommes compétents, comme nous nous en rapportons d'ordinaire aux indications des médecins. Et ainsi les uns et les autres ayant renoncé à cette chimère qui s'appelle la liberté illimitée de pen-

JO LA PHIL080PHIB d'AUOUSTB GOMTB

ser, réaliseront par leur soumission l'accord harmonieux de tous les esprits. « Il n*y a point de liberté de conscience, dit Comte, en astronomie, en physique, en chimie, en physiologie » , et ce mot s'applique dans sa pensée à ceux qui accueillent sans discussion les enseignements des hommes compétents. On peut rétendre aussi aux savants eux-mêmes, chez qui la soumission aux exigences rigoureuses de la réalité positive est la condition de toute démarche fructueuse .

Et il peut servir à résumer assez convenablement la conception que se fait Comte de la formation et du rôle organique de la science. L'individu se tient en garde contre toute fantaisie, contre tout élan de son imaginationi et se supprime ainsi, pour se donner à la réalité qui seule peut devenir commune, à celle qui seule, aux yeux de Comte, s'offre identique à l'observation des hommes. C'est donc l'ordre objectif des choses qui réalise l'harmonie des esprits, au détrimentde leur e^sor individuel , et par la soumission qu'il impose.

UNITÉ DB TBNOANGB 7I

Mais il nous faut insister davantage sur cet ordre extérieur et sur Tordre spirituel qui en sera le retentissement chez P homme et dans la société. C'est d'abord insuffisamment définir le premier que d*y voir un ensemble de phénomènes et de lois. Il faut saisir la dépendance hiérarchique qui enchaîne les uns aux autres les objets de nos connaissances.

Il s'agit bien entendu des éléments généraux, permanents, de ceux par lesquels s'exprime ce qu'il y a de constant dans les choses, et qui seuls comportent la prévision rationnelle : autrement dit, il ne saurait être ici question que des domaines théoriques de la science. Ni les applications pratiques, ni les ^jtypes particuliers, si intéressante que puisse être leur description, ne sauraient entrer en ligne de compte ; par leur diversité et leur variabilité infinie, ils échappent à une. pensée avide d'universalité et de fixité. Restç donc le champ des sciences spéculatives.

Comte le voit se distribuant de lui-même en six domaines distincts suivant une échelle ai-

Jk.

iirir. Les faits se compliquent et mps sont de moins en moins gésure qu'on passe des mathématià l'astronomie, de celle-ci à lâ.

uisàla chimie, puis enfin à la ï la sociologie. Ce n'est pas là me suite linéaire où les différents it un ordre déterminé de sucres— une hiérarchie, en ce sens que es domaines est indépendant des indis qu'au contraire il suppose précèdent, et par là leur est sude sorte qu'il y a un rapport de , de soumission, qui relie ces Eaits les uns aux autres. L'astrouie sur les trois branches des ma- (pures, analyse, géométrie et més sciences physico-chimiques se nt à l'astronomie, en ce sens que plus généraux de la surface teridront des propriétés du système la terre est un élément intégrant, iuite...

ires qui séparent ces portions sucla réalité connaissable, dontcha-

cune enveloppe et domine la suivante, sontelles seulement provisoires ? Le progrès de la science aura-t-il pour effet de les renverser Un jour et de faire l'unité dans cette multiplicité apparente, de façon à remplacer l'ordre et la hiérarchie par une sorte de fusion générale, qui ne laisserait subsister qu'un seul fait ou qu'une seule loi, dont la réalité n'offrirait que des applications ? Ce serait mal connaître Comte que de le croire capable d'une semblable conception . Il ne cesse luimême de nous mettre en garde contre une telle utopie ; et, toutes les fois qu'il en trouve l'occasion, soit à propos des mathématiques, qu'il faut renoncera appliquer déjà aux faits tant soit peu complexes du monde cosmologique, soit à propos de la réduction poursuivie des phénomènes vitaux aux phfr- Qomènes physico-chimiques, soitmêmequand, il veut maintenir une séparation réelle entre les branches diverses de ta physique, — son langage est très reconnaissable : c'est celui par lequel il écarte d'ordinaire touteconsidération métaphysique. Rien d'étonnant àcela.

La spécificité des phénomènes, si elle s'op-

t^ PHIliOSOPHIB d'auqvbtb co

à une unité qui rappellerait les roncep- 1 métaphysiques, est toujours au contraire iquée jusqu'à un certain point par i d'ordre. Il faut qu'elle subsiste pour

soit raisonnablement question de souion et de dépendance. Mêmeà la limite ime où Comte semble rêver l'efïaceraent >utes les différences, comme lorsqu'il t de l'harmonie intellectuelle de tous les ts, la valeur de l'ordre ainsi conçu vient i que les individus sont des ètresdisi, dont chacun a sa vie propre, et qui tant pensent à l'unisson. L'unification, étruit jusqu'à la distinction des êtres ou ihoses, qui fait un seul objet de plus, qui enferme une totalité dans uneréa> nique, seuls, des philosophes de la vieille , théologiens à leur façon, 0|it pu la >ser : Comte ne saurait songer à la dis-

; c'est à tort qu'elle semblerait être ne la limite extrême de l'ordre, elle le •imeraiten le remplaçant par une chi-

métaphysique.

lis, si d'une manièregénérateilestame-

.turellemcnt à affirmer la distinction des

diverses catégories de faits et de ]ois qui f ment la hiérarchie des sciences positives, séparation prend à ses yeux une importai spéciale, quand il s'agit du domaine de la et du monde inorganique. Les phénomè cosmologiques ne diffèrent les uns des très que par le degré de complication qu présentent ; les éléments s'additionnent forment un tout de plus en plus riche , dep les abstractions des mathématiques pu jusqu'à la combinaison chimique. Avec sciences biologiques, quelque chose appai tout à coup, c'est le type d'une harmonie n velle, dépassant en élévation tout ce jusque-là avait pu sembler réaliser Vi< d'ordre; c'est le consensus vital. Tous faits antérieurement acquis, le nombre, l'ét due, le mouvement, les corps célestes, la i tière, soit avec ses propriétés générales qi tudie la physique, soit avec ses propri^ plus concrètes de composition et de déco position, qu'étudie la chimie, tousseretn vent dans le phénomène de la vie, mais ce ci n'est pas construit sur eux de façon à dèpendretout en les dépassant ; il appai

•^f^r.' ' '•■■/■■ ■Ji'ïî ; Mi", .^f? y

LA PHILOSOPHIE D*AUGU8TB COMTB

n'aura it pas voulu puiser dans celle-ci d'abord le caractère essentiel de ce qui en fait les éléments d'une unité organique. S'il s'agit de la société elle-même, quelle n'est pas Terreur de ceux qui voudraient passer de l'étude de l'individu à celle de l'espèce, ou qui essaient de se spécialiser, comme les Économistes, dans une forme particulière des relations sociales, avant de connaître les lois généralesqui intéressent Thùmanité dans son unité intégrale.

C'est ainsi que Tidée d'ordre, parvenue à l'état extrême du consensus organique, nous révèle d'abord la méthode qui convient à l'étude des réalités supérieures. Elle faitplus: comment nous laisserait-elle désormais en présence d'une multiplicité discontinue de sciences, séparées par la nature propre de leur objet, et surtout partagées en deux groupes, cosmologiques et organiques, se prêtant à des démarches contraires de la pensée ? Comment l'image du consensus vital ne donne^ rait elle pas le modèle de J/tinité -que doit posséder la science intégrale, celle qui sera désormais le fond même de la vie intellec-

fuelle de l'humanité? Aug, Comte n'hésite pas à assimiler la totalité des connaissances positives à un organisme dont toutes les parties sont comme suspendues à la sociologie et reçoivent d'elle leur raison d'être et leur clarté. Certes, il avait bien fallu, pour la formation progressive de l'esprit, que chacune des sciences apparût dans son temps et dans un ord^e d'abord indépendant de toute considération générale relative à l'humanité ; cela avait été nécessaire pour que, dans son éducation progressive, l'homme pût seulement concevoir la possibilité de la science parla notion du constant, du fixe, du régulier, qui, grâce à la simplicité des premiers objets, pouvait se dégager aisément. Mais ce n'était que provisoire : l'échelle une fois parcourue jusqu'au sommet, nous pouvons revenir en arriére, et, promenant notre regard sur tous les domaines inférieurs jusque là distincts et spéciaux, nous aurons le sentiment qu'ils concourent tous harmonieusem^ent à éclairer de quelque côté la vie de l'humanité, mais qu'inversement celle-ci tient sous sa dépendance leurs limites respectives, leurimportance, leur dignité.

3e sentir sous cette subordination du point vue humain, saisir les liens par lesquels concourt à l't panouissement normal delà

de l'humanité, tourner sans cesse ses reds vers cette fin unique, et diriger vers elle te son activité intellectuelle, transformer >Ius possible sa pensée en l'un des orga-

dont le jeu harmonieux réalise le consensocial, c'est, dans chaque ordre de scienfaire pénétrer les préoccupations morales, le sentiment religieux, comme dira Comte Es 1846. Au contraire, cultiver la mathé- :ique pure pour elle-même, sans s'arrêter limites où elle cesse de s'adapter à la métrie et à la mécanique ; cultiver cellesans tenir compte du Tôle qui leur est dé- 1 dans la préparation de la science finale; i généralement, pousser l'étude de cha-

domaine au-delà de ce que lui demande onsensus social : c'est, pour le savant, ; prédominer l'esprit d'orgueil etd'égoïs- 3ur te sentiment de soumission àl'huma- . A plus forte raison, vouloir empiéter

les domaines plus complexes, et essayer aire dépendre les sciences supérieures des

■rPT'»""'*' ■' '

UNITB DB TENDANCE 8l

inférieures, méconnaître ainsi la dignité morale des lois biologiques el surtout sociologiques, c'est taire preuve du « plus ténébreux matérialisme ».

A la hiérarchie établie d'abord entre les sciences d'un point de vue statique et objectif succède donc, pour la réalisation d'une véritable synthèse organique, une nouvelle classification objective et dynamique, où la fonction de chaque élément se confond avec ce que Comte nommera son caractère moral et religieux, et où d'ailleurs les diverses fonctions se ressembleroht étrangement. Elles consisteront en somme dans une sorte d'éducation morale de l'esprit humain, qu'elles prépareront à jouer avec soumission son rôle dans le consensus final, — soit en liii parlant au nom de la puissance de la raison et lui montrant des vérités devant lesquelles toute discussion doit cesser, comme en mathématiques, — soit en invoquant l'immutabilité d'un ordre extérieur implacable|Com* me en astronomie, — soit enfin en lui apprenant dans quelles limites normales nous devons essayer d'agir sur les choses, — comme

les autres domaines scientifiques, nsi , cette notion d'ordre , quand atteint son achèvement dernier, de-

comme le point central où conver- :outes les idées de Comte, depuis les iérations logiques et abstraites jus- K préoccupations morales et religieuses.

is n'est-ce pas Comte lui-même qui contredit en associant constamment à d'ordre celle de progrès ? Le progrès, :igela transformation, par conséquent, me certaine mesure au moins, la des- )nde ce qui est établi, ne se présenteis en opposition avec l'ordre ? Les docprincipale qui, en politique par exem- ; partagent les esprits, celle de l'école atique et celle de l'école révolutionnairéa lisent-elles pas d'une façon troncrète lomie de l'ordre et du progrès, en s'atit l'une à une sorte d'immutabilité sacro- , l'autre au bouleversement de toutes iditions? Comte se présente comm« tant les deux termes del'oppositiDn : en

Page 1