LE POSTILLON DE LOSJUMEAU
noncer TOtre nom devant ces gens-là.
« Faquins, leur ai-je dit, faquins, obéisses au surintendant des menus plaisirs de sa majesté, ou demain, vous irez tous coucher au For-l’Evcque. » Ces derniers mots ont calmé la révolte , et dans un instant ils seront ici.
madelaine Ali! vous me rassures, l’eusse été désespérée de ne pas entendre votre intermède.
i.e marquis. J’aurais plutôt amené ici toute la troupe d'Opéra , pieds et poings liés; car, pour vous plaire, que ne fcrait-ou pas?.. Depuis que vous êtes venue vous établir dans ce château voisin de mes domaines, il y a trouble, anarchie , guerre civile dans mon pauvre cœur!... vous l’avez percé de tant de flèches... mais vous, belle dame, me feres-vous enfin connaître ce que vous éprouver pour moi?
Mauelaine. Marquis, vous êtes d’une tyrannie!...
LE MARQUIS. Pardon, ma déesse; mais le roi retourne demain à Paris, ma charge m’oblige à le suivre; ainsi, vous voyez bien...
MADELAINE, vivement. Comment? la cour quitte Fontainebleau... et la troupe d'Opéra aussi!., c'est désolant !
le marquis. Mais, madame, pourquoi ces regrets?
MADELAINE , embarrassée. J'aime beaucoup la musique.
le MARQUIS. Au fait, depuis que vous habitez près de Fontainebleau, vous n’avez pas manqué uue seule de nos représentations.
Madelaine. Le Devin du village a été supérieurement exécuté avant-hier.
t.E MARQUIS. Supérieurement ! (Avec tendresse. ) Jerelourne à Paris, madame; puisje espérer que bientôt?..
madelaine. Quel est donc l'acteur qui jouait le rôle de Colin ?
LE marquis. Le nemmé Saint-Pliar.
[Tendrement. )Puis-je espérerque bientôt?..
MADELAINE. Ali! c’est Saint-Phar... y a-t-il long-temps qu’il est à l'Opéra ?
LE .MARQUIS. Dix ans à peu près. ( tendrement) Puis-je espérer que bientôt?..
madelaine. Je suis sure que c’est un mauvais sujet ?
LE MARQUIS. Un détestable sujet ! ( tendrement ) Puis-je espérer que bientôt?...
madelaine. C’est dommage ! il est fort bel homme, ce Saint-Phar...
le marquis. Allons, Saint-Phar, toujours Saint-Phar!... je ne puis plus me |>résenter chez une belle sans qu'elle me |eUe ce maudit nom à la figure. . . il a
tourné la tête à toutes nos dames:... je le trouve toujours sur mes talons!., quand je parle d'amour, on me répond Saint- Pltar !
et vous voilà comme toutes les autres!....
vous n’avez pu échapper à l'épidémie.
mauelaine. C’est pure curiosité , je vous assure...
LE marquis. Un homme de rien ! un vil paysan, à qui j’ai donné des maiires de toute espèce, que j’ai fait er'rer à l'Opéra, qui medoil tout!
MADELAINE. Alt ! c'est vous. .. . [à part) je t’apprendrai à enlever un mari à sa femme.
le marquis. Si ce Saint-Phar possède aujourd'hui talent, tournure, bonnes façons, manières de cour, c'est grâce à ma protection... que serait-il sans moi ? un obscur postillon végétant avec ses chevaux, son avoine et sa femme...
madelaine, avec intention. Ah ! il est marié ?
LE MAnQUlS. Il l'était... avec une femme de son espèce , une vilaine , une rustre connue lui... mais il est veuf maintenant, à ce qu’il m’a dit.
MADELAINE, vivement. Veuf!... il vous a dit qu'il était veuf! [à part) quelle infamie !
le marquis. De grâce, madame, ne me parlez plus de cet homme, et laissez renaître le serein dans mon ante. Demain, je retourne à Paris; puis-je espérer que bientôt?..,
ROSE, revenant. Madame, madame, voici les comédiens.
MADELAINE, au marquis. Je vous laisse recevoir ccs messieurs... disposez de ce salon pour faire répéter votre chef-d'œuvre... je vais écrire à quelques voisins pont qu’ils viennent assister à sa représentation.
LE MARQUIS, reconduisant Madelaine.
Ne tardez pas à reparaître... car, loin de vous , je dépéris comme une tendre fleur.
(Madelaine sort , par la gauche, suivie de Ro»e.)