SCÈNE PREMIÈRE
MADAME DE VERLIERE.
J’ai été dupe de votre amitié comme vous-même, et j’ai la conscience de n’avoir rien fait pour encourager des sentiments dont il ne peut vous revenir que de l’ennui.
LA NC Y, passant è gauche.
Je ne vous plais pas... je m’en doutais! J’aurais mieux fait de me taire. Enfin prenez que je n’ai rien dit, et gardez-moi ma place au coin de cette cheminée qui fume.
MADAME DE VER LIER E
Vous v serez le bienvenu tant que vous consentirez à l’occuper.
LANCY
Toujours, alors !
MADAME DE VERLIERE.
Même si je me remariais?
LANCY
Ah! non, par exemple!... mais vous n’y songez pas, je suppose?
MADAME DE VERLIERE.
Et si j’y songeais?
LANCY
Ne me dites pas cela.
Il faut pourtant bien que vous le sachiez un jour ou l’autre.
LANCY
Est-ce que vraiment?... Mais non ! ce n’est pas possible! Je n’ai rien vu chez vous qui ressemble à un prétendant.
LE POST-SCRIPTUM
MADAME DE VERLIÈRE.
Chez moi, non; mais ne vous ai-je pas dit que j'attendais quelqu’un aujourd’hui?
LANCY
Je tombe bien!... Aht j'étais préparé à tout, excepté à cela.
MADAME DE VERLIÈRE.
N’ayez pas cet air désespéré. Vous avez de mon cœur tout ce qu’il en restait à prendre, je vous le jure, et je n’aurais pas grande objection à votre demande si je n’aimais personne. Puis-je vous dire mieux?
A quoi bon ce baume sur mon amour-propre ? Ce n’est pas lui qui en a besoin. J’aimerais cent fois mieux vous déplaire carrément et que personne no vous plût. Ah ! vous auriez bien pu garder votre secret! Si vous croyez me consoler!...
Non, je crois vous guérir. En pareille matière, il n’est rien de tel que de trancher dans le vif.
LANCY
Me guérir? mensonge do médecin alors? Suis-je simple! j’aurais dû le deviner rien qu’à votre coiffure.
MADAME DE VERLIERE.
Mais je vous certifie...
LANCY
Que vous attendez un absent bien-aimé? Et vous auriez choisi précisément le jour de son arrivée pour vous cnfariner les cheveux ?
MADAME DK VERLIÈRE.
Permettez -moi de vous raconter à mon tour une petite histoire.
Elle s'assied A droite de la table.