‹ Le potager d'un curieuxChapitre 11 sur 111 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

De Java: le Coleus tuberoms;

De Madagascar: le Plectranthui ternatus; le Haricot de Madagascar ou du Cap {Phaseolus capensis) ; D*£spagneou d'Asie : la Courge de Siam.

Si, disons-nous, le Congo recevait toutes ces plantes, de facile culture et usuelles dans les pays chauds, ne serait-il pas aussi bien pourvu que nous le sommes dans nos pays civilisés, et cette grande variété de légumes ne serait-elle pas un gage de santé pour les blancs?

Au moment où notre expansion coloniale occupe tous les esprits et provoque tant d'eflforts, Tœuvre que nous indiquons ici sollicite tous les hommes de bonne volonté, les directeurs des jardins botaniques, les jardiniers coloniaux, les missionnaires et, particulièrement, notre Société nationale d'Acclimatation.

Cette nouvelle édition du Potager dua Curieux est accompagnée de ligures inédites et d'autres dont les clichés ont été obligeamment mis à notre disposition par la direction de la Revue horticole^ par la maison Vilmorin- Andrieux et C'% la Société nationale d'Acclimatation et le journal Le Naturaliste. Nous adressons à tous nos bien vifs remerciements.

LE

AGCOUB DE STRIE

GCNDELIA TOUBNEFORTII L.

Fam- des Composées.

Plante laiteuse comme le Scolyme. Tige assez forte, rameuse, atteignant 0", 30 à 0™,40 de hauteur. Feuilles radicales longues, profondément incisées, à lobes bordés de dents épineuses,. La nervure principale est grosse, blanche et couverte de duvet; feuilles caulinaires sessiles, semi-amplexicaules. En juin-août, fleurs purpurines, en capitules ovales, ressemblant à ceux de certains Panicauts (Eryngium). Involucre unisérié, monophylle, plus court que les fleurs, à écailles terminées par une poinle* épineuse. Corolle régulière, glabre, à cinq lobes plus longs que le tube. Élamines 5, non saillantes. Stigmate biflde. Les quatre fleurons de la circonférence sont mâles ou stériles ; celui du centre est hermaphrodite. Fruit (achaine) assez gros, ovale, dépourvu d'aigrette.

Plante vivace, originaire de TAsie Mineure, où elle croît dans les lieux incultes. Tourne'^ort Tobserva dans son voyage au Levant et la nomma Gimdelia^ du uom de Gundelsheimer, son ami, qui Taccompagna dans ce

voyage. Oq la cultiva longtemps, au Jardin des plantes de Paris, de graines provenant de ce voyage; on la perdit ensuite, mais on ne larda pas à se la procurer de nouveau. On y possède aujourd'hui de forls pieds de Gundelia, mais ils produisent très peu de graines fer-

Fig. 1. — Accoub de Syrie {Gundelia Tournefortii).

tiles ; d'autre part, comme chez beaucoup de plantes à racines pivotantes ou laclesceutes, la division des touffes n'est guère praticable. Le Gundelia est donc d'une multiplication difficile.

Sa culture présente aus^i quelque difficulté. Origi<naire d'un pays où la saison humide et végétative est de courte durée et suivie d'une période de sécheresse

ACCOUB DE SYRIE 3

absolue, il arrive que, cultivée chez nous, la plante a achevé sa végétation vers le milieu de Fêté ; à partir de ce moment commence pour elle la période de repos, qui correspondrait justement, dans son pays d'origine, à la saison sèche. Nos automnes étant ordinairement pluvieux, il faut donc garantir la plante contre Fhumidité en la couvrant d une cloche ou d'un châssis, sous peine de la voir bientôt atteinte par la pourriture.

Une lettre adressée par M. Blanche, consul de France à Tripoli de Syrie, nous a été obligeamment communiquée. Elle fait connaître un usage de la plante que nous ne soupçonnions pas :

« En fait de plantes qui vivent dans tous les milieux, je vous en envoie une sur laquelle j'appelle toute votre sollicitude : c'est le Gundelia Tourne fortii L., à grosses racines et à feuilles épineuses. Les Arabes l'appellent Accoub, d 'où Vaillant avait bien sûr formé le genre Hacub.

« Il y a de nombreuses années que j'ai le désir de l'acclimater chez nous; j'ai dû vous en envoyer autrefois; j'en ai envoyé à Decaisne et àPalerme, etc., etc.. et je n'ai pas réussi ; je recommence mes essais de naturalisation cette année. C'est surtout comme plante potagère qu'elle mérite Tattention. Les jeunes pousses dépouillées de leurs épines, et surtout les capitules à l'état de boutons naissants, constituent un légume extrêmement estimé des Arabes, et qui,à mon avis, vaut l'Artichaut. »

En Syrie, selon Boissier {Flora orientalis)^ on mange les jeunes tiges de cette plante après les avoir fait cuire. On la connaît sous le nom de Accoub.

Olivier, dans son Voyage en Orient^ remarque que les racines de cette plante sont plus savoureuses, bien moins fades que celles du Salsifls et de la Scorsonère. « Il n'est pas douteux, dit-il,que cette plante ne réussisse très bien dans toute la France méridionale, et ne puisse

y devenir une de nos meilleures plantes potagères. » (Lamarck, Encyclopédie^ suppl.).

On voit, par ce qui précède, que les racines, les tiges, les capitules de VAccoub sont également comestibles, en un mot que la plante entière constitue un excellent légume. Il n'avait pas été dit, avant que la letlre de M. Blanche nous Tapprtt, que les capitules à Télat de boutons naissants fussent particulièrement recherchés ; or, ce sont précisément ces capitules que nous avons pu déguster. Nous n'avons pas jusqu'ici possédé un nombre de pieds qui nous permit de sacrifier quelques sujets pour en manger les racines ou les côles ; mais, expérience faite, Tun de nous pouvait, en juin 1886, écrire à des amis : « Légume excellent! Plante féroce! Mon jardinier s'en est approché avec précaution, le sécateur à la main. 11 a détaché une trentaine de boutons à fleur, ronds et du volume d'une grosse Fraise ananas.

« J'ai coupé les épines dont ils sont garnis et je les ai jetés au fur et à mesure dans l'eau fraîche.

« Au contact du fer, la section devient noire comme celle de l'Artichaut.

« Les boutons ont été cuits à l'eau et accommodés au beurre comme les flageolets, sans persil.

« Le résultat a été extrêmement satisfaisant, et ce n'est pas seulement Tavis de l'amateur qui vous écrit, mais aussi celui de toute sa famille.

« Le goût du légume est également voisin de celui de l'Asperge et de celui de l'Artichaut.

« LAccoub serait appelé par les gourmets aux plus hautes destinées, s'il n'était pas le plus redoutable des Chardons, si les cuisinières pouvaient l'accepter. »

Un de nos correspondants, le docteur G..., nous écrivait de Dijon, en octobre 1890 : « J'ai fait, cette année, une récolted'Accow^quia été trouvée excellentepar tous. »

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