‹ Le potager d'un curieuxChapitre 3 sur 111 · NICOLAS-AUGUSTE PAILLIEUX VII · texte numérisé non relu

NICOLAS-AUGUSTE PAILLIEUX VII

le droit de ressayer maintenant et nous considérons comme un devoir de rendre à sa mémoire Thommage qu'elle mérite, en disanl ce qu'a été M. Paillieux,ce qu^il a fait, comment il a dirigé ses recherches, et en essayant de jeter un peu de lumière sur cette vie de probité et de travail utile.

M. Paillieux, né à Paris le 10 septembre 1812, fut destiné au commerce et à l'industrie, dès qu'il eut terminé ses études classiques. Nous n'avons pas à nous occuper ici des qualités sérieuses qu'il montra dans les affaires: intelligent, laborieux et actif, il vit rapidement prospérer la maison de tulles brodés et de broderies qu'il dirigeait. Nous dirons seulement que c'i st sous la raison commerciale Paillieux- Salatsque s'est créée, vers 1840, à Saint-Pierre-lez-Calais, Tindusirie des tulles de coton imitant la dentelle, dont la fabrication est devenue si importante depuis lors.

Ayant quitté les affaires en 1871, M. Paillieux, qui s'était toujours occupé de jardinage dans ses moments de loisir, se consacra eniièrement à F horticulture. Il allait passer les étés près de Villeneuve- Sain t-Georges, dans ce petit village de Crosnes, dont le nom, jusquelà ignoré, est aujourd'hui populaire, puisque c'est lui que M. Paillîeux a choisi précisément pour donner un nom usuel au Stachys affinis.

M. Paillieux, dès qu'il fut installé à Crosnes, voulut donner à sa passion pour le jardinage un but utile, et résolut de se livrer à la culture expérimentale de toutes les plantes, rares ou peu connues, auxquelles on pouvait supposer des propriétés alimentaires.

Des que ses cultures furent installées, M. Paillieux en confia l'entretien à M. Véniat, jardinier expérimenté, dont le nom doit être prononcé ici, parce qu'il demeura pendant vingt-cinq ans à son service, et fit preuve d'une réelle intelligence dans l'exécution des travaux dont il était chargé.

Devenu membre de la Société nationale d'horticulture de France en 1875, M. Paillieux présenta à la Société, en 1876, les premières plantes obtenues dans son jardin de Crosnes, notamment le Souchet comeitible (Cypenu esculenttu), dont les tubercules servent, en Espagne, à Taire une boisson appelée Chufa.

C'est à cette époque que M. Paillieux fit la connaissance de M. Bois, alors préparateur de botanique attaché aux herbiers du Muséum, qui devint tout de suite et resta, jusqu'à la fin, son collaborateur assidu pour la recherche et rétude des plantes utiles.

Le choix de ce collaborateur suffirait à montrer combien M. Paillieux savait juger la valeur des hommes, havant botaniste, connaissant le mode de végétation et les propriétés des plantes, M. Bois avait en outre les qualités d'ordre et de méthode indispensables pour la bonne conduite des expériences. .. Je m'arrête, car notre excellent ami et collaborateur, M. Bois, est, lui aussi, un modeste, et il ne pardonnerait pas à la Revue de dire ici tout le bien qu'elle pense de lui.

Dès 1876, MM. Paillieux et Bois entreprirent des expériences pour rechercher s'il ne serait pas possible d'augmenter le nombre de nos trop rares légumes d'hiver, en soumettant certaines plantes à l'étiolage, pour obtenir des produits analogues à ceux que Ton tire de la Chicorée sauvage, et qui sont si recherchés, sous les noms de Barbe de Capucin et de Witloof (Endive).

Partant de ce principe que les parties que nous recherchons dans les légames sont généralement celles qui sont soustraites à l'influence

NICOLAS-AUGUSTE PAILLIBUX

de la lumière, ils cuUÎTèrent dans l'obscurité, pendant deux hivers consécutifs, un grand nombre de plantes qui leur paraissaient de nature à pouvoir être ainsi rendues utilisables.

Les résultats de ces expériences ont été consignées dans un petit livre intitulé Nouveaux légumes d'hiver, qui parut en 1879.

Dans cet ou\rage, les auteurs rrcommHndent la culture de diverses plantes, pour Tobteniion d'éliolats, qui pourraient constituer un nouvel élément pour Tapprovisionnement de nos tables.

M. Paillieux ne tarda pas à élargir ses expériences en les appliquant à Tétude des plantes alimentaires utilisées dans les divers points du globe, mais encore inconnues en France.

Alors commença une campagne de correspondances et de démarches, à laquelle H faudrait vraiment avoir assisté pour y croire. C'est par milliers qu*on pourrait compter les lettres sans réponse, et les démarches sans succès ! Cependant, il fît tant et si bien qu'il finit par intéresser à ses recherches les voj^ageurs naturalistes, les botanistes, les directeurs de jardins coloniaux français et étrangers, les consuls, les missionnaires et certains grands établissements horticoles qui devinrent ses pourvoyeurs en grames et en plantes vivantes (4).

(1) Afin de douner une idée du nombre et de la qualité des correspondants dont M. Paillieux a reçu des envois de graines ou de plantes, nons publions ci-dessous la liste des principaux:

Europe

France. — Muséum d'histoire naturelle.

— Société nationale d'acclimatation.

-^ Maison Vilmorin-ADdiieux et C*.

— D' Sagot, auteur du Manuel des

eulturêi tropicalei.

— M. Naudin, directeur de la villa

Tliuret. à Antibes

— M. Blanchard, uirecteur du jardin

botanique de la Marine, à Bre^it.

— M. Planihon, directeur du jardin

botanique de Muntpellier.

— M. Kd. André, rédacteur en cher

de ia fievue horticole^ à Paris.

— M. haoul, ex|tlorateur.

Angleterre, — Jardins de Kew; Sir J.

Hooker.

Grèce, — Jardin botanique d'Athènes:

M. de Heldreich.

ftalie. — Jardin botanique de Palerme : M. Todaro.

— Société horticole de Pallaïua (Lac

MaieuT.)

— Jardin botanique de Turin : D' Mat-

tirolo.

Butêie. — Société impériale d'acclimatation: M. Zolotnitsky.

— Jardin botanique de Saint-Pëters-

bourg: M. Regel et M. Bataline.

Asie

Chine, — R. P. ileude, D* Bretschneider, M. Ford, M. Eug. Simon, ancien consul.

Japon. — Dr Hénon, M. Jarmain, M. Bemhardt Bing.

Pert. — M. PiBsard.

Jndê. ~~ MM. Cotteau, Ermens et Bonlay.

Jara. — Df de la Savinière, D' Treub, directeur du jardin de Uuitenxorg.

CochincMne. — H. Martin, jardinii'r en cher du Jardin botanique de Saigon.

Pondichery. — H. Poulain.

Tovkin. — M. Balansa.

Turkfêtan. — M. Capus.

Bagdad. — M. MéUias.

AMque

Abystinic. — Uur Crouzet.

Algérie. — M. H«rès, M. Durando.

Congo. — M. Pobéguin.

iiahon. — W. Pierre, directeur du jardin

d'essai de Libreville.

Comore». — H. Hnmblot.

Madagascar. — R. P. Camboué.

Réunion. — M. de Cordemoy.

Maurice. — M. Daruty de Grsndpré.

Egypte. — M. DelchAvalerie.

Transvual. — MM. Miogar.l et CreuT.

Natal. - M. Wood.

Le Cap. — M. Mao Owan.

Amérique

Etats-Unis. — M. Meehan, Dr Haward.

Basse-Californie. — M. Oiguet.

Costa-Rica. — M. de Lafon.

Venezuela. — Dr Ems^ et M. Uahn.

République Argentine. — M. Barbier et

M. Berthault.

Chili. - M. Philippi.

Brésil. — M. Albuquerque.

Antilles. — M. Bureau.

Ooéanie

Auitralie. — Baron von Mueller.

Nouvelle-Zélande. — D' Kirk.

NmoeUe'CaUdoniê. — }A. Perret.

Page 1