ROMAINS DU PAMIR
et nous a obligeamment attribué une part de chacune d'elles.
Ces sachets étaient étiquetés : OuSen^ Bomaine dont on mange les tiges.
L'un deux portait ces mots : Ou S en odoriférant. Ces semences n'ont pas germé.
Une autre variété, présentée comme hâtive, nous a paru négligeable.
Nous considérons comme fort intéressantes deux variétés, Tune rouge, l'autre blanche.
La rouge est plus hâtive que lu Romaine du Pamir. Ses tiges s'élèvent moins haut. Ou en mange 20 centimètres. Elles sont très tendres et d'une saveur très forte. Elles répandent beaucoup d'odeur dans la cuisine. Il est probable qu'elles pourraient être blanchies avant d'être accommodées. Cuites dans le bouillon, elles sont bonnes.
La variété blanche est tardive. Elle a le mérite d'être très blanche, de s'entourer de petites Homaines adventives comme la B. Gigogne^ de fournir par conséquent une jolie salade, et, finalement, de douuer des tiges tendres, de saveur assez forte, qu'on peut employer sur une longueur de 20 centimètres.
Nos jardins sont donc aujourd'hui en possession de trois variétés d'une Romaine oubliée ou inconnue jus* qu'ici, que tous nos amis font servir sur leur table et dont ils se montrent très satisfaits. Nous eu recueillons tous les jours de nouveaux témoignages.
SAFRAN GOIESTIBLE Crocus cancellatus Herb., var. persicus ChappeWler.
Fam. des Iridées.
Ce Crocus a été recueilli en Perse en 1881 el distribué en mars 1892, par M. Pissard, ancien jardinier-ehef du Shah de Perse.
M. P. Chappellier en a reçu des bulbes en même temps que nous et a publié sur cette plante une Noie que nous sommes autorisés à reproduire intégralement.
Nous n*attendons rien des bulbes que nous possédons et nous devons avouer en toute humilité que nous n'avons obtenu aucun succès avec les plantes bulbeuses.
Nous nous estimons donc fort heureux de n'être pas obligés de passer sous silence une plante intéressante et de pouvoir la présenter au lecteur, au nom dePamateur éclairé qui a fait, on le sait, une étude spéciale des Crocus.
Note de M. Chappellier :
e La caisse dans laquelle ces bulbes ont fait le voyage de Perse à Paris est restée en route pendant l'automne de 1881 et l'hiver 1881-1882; ils y sont enti*és en végétation et y ont fleuri.
« Autant que l'état anormal de ces échantillons m'a permis d'en juger, je suis porté à croire que ce Crocus appartient au groupe du C. cancellatus.
SAFRAN GOMBSTIBLB 543
« Sous le type cancellatus, créé par Herbert,les auteurs ont groupé les sous-types suivants , considérés par les uns comme espèces, par les autres comme variétés ou synonymes :
<* C. cancellatus Herb. ;
« C. Schimperi Gay; syn. CiS;?re/nmBoiss. etHeld.
« C. damascenus Herb. ; syn. C. edulis Boiss. et Blanche.
<i C. Kotschyanm Herb. ;
« C. cilicicus Kotschy ;
M C. pylarum Gay ;
« C. mazziaricus Herb.
« Voici les caractères principaux du C. cancellatus que j'ai relrouvé^dans le Crocus pei*san :
« Floraison automnale ;
« Pollen jaune ;
« Style multifide ;
u Feuille synanthée ;
« Pas d'involucre (au scape) ;
<* Bractée bivalve (à Tovaire) ;
« Tuniques fortementréticulées^avecéloile persistante à !a base ; périanthe variant du blanc lilacé au violet.
« Il y a toutefois un caractère très important dans lequel j'ai remarqué une différence notable:
« Dans le C. cancellatus y la gorge est blanc jaunâtre ou jaune, et, dans le Crocus persan, elle est blanc-lilas ou violette.
« J*ai constaté aussi dans ce dernier un scape démesurément long. Je ne pense pas que ces particularités puissent provenir de la floraison anormale en caisse close et à sec.
« La distribution géographique des variétés du C. cancellatus connues à ce jour s'étend des îles Ioniennes à la Syrie, où croît le C. edulis, et à TArménie.
« Le Crocus de M. Pissard a été recueilli à environ 1,300 mèlres d'allitude, dans les plaines et collines d'une localité appelée Sullabatt, province de l'Iralh- Férahan, au sud-esl d'Amadan, à 120 kilomètres envide Téhéran.
« On n'avait guère trouvé en Perse jusqu'à présent que le C. speciosus.
« Voici les renseignements que M. Pissard donne sur l'utilisation de cette plante.
« L'oignon est comestible ; il a le goût de la Châtaigne ; les indigènes en font une grande consommation.
€ Ces oignons^cuitsàreauetgrillés, ont été présentés, en juillet i88I, à un dîner officiel chez le ministre des Télégraphes ; plusieurs Européens qui assistaient à ce repas les ont trouvés exquis, et le Shah de Perse en a commandé une forte provision pour sa table.
« Jusqu'à ce qu'un nouvel apport du lieu d'origine ou une floraison normale des bulbes introduits récemment permette un plus mûr examen, je pense que c'est avec le C. edulis Boiss. et Blanche, sous-type du C. cancellatus Herb. que le nouveau Crocus persan a le plus d'analogie, et je propose de l'annexer au type cancellch tus^ sous le nom de C. pmv^iom » (Paris, le 2 avril 1882).
D'après M. de Heldreich [Plantes utiles de la Grèce)^ les bulbes des Crocus Auchen Boiss. et C. Sieberi Gay, qui se rencontrent souvent sur les montagnes de la Grèce, sont mangés crus par les bergers. Ils ont, ditil, à peu près le goût de la Noisette.
Dierlin-lobine.
PuGiONiUM GORNUTUM Gœrtn.
Notre attention a été appelée sur celte plante par quatre lignes du Manuel de VAcdimaleury de MM. Naudin et Mueller : « Plante herbacée de la famille des Crucifères, de TAsie centrale, depuis la mer Caspienne jusqu'à la Chine (1). Elle est employée en qualité de légume par les Mongols, peut-être est-elle cultivée sur quelques points. »
Le Pugionium n*est pas seulement rare ; il est introu- Table. Nous pensons qu'il n'existe aujourd'hui dans aucun jardin botanique.
A notre prière, la Société nationale d'Acclimatation s'est adressée à Son Excellence M. Regel, directeur du Jardin impérial de Saint-Pétersbourg, qui a eu la bonté de nous en envoyer des graines. Nous lui devons, pour ce témoignage d'obligeance, dont il est coutumier, les plus yifs remerciements.
Ces graines, assez grosses, armées de cornes qui en font une véritable curiosité, ont été semées à Crosnes une première fois, sous verre, le 15 mai. Leur germination a demandé environ trois semaines. Pour donner de l'air aux jeunes plantes, nous avons dû soulever un peu le châssis et l'altise les a dévorées, hautes à peine de 6 centimètres.
Nous avons semé de nouveau et, cette fois, sous une
(1) n y a é^demment là une erreur; la plante n*a été observée, jusqu'à ce jour, qu'en Mongolie.
cage garnie de toile métallique. Cependant, le même ennemi a tué nos plantes. L'allise était dans le sol et son éclosion a eu lieu après le semis.
L'insecte disparaît habituellement dans les premiers jours deseptembre, détruits parles pluies ou par le Troid. Il nous a donc semblé que nous pouvions semer de nouveau, sous châssis, le 6 septembre. Les hivers étant très froids en Mongolie, nous avons pensé que le Pugionium, avec un peu de protection, pourrait passer l'hiver dans les environs de Paris ; mais nous avons subi un troisième échec.
Nous avions envoyé des graines du Pugionium à M. Ch. Naudin, qui n'a pas été plus heureux que nous et qui nous a écrit : « Notre climat sec et peut-être trop chaud ne lui convient pas ».
Voici ce que nous écrivait, le 17 juillet 1889, M. Alexandre Bataline, du Jardin impérial de Saint- Pétersbourg : « Le Pugionium cornutum Gaerin. est une plante vivace, originaire de Mongolie où on la cultive.
€ Dans les steppes de Mongolie, elle est assez répandue, mais elle ne croit pas en Sibérie. Elle porte le nom de Sagaï, d'après la notice du savant voyageur russe, Grégoire Potanine. Quelle partie de celte plante manget-on? Je ne puis vous le dire. Ses feuilles ont une odeur désagréable. Nous avons reçu deux fois des silicules de cette espèce et les graines avaient germé, mais les plantes n'ont vécu que quelques mois. Maintenant, nous ne possédons ni graines ni plantes. Les semences distribuées en Italie par notre Jardin botanique ont donné les mêmes résultats négatifs. Vous trouverez la description détaillée de cette plante peu connue dans les Diagnoses plantarum novarum asxaticarum^ fasc. III, par C.-J. Maximowicz, mélanges biologiques tirés du Bul-
leiin de V Académie impériale des sciences de Saint- PétershourQj lome X, 1880.
Il existe encore une espèce voisine, Pugionium dolabratum Maxim., bisannuelle, originaire aussi de Mongolie. Celle espèce a donné chez nous, à Saint- Pétersbourg, des graines mûres. J^ai étudié le mode de fécondation des fleurs de cette plante, et j'ai publié à ce sujet un petit article que je vous envoie aujourd'hui. »
Dans la relation de son troisième voyage, Prjevalski, savant voyageur russe, donne une figure du Pugionium comutum et nous reproduisons ci-dessous la traduction (1) des détails intéressants qui raccompagnent :
« Le Pugionium, que les Mongols appellent Dserlinlobine, ce qui veut dire Badis sauvage^ est de beaucoup inférieur au Soulkhir[ï)^ au point de vue du rôle qu'il joue dans l'économie des nomades.
« Les fruits verts onl, en effet, un goût et une odeur de Radis ou bien de Moutarde ; les Chinois préfèrent la plante elle-même, dont ils recueillent les sujets jeunes (de première année) pour en faire des salaisons, qu'ils mangent comme légume.
« Le Pugionium était, jusque dans ces derniers temps, une rareté dans les herbiers, puisqu'on ne le connaissait que par deux rameaux que le naturaliste Gmelin avait eus au siècle dernier, probablement par une obligeance de pèlerins revenus dans la MongoUe du Nord d'un voyage au Thibet.
« En 1861, j'ai eu la chance de rencontrer et de
(1) Nous devons celte traduction à l'obligeance de M. Vilbouche- Yilch.
(2) Âgriophyllum gobicum et arenarium.
cueillir la planle dans le pays des Ordos. M. Maximowicz coDsidéra les échantillons que j'avais rapportés comme appartenant à deux espèces différentes. L'une fut celle que Gmelin avait décrite sous le nom dePuffionium cornutum; Taulre, une espèce nouvelle à laquelle Maximowicz donna le nom de Pugionium dolabralum.
€ Ces deux espèces semblent être bisannuelles. Ce sont des Crucifères et leur port est celui d'uu petit arbuste.
« La tige ne dépasse pas 1 pied de hauteur ; encore est-elle ordinairement couchée dans le sable. Dans la deuxième année, il naît au sommet de la tige une tète épaisse, sphérique ou plutôt ovale, formée de rameaux grêles et fragiles très rapprochés et enchevêtrés ; à l'extrémité des rameaux, de petites fleurs insignifiantes apparaissent ; elles sont blanches ou rosâtres. Cette tête verte du Pugionium a 3-4 pieds de diamètre maximum, 2-3 pieds de diamètre minimum et 2 pieds de haut. Dans rOrdos, les sujets étaient par endroits beaucoup plus grands encore.
a: Dans le Tingueri, nous n'eûmes qu'une seule espèce, le P, dolabratum. Elle était assez fréquente et constituait des buissons isolés sur les bords des sables mouvants, plus rarement dans Tintérieur des sables. C'était fin août; la floraison avait fini, mais les fruits étaient encore verts. Nous n'avons recueilli de graines mûres que sur un seul sujet. Ce sont ces graines-là que que nous avons remises au Jardin botanique de Saint- Pétersbourg. »
Dans la note relative au Soulkhir {Agriophyllum gobicumet arenarium) (1), nous avons reproduit la des-
(1) Voir page 526.